Cécile Coulon : une certaine idée du totalitarisme de masse

par

Par Laurence Biava – bscnews.fr / Cécile Coulon a fait une rentrée littéraire très remarquée cette année avec son troisième roman toujours publié chez Viviane Hamy. Ce roman d’anticipation raconte les dérives totalitaires et la folie du Maître des lieux dont le leitmotiv principal consiste à interdire à ses sujets le libre accès aux livres. La ville est close. Ceinturée. Y règne une secte, en quelque sorte.

Ainsi, les « Manifestations À Haut Risque » – le « gros » du livre- sont des lectures publiques hebdomadaires et payantes qui se déroulent dans les stades de la ville. Pour garantir l’ordre, le caractère privé de la lecture a été retiré. Dans une arène, on observe des Liseurs qui racontent des histoires préécrites devant un public captif, possédé, endoctriné. Le spectacle commence dans les rangées de ces consommateurs en transe littéralement hystériques: dûment encadrées par les Gardes, chaque citoyen subit ce collectif harcèlement moral jusqu’à la prochaine Manifestation où il y aura une nouvelle mise en scène de la foule, présentée sans visages et sans âmes, et qu’on soumettra à des séances de lecture publique, façon électrochoc.
Mais le héros principal du livre de Cécile Coulon est un homme qui ne sait pas lire du tout, comme 1075. Le grand blessé, c’est lui, un type cynique lâche autant qu’ analphabète, né dans les campagnes abandonnées en périphérie de la ville. 1075 devient le meilleur des flics-mercenaires, chargé de surveiller ceux qui peuvent encore déchiffrer quelques lettres. Pour exister, le Système du Grand (le fameux tyran) lui a suggéré d’intégrer l’élite des Gardes au service du système mafieux. Formé comme les autres dans des conditions dictatoriales, 1075 a pour unique but de ne jamais apprendre à lire, car on le comprend vite, l’apprentissage de la lecture est tabou. Un jour, sa vie de cynique petit soldat assiégé rompu à la tyrannie, bascule quand, gravement blessé par un animal féroce, il réalise qu’il n’en a toujours pas assez fait, et se remet en question. Et un autre jour, ricanant, il finit par hasard par découvrir l’alphabet.
À bien des égards, cette œuvre de science-fiction fait penser -plutôt deux fois qu’une- à la série télévisée « Le prisonnier », à 1984 de George Orwell et à Fahrenheit 451, en ce qu’elle invente un scénario diabolique où les personnages convoqués cherchent avant tout à briser mécaniquement les consciences, à les pervertir. Cécile Coulon, cette benjamine surdouée de la littérature française, n’a pas son pareil pour livrer à notre appréciation des satires savantes sur la société dans laquelle nous vivons. Ici, la métaphore est génialement employée pour dire que le culte du divertissement détruit la liberté globale et qu’à la tête de la société de consommation, règne l’inculture. L’ignorance de la masse populaire. On aime cette écriture affirmative, volontaire, cette audace folle et flamboyante de Cécile. Une belle personnalité, une force rare, une imagination flamboyante, sans limites, sans tabous. Cécile Coulon est un grand écrivain. Vraiment.

Le rire du grand blessé
Cécile Coulon
Editions Viviane Hamy
136 pages
Prix : 17 €

Lire aussi :

Au péché mignon : Ces femmes qui goûtent à l’excès

Les écrivains gay en Amérique : l’émergence de la vague rose

Sur la route again : les fulgurances de Kerouac

Hors-piste à Chamonix : un remède contre la morosité

De la lecture, encore et toujours pour accompagner les soirées d’été

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à