« Un amour impossible » : Virginie Efira et Niels Schneider, un jeu d’acteur éblouissant

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A la fin des années 50, Rachel, modeste employée de bureau rencontre Philippe, un brillant jeune homme issu d’une famille bourgeoise. Il lui fait découvrir ce qu’elle pense être l’amour et un nouveau monde… avant de tout lui reprendre et de l’humilier régulièrement afin de briser un immense potentiel qu’elle ne soupçonne pas.

Parfois, certaines rencontres sont inévitables. Parfois, on croise et on aime la personne qu’il ne faut pas. Parfois, on donne sa confiance et son amour à celle qui sait juste habilement donner le change, qui sait faire semblant d’avoir de nobles intentions et de profonds sentiments mais qui, en réalité, ne fait que prendre, l’énergie, l’admiration, l’espoir et l’égo, sans rien respecter autour et sans rien donner en retour. Excepté de la souffrance. De la souffrance mais aussi du mépris et de l’humiliation. C’est ce qu’a connu Rachel (Virginie Efira) en tombant amoureuse de Philippe (Niels Schneider), un jeune homme cultivé, tendre et prometteur au premier abord mais qui n’est autre qu’un pervers narcissique. Qui semble être son âme-sœur, son mécène, son passeport pour une autre vie, pour un tour du monde mais qui n’est autre qu’un imposteur, qu’un manipulateur machiavélique.

Un homme cruel incapable d’aimer sainement, incapable de penser à un autre bonheur que le sien et incapable d’envisager d’épouser une femme belle, intelligente mais pauvre. Il le dit d’ailleurs aussi simplement que méchamment : « Si tu avais été riche, évidemment, ça aurait pu être différent,. J’aurai pu t’épouser, j’aurai pu au moins y réfléchir ». Par contre, Philippe est ok pour la voir, pour la faire rêver et lui faire l’amour mais seulement quand ça lui chante, par intermittence. Il est même d’accord pour lui faire un bébé mais sans reconnaitre l’enfant et toujours sans alliance. Et quand l’amour devient aussi malsain, égoïste, malhonnête et impossible, des illusions, des cœurs et des os se brisent. Une mère et sa fille, proches mais blessées par la méchanceté du même homme, se déchirent.

La personne la plus brillante et la plus forte n’est pas forcément celle qu’on croit

Dans l’ensemble, le comportement de Rachel force le respect : elle est pure et sincère, elle encaisse sans s’écrouler, elle élève seule sa fille, Chantal, elle progresse dans son travail, elle réalise une jolie carrière, elle laisse une place à Philippe dans la vie de sa fille et elle se bat pour qu’il finisse par la reconnaitre. Pour que la Mairie enlève « née de père inconnu » sur son état civil et que Chantal puisse porter son nom. D’années en années, Rachel n’abandonne pas. Ne renonce pas. Même quand il lui annonce qu’il va se marier avec une autre, une riche allemande.

Le spectateur est forcé de constater que, parfois, la réalité n’est pas ce qu’on voit en premier, que parfois les apparences reflètent même son opposé : face à Philippe, Rachel semblait au début moins cultivée et moins intéressante, moins armée face à la vie alors que non… elle s’avère être le maillon fort de la relation. Elle est bien plus solide, bien plus éveillée et bien plus dégourdis que lui. Lui qui perd de sa superbe et qui devient, peu à peu, un lâche, un insensible. Un homme qui met sa fine intelligence au service du mal et de la destruction, en gardant le sourire aux lèvres et une certaine élégance. Au point de faire hésiter, pendant un temps et par moment, le spectateur sur son compte. Mais, surtout, au point de devenir, l’air de rien, un criminel.

Cependant, Rachel va commettre une erreur de jugement. Magistrale, désastreuse et irréparable. Aveuglée par le désir viscéral de connecter Chantal à son père mais aussi aveuglée par un manque de confiance en elle, Rachel prendra l’agressivité soudaine de sa fille, après chaque moment passé avec Philippe, comme un signe de désamour envers elle. Comme si, face à cet homme, Rachel ne pouvait pas rivaliser et qu’elle offrait forcément une vie plus plate et plus fade que lui. Alors que Chantal lançait des appels au secours, alors que la vérité se trouvait complètement ailleurs. Que celle-ci était bien plus dégueulasse, peut-être trop pour que Rachel parvienne à la deviner et à la voir en face.

Une adaptation très réussie du roman autobiographique de Christine Angot

La réussite de cette adaptation est aussi grande que le challenge : parvenir à mettre en images le roman poignant et autobiographique de Christine Angot sans le transformer, le trahir ou le dénaturer, parvenir à raconter, en seulement 1h30, l’histoire d’une vie entière. Celle d’une belle femme intelligente pas comme les autres, celle d’une guerrière aveuglée par les sentiments, celle d’une mère honorable mais imparfaite, racontée en voix off par sa fille.

Et la réalisatrice, Catherine Corsini, y parvient haut la main ! Le film est fidèle au livre sur tous les plans : la chronologie, les événements, les dialogues, les messages, la psychologie des personnages, la complexité des relations… entre un homme et une femme quand l’un a une emprise malveillante sur l’autre, entre une mère et sa fille quand l’une, emprisonnée par son propre drame, ne voit pas l’enfer que vit l’autre, entre un père et sa fille, quand l’un ose se servir d’un enfant innocent pour humilier et détruire complètement l’autre.

Virginie Efira et Niels Schneider, un jeu d’acteur éblouissant !

Une adaptation réussie grâce à la réalisatrice mais également grâce au jeu des acteurs. D’une grande justesse ! Malgré sa jeunesse, Niels Schneider parvient à entrer entièrement dans la peau de Philippe, ce personnage sombre, torturé et complexe. Il parvient à en saisir et à en exprimer toutes les facettes. Il parvient ainsi à le rendre incroyablement crédible, aussi humain qu’inhumain. Magistral !

Virginie Efira, quant à elle, est méconnaissable, surprenante et éblouissante dans le rôle de Rachel. Quel grand rôle et quelle performance ! Elle joue à la perfection la jeune femme rêveuse et amoureuse puis la mère solitaire, déçue, combattante, puis enfin la femme âgée qui doit faire face à ses responsabilités, à ses mauvais choix et à ses propres erreurs. Des erreurs que sa fille, Chantal, finit par poser sur la table, avec empathie, colère et courage. Des erreurs que sa fille semble, peu à peu, accepter grâce à une introspection et un recul qui lui donnent la possibilité de comprendre, sans excuser, le comportement parfois illogique et irresponsable de sa mère, les actes abominables de son père… et cette histoire d’amour impossible.

 

« Un amour impossible » de Catherine Corsini, d’après le roman de Christine Angot avec Virginie Efira et Niels Schneider. Sortie en salles le 7 novembre 2018. 

Crédit photos : Chaz productions

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