Eric Simard : « Au Québec, 50% de la population sait à peine lire »

Eric Simard dirige la librairie du Square à Montréal. Putsch l’a questionné sur l’histoire de cette librairie, sur son positionnement et sa clientèle mais également, et, de façon plus large, sur la place du livre, la concurrence d’Amazon et la vitalité du l’univers littéraire au Québec. Eric Simard a répondu sans ambages à nos questions et nous parle, à sa façon, de la relation du Québec à la lecture. ( Crédit Photo : Lou Scamble )

propos recueillis par

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots la librairie du Square?
La librairie du Square a été fondée en 1985 par Françoise Careil et, au fil des ans, elle s’est assurée une solide réputation au Québec. Jonathan Caquereau et moi l’avons reprise en juillet 2015.

Comment avez-vous choisi de devenir librairie ?
Comme l’écriture m’intéressait, j’ai voulu travailler en librairie pour me rapprocher du milieu littéraire. Ça fait 30 ans que ça dure.

Pourriez-vous définir un profil type de vos clients ?
Nous avons une clientèle avisée, qui sait ce qu’elle veut mais très très encline à recevoir des conseils.

Quel est le rapport des Québécois à la lecture ?
De façon générale, au Québec, il y a un certain mépris pour la culture. Il faut dire que 50% de la population sait à peine lire. Par contre, comme je le dis souvent, ceux qui aiment lire lisent pour ceux qui ne lisent pas.

« De façon générale, au Québec, il y a un certain mépris pour la culture »

Et quelle est la relation de la jeunesse québécoise aux livres ?
À peu près la même chose que le public adulte. Beaucoup de jeunes n’aiment pas lire car ils en viennent à associer la lecture à l’école. Ça les rebute. Encore là, les jeunes qui aiment lisent dévorent littéralement les livres.

Quel est le profil des publics qui fréquente la librairie du Square ?
Une partie de notre clientèle est constituée de personnes de + de 50 ans (c’est la clientèle que Françoise a fidélisée et qui l’a suivi pendant toutes ces années). Depuis notre arrivée, une nouvelle clientèle se forme. Les 20-30 ans nous adoptent de plus en plus. Notre clientèle est intellectuelle, avisée, exigeante, compréhensive, sans être chiante, ni snob. Pour moi, c’est la meilleure clientèle qu’une librairie puisse espérer.

Vous êtes également directeur de collection aux Editions Hamac, est-ce que l’édition québécoise se porte t-elle bien en terme de ventes de livres ? Où connait-elle comme en France un ralentissement ? 
L’édition au Québec se porte assez bien. On vit actuellement de belles années. Depuis dix ans, on a vu de nombreuses jeunes maisons d’éditions apparaître et faire leur place. Le paysage n’est plus du tout le même. Ces jeunes maisons sont en train de forcer les maisons plus établies à revoir leur façon de faire. C’est très sain. Notre production est très présente en librairie (ce qui n’a pas toujours été le cas) et le premier choix des clients est souvent celui d’acheter québécois. On n’atteint pas des ventes énormes, mais il y a une belle vitalité et une belle diversité dans la production. L’édition commerciale vit par contre une sorte de crise. Les ventes des gros titres ont fondu. Plusieurs grosses maisons d’édition cherchent des solutions pour pallier au manque de revenus et pour se repositionner.

« Depuis dix ans, on a vu de nombreuses jeunes maisons d’éditions apparaître et faire leur place. Le paysage n’est plus du tout le même. Ces jeunes maisons sont en train de forcer les maisons plus établies à revoir leur façon de faire »

Dans quel genre se spécialise votre libraire ? Ou y préférez-vous une portée plus généraliste ?
La librairie du Square est une petite librairie généraliste. Notre force est la fiction (littérature québécoise, étrangère et la poésie). Nous tenons également beaucoup de fonds. Nous en vendons pratiquement autant que les nouveautés.

Le site de la Librairie du Square

 


Concernant la rentrée littéraire française , quelle place a-t-elle dans la vie économique de votre librairie?
Malheureusement, comme l’édition québécoise a pris beaucoup de place ces dernières années, c’est, je dirais au détriment de la rentrée française. À part certains gros titres, ce n’est plus un enjeu comme ce fut le cas dans les années 1990 par exemple. Dans les rares tribunes qui restent pour la littérature, très peu de place est faite pour la littérature française. Heureusement que je suis librairie sinon je passerais à côté de beaucoup de titres français.


Quel est votre regard sur Amazon aujourd’hui et le fait que les lecteurs achètent sur cette plateforme?
La coopérative qui regroupe les librairies indépendantes du Québec (les LIQ) a crée un site transactionnel (leslibraires.ca) pour contrer les gros joueurs et ça fonctionne plutôt bien. Un nombre important de clients nous choisit. Pour plusieurs, les librairies indépendantes deviennent un choix au même titre que de devenir végétarien, écolo ou autre. Ça nous aide pas mal.

Chaque modèle d’affaires a sa raison d’être. Je ne vois pas Amazon comme le gros méchant. L’univers commercial est peuplé de multinationales prêtes à s’enrichir de toutes les façons. Personnellement, j’essaie de ne pas trop y penser à eux en faisant les choses à ma façon, à mon échelle en essayant d’offrir une autre expérience à ceux qui nous fréquente. Dans l’ensemble, on y arrive plutôt bien. La pire erreur serait d’essayer de les imiter.

« Chaque modèle d’affaires a sa raison d’être. Je ne vois pas Amazon comme le gros méchant. L’univers commercial est peuplé de multinationales prêtes à s’enrichir de toutes les façons »

 


Si vous étiez Ministre de la Culture, quelle mesure prendriez-vous pour remettre le livre au coeur de la politique culturelle ?
La première mesure que je prendrais serait d’appliquer le prix réglementé que tout le milieu du livre attend depuis des années.

 

Librairie du Square
3453 Rue Saint-Denis, Montréal, QC H2X 3L1, Canada
Le site officiel de la Librairie du Square : www.dusquare.leslibraires.ca

( Crédit Photo : Lou Scamble )

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