Louise Erdrich : Un roman dans le sillon fécond des origines et de la maturité

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Par Nicolas Vidal – bscnews.fr / Le nouveau roman de Louise Erdrich paru dans l’excellente collection «Terres d’Amérique» dirigée par Francis Geffard au sein des Éditions Albin Michel ne déroge pas à la règle. Et pour deux raisons majeures.

D’une part, parce qu’il paraît justement dans cette collection qui regroupe les grandes et les nouvelles voix de la littérature américaine dans une frénésie éditoriale qui force à l’admiration où tout est bon à lire et à découvrir. D’autre part, parce que Louise Erdrich propose un nouveau roman à la confluence de plusieurs genres où le talent de l’écriture nous plonge dans un récit à la fois dur, saisissant et touchant d’humanité alors que toute son essence repose notamment sur un acte cruel et odieux. Le livre d’ailleurs a été couronné l’année dernière du très prestigieux National Book Award aux USA.

Géraldine, généalogiste de la communauté indienne des Ojibwa est sauvagement violée sur le territoire de la réserve. Son mari, juge au tribunal tribal va tenter de faire la lumière sur cette affaire, écrasé par le poids affectif et sentimental de la situation. Mais la résolution de l’affaire prend un bien mauvais chemin au beau milieu des complications juridiques qui régissent l’application de la justice dans la réserve. Son fils, Joe, à peine âgé de 13 ans, vit cette situation comme l’affrontement effroyable avec l’injustice et la haine. Sa mère enfermée dans un mutisme, qui ne révèle rien de son agresseur ni de l’agression, agit comme un puissant accélérateur des décisions que son fils de 13 ans prendra pour partir à la recherche du coupable alors même que sa mère est l’une des personnalités de la réserve la mieux informée des histoires, des non-dits et des rapports humains.
Sur le fil de ce paradoxe se joue une incroyable épopée de la maturité pour un jeune garçon de cet âge, immergé dans une communauté avec ses règles et ses croyances.

Même si les origines de Louise Erdrich pèsent fortement dans ce récit, cela est indéniable, le fil rouge de l’apprentissage de l’âge adulte pour le jeune héros est l’une des pierres angulaires de ce roman qui brille par cette concision à faire d’un jeune garçon un homme quelque soit les décisions qu’il ait à prendre. On y parle aussi bien d’amitié, de justice, d’un paternalisme difficile, d’un courage formidable et d’une idée de la rédemption tout à fait singulière.

Dans le silence du vent est une formidable histoire dans laquelle chaque lecteur, selon sa sensibilité, y trouvera un angle de lecture différent, puissant et éloquent. Il y a quelque chose d’immensément universel chez Louise Erdrich qui constitue la matière première de tout grand roman américain.

Dans le silence du vent
de Louise Erdrich
Editions Albin Michel
traduit par Isabelle Reinharez
Prix : 22,50
476 pages

( Photo Louise Erdrich – Paul Emel )

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