Philippe Car

Philippe Car : un El Cid coloré et décalé

Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ Crédit-photo Elian Bachini/Philippe Car est né à Marseille : à 18 ans, s’il rate son permis, il part tout de même en tournée jusqu’en septembre au volant d’une 4L antique tractant un manège… avec une troupe de jeunes clowns musiciens.

propos recueillis par

L’occasion de s’initier, entre autres, à la danse contemporaine et de se découvrir une passion pour le spectacle vivant. Il entre en 1978 au TEMP, l’école de théâtre gestuel de Pinok et Matho, à Paris. Peu sensible au théâtre institutionnel mental, ses envies théâtrales se dirigent vers les pratiques traditionnelles anciennes. Dès 1979, il crée sa propre compagnie, Cartoun Sardines Théâtre,en devient le metteur en scène et avec celle-ci il fait le tour du monde. C’est à cette occasion qu’il découvre les arts ancestraux qui nourrissent son travail de comédien, de metteur en scène et son écriture dramaturgique. Ainsi ses spectacles puisent à la fois dans les marionnettes, le mime, la magie, la musique, le clown, le masque… A la tête déjà d’une trentaine de créations et de près de 3000 représentations, on précisera que deux de ses mises en scène ont été présentées par l’Adami à la soirée des Molières. En 2007, Philippe Car crée l’Agence de Voyages Imaginaires avec 6 membres de sa compagnie première. L’Agence de Voyages Imaginaires a notamment monté Le Bourgeois gentilhomme, Roméo et Juliette, Sur le chemin d’Antigone et… El Cid!, une création 2013, qui a débuté par une période d’immersion en Espagne et au Maroc! De la couleur, de l’énergie pétaradante, de l’émotion en feu d’artifice et du décalé…voilà ce que promet cette tragédie remaniée à la sauce « Philippe Car » : en route donc pour El Cid!

Et si, pour commencer, vous nous présentiez votre Agence de Voyages Imaginaires?
C’est une troupe de théâtre, comme il n’en existe plus beaucoup, formée d’artistes comédiens, musiciens, auteurs, inventeurs, metteur en scène, artisans…. et de techniciens non moins inventifs qui fabriquent du spectacle vivant et d’une poignée de sédentaires qui organisent, administrent, oeuvrent à faire tourner, à faire connaitre…
Le nom choisi pour cette troupe image parfaitement l’idée maitresse des spectacles qui sortent de nos « ateliers ».

Pourquoi avoir choisi Le Cid? Votre compagnie monte-t-elle d’habitude plutôt des classiques ou des textes contemporains?
Depuis quelques années nous travaillions plutôt sur des textes du répertoire. Corneille est un auteur passionnant parce qu’il écrit de véritables thrillers psychologiques, auxquels, à son époque, le public se rue ! La langue de Corneille, le texte du Cid, est une langue sortie tout droit d’un conte, avec tout ce qu’on peut trouver de magique, de poétique et de théâtral. Le thème, – les valeurs profondes envers sa famille, la personne aimée et finalement soi-même – est tout à fait actuel.

« Chaque création de (votre) compagnie, débute toujours par un « voyage d’étude », où toute l’équipe se retrouve à l’étranger pour la découverte du texte parallèlement à celle d’une technique » ; quel a été le contenu du voyage de « La caravane du Cid »?
Trois mois de répétitions dans quatre villes d’Espagne et du Maroc. Installés sous un chapiteau ouvert, à vue du public, jour aprés jour nous avons découvert le texte, chaque acteur s’est essayé à chaque rôle, les scènes ont été cherchées: comment raconter tel ou tel moment ? Où sommes- nous ? Comment représenter chez Chimène etc…. trouver la cohérence du spectacle. Dans quel monde se passe l’action, à quelle époque ??? régulièrement nous échangions avec les spectateurs présents.

On a pu lire :  » A chacune de nos étapes, nous avons reconstitué un laboratoire de création théâtrale nomade, librement ouvert » : Vous pratiquez donc un théâtre qui se construit, s’affine au contact des spectateurs? Cela sembler nécessiter un ego qui accepte les critiques…est-ce toujours facile?
Non pas toujours. Oui les acteurs doivent savoir se montrer dans des situations que ne les mettent pas forcément en valeur. Un acteur n’est jamais « bon » dès la première découverte du texte. Par contre il est très ludique de se jeter dans des improvisations, et les maladresses sont partagées par le public. Nos spectacles ne se fabriquent pas tous comme celui là. Habituellement les pèriodes ouvertes au public sont plus courtes. Mais l’expèrience de l’échange est excellent… c’est comme dans la vie…

Vous avez procédé à des coupes dans le texte de Corneille , à l’ajout de textes pour un narrateur….c’est donc un travail de réécriture à part entière?
Il reste environ les deux tiers du texte de Corneille (lui-même s’est inspiré d’un texte espagnol). Certains passages trop datés, ou difficiles à comprendre, ont été réécrits. C’est une réécriture partielle.

Vous avez monté un Cid version thriller avec du  » Shakespeare, du Hitchcock et du Tarantino », c’est bien ça?
Non j’ai parlé de ces auteurs réalisateurs parce que c’est tout à fait contenu dans le texte de Corneille. Nous n’avons fait que suivre ses indications.

Côté décors, on est dans un univers forain? Pourquoi?
Parce qu’au théâtre la vie est un conte…

Enfin, quel est votre credo théâtral Philippe Car?
Je ne sais pas ce que ça veut dire…

Et si, pour conclure, vous deviez citer une phrase du Cid…laquelle serait-ce?
Va cours vole et nous venge !!!! qui est coupée dans notre version !

Le site de la compagnie !

Dates de représentation:

– Du 13 au 15 novembre 2013 à Meylan ( (38) à l’Hexagone- Sène Nationale
– Du 20 au 22 novembre 2013 à L’Isle d’Abeau ( 38) à la Salle de L’Isle
– Du 27 au 29 novembre 2013 à Montpellier ( 34) au Théâtre Jean Vilar
– Le 6 décembre 2013 à Velaux ( 13) à l’Espace NoVa
– Du 5 au 16 février 2014 à Paris ( 75) au Théâtre 13
– Du 18 au 22 mars 2014 à Rouen ( 76) au CDR Th.des Deux Rives
– Du 26 au 29 mars 2014 à Lyon ( 69) au TNG – CDN de Lyon
– Les 4 et 5 avril 2014 à Rodez ( 12) à la Maison de la Culture
– Les 8 et 9 avril 2014 à Millau ( 12) au Th. de la Maison duPeuple
– Le 19 avril 2014 à Figeac( 46) à l’Espace François Miterrand
– Du 22 au 24 avril 2014 à Cusset ( 03) au Théâtre de Cusset
– Les 115 et 16 mai 2014 à Port de Bouc ( 13) au Sémaphore
– Les 19 et 20 mai 2014 à Hazebrouck ( 59) au Centre André Malraux
– Le 23 mai 2014 à Chevilly-Larue ( 94) au Théâtre André Malraux
– Les 27 et 28 mai 2014 à Mondeville ( 14) à La Renaissance

A lire aussi:

Sandrine Anglade : l’alexandrin du Cid au diapason de la batterie

Dag Jeanneret et « la langue sauvage, impétueuse, heurtée du jeune Brecht »

Lever de rideau sur Christophe Rauck et ses serments indiscrets

Denis Marleau et ses femmes savantes sous le haut patronage de Madame de Sévigné

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à