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Alexandre Diego Gary : l’espérance de l’amour

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Ses initiales rappellent celles du pseudonyme d’Alain Fournier. Et l’univers du Dompteur de mouches cousine avec le roman noir «on y évoque même Stig Dagerman», sauf que, chez Gary, l’ intranquillité des tripes est essentielle et souveraine.

Roman à tiroirs, mais surtout roman à clés – interchangeables – ce troisième livre de l’autre Gary toise la statue du Commandeur, un peintre grand « égolâtre » dont on organise les obsèques. Elaine, sa fille, va perdre pied. «« Il y avait des choses qu’elle ne voulait garder que pour elle. Dont elle voulait qu’elle ne se sachent pas. Elle se résignait à ce que le suicide de son père fût de notoriété publique mais celui de sa mère… Ah non ! ça, c’était son jardin secret/…/ C’était à elle, à elle seule). Julien veut la sauver de ses démons, l’amener à peindre de nouveau. Et Gary triture la matière sonore de la langue, comme un peintre confronterait les pigments. C’est appréciable, pour accompagner le cours tourmenté d’une odyssée tout en lignes de fuite, en bannissements, en pèlerinages dans la folie. Elaine lambeau/flambeau, Elaine à en perdre haleine, chronique d’une crucifixion rimbaldienne, d’une catatonie enflammée.
Romancier nerveux, un peu bousculé à l’intérieur comme s’il écrivait dans une mêlée de rugby, Gary presse le lecteur de faire face, de garder les idées claires avant que le rideau ne tombe. On aime cette disposition heureuse à la munificence du style comme, relâchant dans une anse inconnue, l’explorateur en quête de tribus nouvelles déballe des tissus chatoyants et substitue aux rivières de verroterie des lucioles féériques. D’hôpital en hôpital, de clinique en clinique, de Pessoa en Baudelaire, Lucien apprivoise les chiens sauvages de la douleur et amène Elaine à peindre la nostalgie de l’allégresse. « Ce qui comptait, c’est qu’ils avaient des rêves ». On goûtera ce désenvoûtement tellurique et bouleversant, qui fait allégeance à l’écriture et maraboute filialement celui qui l’incarne.

« Le dompteur de mouches », Alexandre Diego Gary, Gallimard. 14,50 euros

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