Anna Politkovskaïa : la liberté de la presse dessinée

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Par Romain Rougé – Anna Politkovskaïa était une journaliste russe. Assassinée à Moscou le 7 octobre 2006, elle consacrait son travail à lutter contre la corruption et la violation des libertés publiques. Dix ans après sa mort, une bande dessinée lui est consacrée. Une œuvre politique et un sujet, malheureusement, toujours d’actualité.

Disons-le, on ne soulignera jamais assez l’importance de la presse dite « indépendante », ni à quel point cette dernière doit être préservée. A l’heure où l’on reparle (un peu) de la Tchétchénie, on se souvient d’Anna Politkovkaïa, reporter pour le tabloïd Novaïa Gazeta, célèbre pour dénoncer les problèmes de la société russe. Des faits relatés qui ont coûtés la vie à la journaliste Anna Politkovkaïa, froidement assassinée sur son palier. Si le tueur a été arrêté, le commanditaire n’a jamais été désigné. Bien que le nom de Vladimir Poutine soit évoqué.
Parlons d’abord de la bande dessinée. Elle nous plonge dans la vie professionnelle d’Anna, au travers de ses dernières grandes enquêtes : la guerre en Tchétchénie et deux prises d’otages dans lesquelles elle fut impliquée. Entre deux bulles sont interposées les pensées d’Anna. Dans la noirceur ambiante, la journaliste livre ses pensées, on lit les difficultés qu’elle éprouve à faire son travail, ses doutes, ses peurs, mais aussi ses convictions et de manière détournée, son amour pour son métier… Le dessin est vif, rendant le récit fluide et rapide. Le scénariste et auteur Francesco Matteuzzi a recueilli le témoignage d’un proche d’Anna pour retranscrire fidèlement son histoire. La BD est agrémentée d’une biographie, d’un article et d’une interview, nous aidant à mieux comprendre le contexte et la singulière journaliste.

« Disons qu’en Russie, on compte deux catégories de journalistes. Les bons. Et les méchants. Les bons sont ‘pour la Russie’. Ce sont les porte-paroles de l’Etat, fidèles à Poutine et à ses partisans. Les méchants sont ‘contre la Russie’. Pour faire bref, ce sont ceux qui disent la vérité. Mais on peut aussi répartir les méchants en deux sous-catégories. D’un côté il y a les journalistes rééducables, ceux qu’on peut remettre sur la bonne voie, en les achetant ou en leur faisant peur. De l’autre côté, il y a les journalistes non rééducables. Ceux qui disent la vérité mènent une véritable guerre. »

La liberté de la presse, toujours malmenée en 2017

Pourquoi cette BD est-elle plus que jamais d’actualité ? D’abord parce qu’Anna n’est ni la première, ni la dernière journaliste du Novaïa Gazeta à avoir été assassinée. Depuis 2000, six collaborateurs ont été tués. Dont trois en 2009. Puis, le journal a encore récemment reçu des menaces explicites pour avoir dénoncer les persécutions menées par les autorités tchétchènes contre les homosexuels. On imagine Anna Politkovaïa s’emparer de ces faits, évidemment.
Rappelons, enfin, que dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse publié par l’organisation Reporters Sans Frontières (RSF), la Russie obtient la 148ème place (sur 180).

Anna Politkovskaïa : journaliste dissidente
Editions Steinkis
Texte : Francesco Matteuzzi
Dessin : Elisabetta Benfatto
Traduction de l’italien : Marie Giudicelli

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