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Dominique Bona : les enchantements de la littérature bio

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On imagine mal comment pousser une porte cochère peut infléchir une carrière littéraire. C’est pourtant ce geste, posé un jour rue du Cherche-Midi, qui allait précipiter le destin de Dominique Bona.

On lui doit des romans appréciés (un Interallié et un Renaudot) et plusieurs biographies essentielles. Immortelle rayonnant dans un jardin du quai de Conti, elle n’est pas vraiment une impatiente, tant la biographie – sa discipline de prédilection – requiert de hâte lente.
A l’image de ces impressionnistes dont le commerce lui est venu de la galaxie Rouart, Dominique Bona aime à travailler sur le motif. « Les lieux ont beau changer avec le temps, un parfum y reste de tous ceux qui y ont vécu ».
Outre les lieux, il existe des témoins. Pas toujours très coopératifs, voire hostiles ou délibérément égarants, pour continuer de cacher ces misérables petits tas de secrets qui pourraient lézarder le socle des statues. Pas de quoi empêcher la biographe qu’ont distinguée l’Académie française et le jury Goncourt d’époustoufler par Romain Gary, Berthe Morisot, Gala Dali, Camille Claudel, Clara Malraux, Colette interposés. Parmi les confidences originales, on découvre pourquoi une future académicienne se promena un jour avec, bien au chaud contre sa cuisse, retenue par l’élastique de son bas, la photo d’un mage. L’épisode eut excité la curiosité de Pierre Louÿs et de ses comparses en fringales érotiques vertigineuses. Ce récit leur consacre des pages enlevées et brillantes, révélatrices, qu’un épigone de Dominique Bona envisagera peut-être comme l’amorce du scénario de l’arroseuse arrosée. Car il est manifeste que la fille d’Arthur Conte ne pourra éviter sa propre biographie.
Si « Mes vies secrètes » relève de l’autobioradiographie, c’est moins pour couper l’herbe sous le pied des fureteurs que pour les émoustiller. Ils disposent à présent des mobiles, des récits, des récifs, des passions, des emportements qui ont sédimenté une œuvre exigeante, dont l’auteure fait mine de s’éloigner « au fond je n’ai qu’une envie, laisser les personnages que j’ai tous tant aimés suivre loin de moi un cours inconnu, et que la vie recommence ». Quitte à défier les prétendants par une phrase de Valéry, ce fils de famille corse défroquée : « Moi qui ne suis que mes hasards ».

« Mes vies secrètes », Dominique Bona, Gallimard, 20 euros

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