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Hervé Briaux : démiurge d’une comédie plastique sur Michel-Ange

Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ ©VictorTonelli &©Pidz-recadré Formé au Conservatoire National supérieur d’Art dramatique de Paris, Hervé Briaux a joué notamment sous la direction de Roger Planchon, Isabelle Nanty, Francis Huster, Jacques Weber, Georges Lavaudant, Alain Françon et il est le fidèle compagnon de scène de Patrick Pineau avec lequel il a conçu de nombreux spectacles.

propos recueillis par

Il est de surcroît l’auteur d’une douzaine d’adaptations de romans pour la scène et de deux pièces originales. En 2013, il a imaginé une trilogie autour de la question de l’artiste, à la fois créateur et être humain. Le premier volet, Michel-Ange, fait parler une des sculptures oubliées du sculpteur qui demeure dans une cave du Vatican. L’occasion de révélations sur ce génie plastique qui se révèle avoir une personnalité avare, paranoïaque, méprisante et coléreuse. Hervé Briaux s’amuse à nous faire entendre – pour la première fois !- une oeuvre s’exprimer! Tout un programme alliant humour et sensibilité! Rencontre avec le démiurge de cette comédie plastique et son franc-parler, avant-goût des délices auxquels vos zygomatiques et vos neurones vont avoir droit lors des représentations de Michel-Ange!

Pouvez-vous, tout d’abord, nous présenter la trilogie que vous avez imaginée et dont le premier volet, Michel-Ange, a été créé en octobre 2013?
Les trois spectacles formant cette trilogie peuvent exister indépendamment l’un de l’autre, tellement le lien qui les unit est ténu. Cette aventure est née devant un bar sétois, dans le petit coin réservé aux fumeurs. Yvon Tranchant, directeur de la Scène Nationale de Sète, m’a proposé d’écrire une pièce et de la mettre en scène. Le temps d’une cigarette étant restreint, il fallait faire vite. La veille, dans une grande librairie parisienne, j’avais lu deux lettres de Michel-Ange et j’avais été étonné du contraste entre l’oeuvre de cet homme et ses préoccupations bassement matérielles. Donc j’ai proposé une pièce sur Michel-Ange. Point. Plus tard, j’ai lu toutes ces lettres et je ne m’en suis pas inspiré du tout, mais alors pas du tout, comme le prétendent bêtement tous les flyer de présentations des services de presse et autres services de com des théâtres qui cherchent désespérément à rendre toutes choses logiques et explicables. Dans la pièce « Michel-Ange » il doit y avoir deux phrases de Michel-Ange, une dizaine qu’on lui a attribuées, cinq phrases inspirées par d’autres auteurs que j’aime et le reste est imagination. Les deux autres pièces sont venues en rebond et par hasard. Si la pièce Michel-Ange tourne autour d’un homme et de son art ou artisanat, une autre pièce tourne autour des réactions d’un membre de la famille d’un artiste, si proche familialement mais si loin par sa sensibilité artistique, et enfin la troisième parle de la stupidité des grands tyrans qui s’arrogent le droit de décréter ce qui est beau ou pas, utile ou pas en art comme ailleurs.

Luc-Antoine Diquéro sera l’unique interprète pour l’ensemble de la trilogie?
Luc-Antoine ne sera pas l’unique interprète de ces spectacles, d’autres acteurs se mêleront à l’aventure. Je souhaite que mon ami, mon frère, Patrick Pineau, nous rejoigne dès la deuxième pièce et d’autres encore avec lui.

Avoir choisi Michel-Ange comme sujet de cette trilogie était donc le résultat d’un concours de circonstances fortuites et non pas la concrétisation artistique de votre admiration pour l’artiste…
Je ne connais pas grand chose ,pour ne pas dire rien, à Michel-Ange, ni à sa sculpture ni à sa peinture. Ce qui m’intéresse là-dedans c’est ce qu’un artiste doit faire, et ce qu’il doit avoir de connaissances pour réaliser ce qu’il fait. Comprenez moi bien, ce n’est pas ce qu’il réalise, un violon, un tableau, un plat de cuisine, une poterie qui m’intéresse mais la connaissance qu’il a pour le réaliser et la conviction qu’il ne peut faire que ça dans la vie, qu’il ne se sent bon qu’à ça. En ce qui concerne Michel-Ange, vu qu’il n’a rien laissé sur ce qu’il pensait de son art, je l’ai imaginé ou volé ailleurs.

A la première lecture des 500 lettres de Michel-Ange, quelles ont été vos principales impressions sur le personnage?
Je me répète, les lettres de Michel-Ange n’ont que très peu d’intérêt. Mieux vaut lire ses poèmes.

Qu’avez-vous voulu mettre en exergue de l’artiste?
Je n’ai rien à dire sur Michel-Ange. Je sais que pour atteindre ce niveau artistique, il faut sacrifier beaucoup de choses. « Tout éloigner loin de moi » comme devait le penser Michel-Ange et ne se consacrer qu’à ce qu’on doit faire. Uniquement et tous les jours.

Dans Michel-Ange, le spectateur découvre une statue oubliée très bavarde, c’est bien ça? L’humour a-t-il toujours une place de choix dans votre écriture?
Je ne conçois pas « ne pas rire » et surtout » faire rire ». C’est comme ça. En tous cas pour moi. Quant à la statue, elle en a marre d’entendre les conneries des commentateurs de l’art et des spectateurs bavards.

Est-ce une pièce qui a pour ambition, tout de même, de proposer une réflexion sur l’art ?
Je n’ai pas d’autre ambition que de dire ce que je veux dire, que je découvre d’ailleurs au fur et à mesure que j’écris et corrige et qui s’affine au cours des répétitions.

Avez-vous effectué un travail documentaire approfondi ( hormis la lecture des lettres) avant de vous lancer dans votre propre travail d’écriture?
Je crois que mes lectures autour de ce sujet, doivent atteindre en nombres de pages, trois ou quatre mille.

Si vous deviez citer une oeuvre de Michel-Ange qui vous séduit particulièrement, laquelle serait-ce…et pourquoi?
Aucune particulièrement.

Pour conclure, en dehors de la création de cette trilogie, travaillez-vous sur d’autres projets… en tant que comédien notamment?
Je vais jouer sous la direction de Pineau dans le « Conte d’hiver » et je rassemble une tonne de documents pour la seconde pièce sur Mussolini et Hitler visitant un musée à Rome ou à Florence.

Dates de représentation:

– Les 28 et 29 novembre 2013 à la Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau ( 34, hérault)

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