Qu’Allah bénisse la France: une biographie partagée entre slam et islam

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Abd Al Malik est sans conteste l’une des figures phares du rap français. Avec « Qu’Allah bénisse la France », il signe son premier essai cinématographique en mettant en scène sa propre enfance dans la cité HLM du Neuhof à Strasbourg.

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Fils d’immigrés congolais, Abd Al Malik a été élevé par sa mère catholique dans un quartier sensible et désoeuvré. C’est caméra sur l’épaule et avec beaucoup de simplicité qu’il raconte son parcours divergent. Slalomant parmi les flics, les versets coraniques, les toxico et les assassinats, ce jeune surdoué a longtemps cherché sa voie à travers la délinquance et la philosophie. Partagé entre un frère dealer et un autre catégoriquement tourné vers la Mecque, il est passé du deal à la prière pour enfin trouver son propre chemin dans la musique: grace à la poésie du slam et à l’intensité du rap, il a conquis la scène française à coup de prose et pu s’extraire des frontières de sa banlieue.
Tourné en noir et blanc avec des images surexposées, ce film n’est pas sans rappeler « La Haine » de Mathieu Kassovitz. Jouant sur des prises de vues esthétisantes et sur des clair-obscur excessifs , il nous fait volontairement cligner des yeux pour que l’on perçoive physiquement l’atmosphère âpre et écorchée d’une cité. Dans cette citadelle virtuellement close, Abd Al Malik retrouve ses repères et nous les transmet à travers un objectif inquisiteur: zoom avant, gros plan, images décalées… il nous introduit au sein de l’arène bétonnée de ces gamins à la dérive et dans le bitume sombre de leurs émotions. Parallèlement à l’amour et à l’amitié, la peur et la violence y sont omniprésentes mais le cinéaste a la pudeur de ne pas utiliser d’images crues ou provocantes pour les mettre en avant.
Afin d’interpréter son propre rôle, Abd Al Malik a choisi Marc Zinga. Avec son air « clean » d’enfant éternel, ce jeune acteur confère au personnage principal un côté amène ainsi qu’une grande sensibilité. Il est entouré d’un duo de voyous tragicomiques qui l’accompagne dans ses petits traffics et ses vols à la tire: il y a tout d’abord Samir, le kabyle un peu froussard, prêchant dans les rues vêtu de sa grande djellaba (Larouci Didi) et puis il y a Mike le blond (Mickaël Nagenraft), dealer amateur qui s’amuse à jouer les gros durs avec un adorable accent alsacien. Afin d’agrémenter ce trio des plus ethniques, l’amour est aussi au rendez-vous derrière le sourire radieux et les cils de gazelle de Nawel la marocaine (Sabrina Ouazani).
Cette première expérience cinématographique d’Ab Al Malik est intéressante car elle ne se base pas sur une fiction mais sur un véritable témoignage: celui d’un petit Soldat de plomb qui tente de s’élever contre la délinquance et la solitude des cités. Le message du cinéaste est pacifiste et plein d’espoir car il incite la jeunesse à aimer la vie et à se donner les moyens honnêtes de la réussir. On se demande cependant si sa vision n’est pas trop édulcorée: est-il encore possible de convaincre ces gamins, qui ne cessent de s’autodétruire, d’opter pour le chemin de la sagesse et de l’effort? A coup de défonce, d’intégrisme ou d’addictions, ils semblent hélas se complaire dans une overdose de violence quotidienne et refusent pour la plupart de faire voler leurs rêves au delà d’un poster de Scarface.
Certes la culture et l’éducation peuvent être des moyens pour arracher ces jeunes de la misère et des préjugés mais c’est une bataille qui doit se mener sur tous les fronts: le gouvernement a, bien sûr, sa part à jouer mais les parents des délinquants ont aussi la leur! Le désir de droiture et d’intégration mis en avant dans le film d’Abd Al Malik remet en cause ces responsabilités avec beaucoup de noblesse. A quand donc d’autres « passeurs » pour venir à la rescousse des exclus du système? Il faut booster ces gamins, Nom de Dieu, mais dans le bon sens!
Qu’Allah bénisse la France? Un film dans l’air du temps, un peu trop consensuel mais qui a le mérite de vouloir faire chavirer positivement les choses.

Qu’Allah bénisse la France
Un film d’Ab Al Malik
Avec Marc Zinga, Sabrina Ouazani, Larouci Didi, Mickaël Nagenraft
La bande son du film est signée Laurent Garnier, Wallen, Bilal et Abd Al Malik

Sortie nationale: le 10 décembre 2014


Qu’Allah bénisse la France
Qu’Allah bénisse la France Bande-annonce VF

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