PANOSSIAN Remi

Rémi Panossian : « Michel Petrucciani en live a définitivement scellé mon amour pour le jazz »

Putsch suit Rémi Panossian depuis un certain temps tant sa capacité à penser la mélodie est dense. Avec ce nouvel album «  The Do », le pianiste français continue son chemin au gré des notes, des accords et de délicats arrangements. The Do est un album aussi touchant que brillant pour lequel Rémi Panossian nous en dit quelques mots ( mélodiques).

propos recueillis par

Pourquoi avoir appelé cet album « Do »?
Sur mon 3 ème album en trio, il y a un morceau en do mineur qu’on avait intitulé Jeju-do en hommage à une île magnifique de Corée du Sud. Fin 2016, je suis retourné jouer sur cette île lors d’une tournée solo.
Après le concert, j’ai repensé au fait que ces 2 lettres signifiaient « l’île » en coréen ainsi que la note do. Puis je me suis rendu compte que « do » avait plein d’autres sens selon les langues : la voie en Japonais, faire, accomplir en anglais , je donne en italien…
Toutes ces différentes significations à travers le monde m’inspiraient vraiment. D’autant plus que cela collait bien avec mon prénom.

Que représente ce nouvel album dans votre carrière?
J’ai grandi avec les albums solo de Keith Jarrett , Michel Petrucciani, Abdullah Ibrahim et d’autres.
J’ai attendu longtemps avant de me lancer. Cela m’a permis de prendre du recul par rapport à ces maitres, pour pouvoir faire un disque à mon image et le plus sincère possible. Toutes les circonstances et les conditions étaient réunies pour que je le sorte maintenant , et j’en suis ravi. C’est un moment important dans ma vie de pianiste.

Revenons un peu en arrière. Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos premiers pas dans le Jazz ? Et pourquoi le piano?
A 6 ans, ma mère a ramené le piano de son enfance dans notre maison, un vieux piano droit d’étude. J’ai commencé à jouer avec. À 7 ans, mes parents m’ont inscrit à un cours de piano à la MJC du quartier. J’ai eu la chance de tomber sur une prof géniale Mme Truong qui m’a donné l’amour du piano et de la musique.
La même année, on m’a offert des cassettes d’Erroll Garner, de Lionel Hampton et de Fats Waller. J’ai tout de suite adoré. Par la suite, j’ai découvert Michel Petrucciani en Live, ce qui a définitivement scellé mon amour pour le jazz.

Quelles ont été vos influences musicales?
J’ai écouté quasiment exclusivement du jazz et du blues entre mes 6 ans et mes 16 ans : Keith Jarrett, Abdullah Ibrahim, Michel Petrucciani, John Lee Hooker, Lucky Peterson, Brad Mehldau, Bill Evans , E.S.T. , Coltrane, Bird…
Puis j’ai ouvert les yeux et les oreilles sur tout le reste et je me suis mis à écouté en boucle : le velvet underground, Janis Joplin , les Stones, the Roots, TV on the radio, Radiohead, Led zeppelin, Aphex Twin, Bowie…
Je pense qu’en mélangeant tout ça, donne une synthèse assez bonne de mes influences.

 

Que représente le lieu dans lequel Do a été enregistré ? Et pourquoi avoir enregistré sans retouche?
Pendant 12 ans quand je n’étais pas en tournée avec mon trio, je jouais tous les mardis en piano solo dans ce club Toulousain, le Rest’ô Jazz. J’y avais mis mon quart de queue , j’avais les clefs pour pouvoir travailler quand je voulais, bref ma deuxième maison.
Quand mon ami Yannick m’a annoncé qu’il allait fermer, j’ai voulu garder une trace de toutes ces années, ces rencontres, ces anecdotes et ces moments vécus pendant 12 ans.
J’ai donc décidé d’enregistrer mon premier album solo dans le club . Au milieu des tables des verres des couverts.
Avec Nicolas Gardel à qui j’ai confié la direction artistique, on a décidé de ne rien toucher, de garder les moments bruts , comme en live. On a choisi les pistes qui étaient les mieux du début à la fin.
Il était dans la pièce, avec moi ( on entend d’ailleurs la chaise craquer de temps en temps). C’était vraiment un beau moment.

Vous entretenez une intimité musicale avec Nicolas Gardel. Quelles sont les passerelles entre votre piano et sa trompette?
On est amis depuis plus de 15 ans. Nous avons toujours eu les mêmes idées sur la musique , mettre l’émotion au centre, les mélodies et les constructions …
On se fait découvrir des artistes et on se donne des conseils sur les projets de chacun… On a souvent joué ensemble dans différentes formations et on vient d’enregistrer un album en duo qui sortira cette automne.

 

Vous avez un sens aigu de la mélodie, Rémi Panossian. D’où cela vous vient-il?
Tous les artistes cités plus haut ont tous ce don d’écrire de magnifiques mélodies. Peut-être qu’une partie est entrée dans mes oreilles.

 

Vous avez travaillé avec l’incontournable Eric Legnini. Pouvez-vous nous en dire quelques mots?
C’est un artiste et une personne que j’estime énormément. Avant de travailler ensemble on s’est vu plusieurs fois pour discuter, parler musique , et on s’est vite trouvé de nombreux points communs .
En studio il a été super prodiguant des conseils toujours fins, une intelligence musicale incroyable , un talent de cuisinier indiscutable et un sommelier hors pair!
On vient de partager la scène du festival jazz à l’étage à Rennes. C’était un grand plaisir de se retrouver comme à chaque fois.

 

Aujourd’hui, quel serait votre Putsch musical, Rémi Panossian?
Ce n’est vraiment pas que parce que c’est mon ami, mais le nouvel album de Nicolas Gardel avec son groupe les Headbangers est une bombe d’énergie de musicalité et de créativité . « The Iron Age  » qui sort le 30 mars .

 

Rémi Panossian
The Do
Jazz Family

www.remipanossian.com

( Crédit Photo Jesse Overmann )

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