Boris Godounov : le « Mac Beth » russe ou le triomphe annoncé

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La version originale de l’Opéra dramatique de Moussorgski d’après l’œuvre d’Alexandre Pouchkine est à l’affiche à l’Opéra National de Paris pour douze représentations.

« Le pouvoir vivant est insupportable au peuple ; il ne sait aimer que les morts » – Boris, Boris Godounov, Alexandre Pouchkine

Le Tsar Boris Godounov gouverne mais le pays sombre dans le chaos et la pauvreté. Un jeune moine vagabond, Grigori, se fait passer pour Dmitri, le fils défunt de Boris Godounov et réussit à épouser Marina, une femme noble originaire de Pologne qui déguise sa volonté de puissance en amour passionné. Après avoir convaincu le roi de Pologne de sa légitimité, le faux Dmitri convainc les Polonais d’envahir la Russie. Boris, pris par la culpabilité, les remords et hanté par des hallucinations, sombre dans la folie et meurt en implorant la grâce divine.

Réalité historique, drame passionnel, l’œuvre de Pouchkine revêt une dimension dramatique où l’influence du Mc Beth de Shakespeare est ici pleinement assumée. Modeste, Moussorgski avait livré deux versions de cet opéra dramatique.

Du 07 juin au 12 juillet, l’Opéra National présente la version originale de 1869 (7 tableaux ). Rejetée par la censure impériale en février 1871, le compositeur russe livra donc une seconde version révisée en 1872 (en un prologue et 4 actes) qui fût créée le 8 février 1874 au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg.

Dans cette tragédie humaine qui traite de la perte d’un enfant mais aussi de la puissance et de la mort, l’univers 3.0 déployé par le metteur en scène Ivo van Hove entraîne les protagonistes dans un monde à la fois délirant, claustrophobique et mégalomane. L’incompréhension entre le tsar Boris, hanté par la perte de son fils et du peuple russe affamé, conduit à une folie meurtrière.

Les vidéos projetées sur un gigantesque écran LED signés Tal Yarden sont au centre de cette mise en scène à la fois sobre, fluide et très esthétique. On notera l’extrême fluidité de l’action entre un réalisme fantastique et onirique dans ce décor unique. L’ escalier central – monumental – est le témoin principal de ce drame historique.
L’ouverture béante à même le plateau représente le puits obscur de la chute à venir de Boris Godounov.

Cette nouvelle production est un triomphe annoncé pour plusieurs raisons : la présence de superstars telles que Alexander Tsymbalyuk, magnifique voix basse dans le rôle titre, de la mezzo-soprano Evdokia Malevskaya (Fiodor) et l’excellente soprano Ruzan Mantashyan (Xenia). La direction d’orchestre est confiée à Vladimir Jurowski. Les magnifiques lumières sont signées Jan Versweyveld et enfin la dramaturgie de Jan Vanenhouwe met en exergue le souffle et la précision de ses mises en scène avec cette façon de mettre à nu l’âme des personnages. Un triomphe annoncé.

 

Opéra Bastille. Place de la Bastille, 12e. Tél. 0892 89 90 90. À 20h.
Boris Godounov
Modeste Petrovitch Moussorgski
Opéra Bastille – du 07 juin au 12 juillet 2018

Nouveau spectacle
2h10 sans entracte
Boris Godounov
Opéra en sept tableaux

Musique
Modeste Moussorgski

Livret
Modeste Moussorgski

D’après Alexandre Pouchkine, Nicolas Karamzine
En langue russe

Direction musicale
Vladimir Jurowski
7, 10, 13, 16, 26, 29 juin, 2 juil.

Damian Iorio
19, 22 juin, 6, 9, 12 juil.

Mise en scène
Ivo van Hove
Boris Godounov
Ildar Abdrazakov
7, 10, 16, 19, 22, 26, 29 juin – 2, 6, 12 juillet

Alexander Tsymbalyuk
13 juin – 9 juillet

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
Surtitrage en français et en anglais

( Ce spectacle fait l’objet d’une captation réalisée par Don Kent et retransmis en direct sur Culturebox le 7 juin 2018 à 20h et dans les cinémas UGC, dans des cinémas indépendants en France et dans le monde entier. Il sera retransmis sur France Musique le 1er juillet 2018 à 20h )

 

( Visuel – capture d’écran du site de l’Opéra de Paris )

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