fbpx

Bastien Goullard : « Pour 50€, vous pouvez vous offrir une part dans un château et participer à la préservation du patrimoine français »

Participer à la sauvegarde des bâtiments historiques en ruine afin de préserver le patrimoine français en investissant seulement 50 euros de sa poche, c’est possible grâce à la start-up Dartagnans. Celle-ci vient de se payer, avec l’aide d’internautes, son deuxième château ! A cette occasion, Putsch a rencontré Bastien Goullard, l’un des fondateurs.

propos recueillis par

Tout d’abord, quelle est situation du patrimoine en France ?
On peut observer que, depuis quelques années, notamment sur ces deux, trois dernières années, un engouement assez important sur le patrimoine en France. Déjà parce que les Français sont très attachés à leur patrimoine mais aussi parce qu’ils réalisent que celui-ci est de plus en plus en péril. De nombreux châteaux et d’églises menacent de s’effondrer. Cette prise de conscience, grâce à différents acteurs, privés ou publics, permet aux citoyens de se dire “j’ai envie de m’engager pour préserver ce patrimoine, le mettre en lumière et lui donner un second souffle”.

Où se situent les interventions les plus urgentes pour préserver et entretenir le patrimoine français ? Dans la capitale ou dans d’autres régions ?
Si on prend Paris, la plupart des monuments parisiens bénéficient du tourisme et de financements assez importants de la part de l’État. Alors que lorsqu’on egarde l’état du patrimoine dans les régions les plus reculées, là où les touristes vont le moins, on constate que celles-ci bénéficient moins d’investissement et moins de subvention des institutions, comme les collectivités territoriales, qui dépendent de la situation économique de la France. Conclusion : ce sont les régions reculées, un peu oubliées, qui ont besoin en priorité de trouver des investissements alternatifs.

« Ce sont les régions reculées, un peu oubliées, qui ont besoin en priorité de trouver des investissements alternatifs »

Justement, que fait votre société Dartagnans ? Propose-t-elle des investissements alternatifs pour rénover le patrimoine ?
Quand on a créé Dartagnans, on avait vraiment la volonté de rassembler le grand public et le patrimoine, c’est-à-dire de permettre au grand public de s’investir dans la restauration et dans le rayonnement du patrimoine. Et ce, dans un premier temps, à travers des dons. Que ça soit un grand mécène ou une personne qui n’a jamais fait de don, tout le monde peut apporter un soutien financier ou travailler bénévolement pour préserver le patrimoine. Et puis, l’année dernière, on a fait évoluer ce modèle-là, à partir du don, en ajoutant l’investissement : on a créé le concept de l’achat collectif des monuments. Ce qui signifie que pour 50 €, vous pouvez vous offrir une part dans un château qu’on tente de racheter. Enfin, troisième volet sur lequel on travaille actuellement : le lancement d’une plate-forme appelée “Darta&go”, qui sera opérationnelle en mars 2019 et qui permettra de référencer l’ensemble de l’offre touristique. Le but étant de trouver des investissements supplémentaires et alternatifs par le tourisme, en proposant des expériences touristiques, comme une visite privée d’un château par le propriétaire ou une nuit atypique dans un monument exceptionnel.

« Ce qui signifie que pour 50 €, vous pouvez vous offrir une part dans un château qu’on tente de racheter »

Cela signifie t-il que ceux qui ont investi 50 € dans l’achat d’un château pourront aussi bénéficier des rentes obtenues grâce au tourisme ?
Quand on est actionnaire dans une société qui détient un monument, en cas de bénéfice, il est normal de recevoir les dividendes. C’est le principe même de l’actionnariat. Cependant, la société Dartagnans n’est pas du tout dans cette logique d’enrichissement, on n’est plutôt dans une logique de réinvestissement des bénéfices. Ceux-ci doivent servir à la restauration, à la mise en lumière et au développement économique du lieu. Notre objectif est de racheter un monument par an et à terme, grâce à tous ces monuments en question, de dégager suffisamment de bénéfices pour les remettre en état et les sauver du péril. Et puis, si dans 10 ou 20 ans, nous constatons que notre action fonctionne extrêmement bien et que nous faisons d’important bénéfices, comme un demi-million ou un million de bénéfice grâce à un monument, il faudra voter lors d’assemblées générales pour savoir comment utiliser cet argent.

« Notre objectif est de racheter un monument par an et à terme, grâce à tous ces monuments en question, de dégager suffisamment de bénéfices pour les remettre en état et les sauver du péril »

Pensez-vous qu’à travers votre action de rénovation du patrimoine, vous défendez également la culture locale ?
Oui complètement et ça c’est aussi très important ! Si je prends l’exemple du château de la Mothe-Chandeniers, qui a été acheté en 2017, toutes les personnes qui souhaitent visiter ce lieu, viennent donc dans la région et dépensent de l’argent au niveau de la localité : ils vont dormir dans des chambres d’hôtes, ils vont dîner dans des restaurants à côté… Et finalement, c’est participer aux financements des activités locales. Autre exemple : en janvier 2019, on va commencer la restauration de château fort de l’Ebaupinay et pour cela on fait appel à des entreprises locales. Ce qui signifie que le financement national et même international, car nous avons quand même 125 pays, va servir à payer des entreprises locales et donc à re-dynamiser l’activité économique locale.

Quel accueil avez-vous obtenu des collectivités locales ?
Un accueil très bon parce qu’elles réalisent que nous avons, par exemple, pas moins de 20 000 contributeurs sur la Mothe-Chandeniers et que ces personnes-là vont forcément venir plusieurs fois sur place afin de voir le monument. Ils vont donc dépenser de l’argent chez eux. Dartagnans et les collectivités locales réfléchissent même à comment collaborer ensemble dans la restauration et le rayonnement du patrimoine.

Même accueil chaleureux de la part de l’État et de la Fondation du Patrimoine ?

À ce niveau-là, c’est un peu plus compliqué. Nous, nous sommes une société privée, donc nous sommes un peu moins en proie à l’inertie que les grandes institutions publiques ayant un autre système de validation. Nous sommes une société de 9 salariés. Lorsque nous prenons une décision nous pouvons l’appliquer directement sur le terrain. Notre système de validation est très simple, nous sommes deux associés, nous en parlons ensemble et puis avec notre équipe. Une fois tous d’accord, nous agissons. Un système de validation très simple et donc très rapide, celui-ci peut prendre deux semaines. Ce qui n’est pas du tout le cas pour les institutions publiques. Le ministère de la culture est très intéressé par notre action, mais nous, les Dartagnans, nous pensons qu’il est possible d’aller beaucoup plus loin grâce à un système de partenariat entre le public et le privé. En clair la question est : comment Dartagnans, qui est une société privée et qui agit vite en utilisant les outils de la nouvelle technologie, peut-elle aider l’État dans sa recherche de financements alternatifs ?

Selon vous, qu’est-ce que l’État ou les institutions publiques doivent changer pour s’améliorer ?
La mentalité doit changer. On doit arrêter de penser que le patrimoine appartient à une certaine caste ou à une certaine partie de la population car le patrimoine appartient à tout le monde. Il a été créé par le peuple et en soi, c’est à nous tous de le préserver. Ensemble. Et à partir du moment où les institutions prendront conscience que c’est un patrimoine à partager, un patrimoine qui concerne tout le monde, je pense qu’il sera plus facile de travailler les uns avec les autres. Nous on le voit bien aujourd’hui que la patrimoine intéresse un grand public : en l’espace de 3 ans, Dartagnans rassemble une communauté de 120 000 personnes avec 125 nationalités différentes et nous avons levé pas moins de 6 millions d’euros. En plus, parmi ces 120 000 personnes, nous avons 15 000 donateurs étrangers qui, un jour ou l’autre, vont venir en France dépenser quelques centaines de milliers d’euros dans l’économie locale. Par rapport à d’autres associations qui existent depuis des années, nos résultats sont plus importants. Ce qui est assez logique car nous ne fonctionnons pas comme une association mais comme une société, nous ne dépendons pas de subventions mais de notre chiffre d’affaires.

« En 3 ans, Dartagnans rassemble une communauté de 120 000 personnes avec 125 nationalités différentes et nous avons levé pas moins de 6 millions d’euros »

Et côté travaux, comment procédez-vous pour rénover des bâtiments symboliques et spéciaux ? Avez-vous une approche écologique de leur reconstruction ?
Déjà, je rappelle que nous n’achetons pas des monuments dans un bon état mais des monuments en péril qui ressemblent à des ruines alors le premier objectif des travaux et la sécurisation des lieux : éviter que le monument s’écroule. Je précise aussi que certains monuments n’ont pas pour vocation d’être reconstruits entièrement. Après, oui, nous avons une approche écologique de leur reconstruction. Par exemple, justement, la plateforme “Darta&go” met en place un tourisme responsable. En désengorgeant les grandes villes qui sont assommées par le tourisme et en re-dynamisant celles qui sont mises de côté, on répartit de manière plus égale et intelligente le tourisme. Ce qui a un impact favorable sur l’écologie. Autre point important : pour la motte Saint-Denis, on a fait appel à un architecte paysagiste pour respecter la nature, préserver la flore et ramener la faune pendant la reconstruction du château.

« La mentalité doit changer. On doit arrêter de penser que le patrimoine appartient à une certaine caste ou à une certaine partie de la population car le patrimoine appartient à tout le monde. Il a été créé par le peuple et en soi, c’est à nous tous de le préserver, ensemble »

Quels sont vos projets pour 2019 ?
Déjà, cette année 2018, nous venons d’acheter un deuxième château : le château fort de l’Ebaupinay. Ce qui représente une collecte à 580 000 euros et une jolie victoire. Maintenant, il faudrait que cette collecte explose davantage car plus nous récolterons de dons, plus il y aura de co-actionnaires capables de s’impliquer et plus on obtiendra de financements pour commencer les travaux du château dès 2019. Donc, programme de notre année 2019 : deux monuments à rénover puis à rendre accessibles au tourisme et un troisième monument à acheter, tout en mettant en place la plate-forme “Darta&go” proposant des expériences touristiques et culturelles inédites.

Visitez le site de Dartagnans : https://dartagnans.fr/

Il vous reste

1 article à lire

M'abonner à