Le malheur en bandoulière et le courage de Sofia

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Par Félix Brun – bscnews.fr/ Le Roman de Sofia est composé de trois livres : Le secret du Feu, Le Mystère du Feu, La Colère du Feu. Chassés par des bandes armées qui massacrent et pillent les villages, Lydia et ses trois enfants, Maria, Sofia et Alfredo s’échappent miraculeusement, abandonnant les cadavres de son mari et de sa belle-mère assassinés. Alors que la famille se réinstalle et subsiste difficilement dans une autre région, Sofia et Maria sautent sur une mine : Maria décède et Sofia perd ses deux jambes. Après une longue convalescence, Sofia prothésée des membres inférieurs, apprend la couture et retourne dans son village. Elle a reçu de sa grand-mère le mystère du feu : « C’est en jetant tes pensées dans le feu pour alimenter les flammes que tu préserveras le mieux tes secrets. » et la misère « les enfants pauvres dont le seul luxe est la richesse de l’imagination  » en héritage.

Dans le livre 2, Sofia pratique la couture pour les gens du village, surmontant ainsi un handicap difficile à supporter ; elle étudie à l’école tous les après-midi, soutient avec amour sa sœur atteinte du sida. Elle tient un journal dans lequel elle décrit ses rêves, ses visions de la sœur et du père disparus : « Impossible de savoir si le lendemain sera bon ou mauvais.Il faut se contenter d’espérer. » Un puissant homme d’affaires, de surcroît, tente de s’emparer des jardins qui sont la seule ressource des villageois : « Qui s’occupe de nos droits à nous les pauvres ? » La sœur Rosa est emportée par la maladie et Sofia découvre l’amour d’Armando.
Dans le troisième volet du roman , Sofia fonde avec Armando une famille : le clan s’agrandit de trois jeunes enfants. Armando, éloigné de Sofia, tombe dans l’adultére, le mensonge et l’envie de devenir enfin riche; il devient voleur de pauvres, prédateur et meurt lynché par le feu : « Quand ce n’étaient pas les fauves qui attaquaient, c’étaient les hommes qui se comportaient comme des bêtes sauvages. » Le malheur poursuit Sofia qui continue de vivre avec le courage et le feu comme seules béquilles : « Le feu restera mon unique et fidèle compagnon (…) J’ai appris à lire l’avenir dans les flammes. (…..) Chaque flamme a un secret. Si on s’asseoit à la bonne distance du feu, on peut regarder si loin dans les flammes dansantes qu’on voit ce qui va se passer dans notre vie, dans l’avenir, dans tous ces jours encore non utilisés qu’on a devant nous. »
Henning Mankell nous transporte dans cette Afrique qu’il connait si bien, dans ces contrées où l’homme survit, devient animal et prédateur de l’homme. Son roman comporte quelques longueurs et redondances mais il nous apporte le témoignage de ce que vivent les populations de certains pays africains : « Les histoires naissent souvent au moment où la réalité, le rêve, et l’imaginaire se mélangent. » La vie , ou plutôt la survie, pose le problème du temps qui reste : « C’est curieux le temps. Il existe tout en n’existant pas. » et de la mort :« La mort posait toujours des questions mais ne donnait jamais de réponse. » Sofia la petite fille a grandi dans le malheur, la misère et le mensonge : cette héroïne nous confirme que « La vie (est) une incertitude, du premier jour jusqu’au dernier. »

Titre :Le Roman de Sofia
Auteur :Henning Mankell
Edition :Flammarion

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