Au Théâtre 13, Lady Macbeth vole la vedette à son époux

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ La pièce s’ouvre sous le pâle soleil des Highlands. Lors d’une prophétie, Macbeth, valeureux chef de l’armée d’Ecosse se voit promettre le trône de son cousin, le Roi Duncan. Malgré la loyauté qui le lie à son seigneur, il va l’assassiner pour s’accaparer sa couronne. Encouragé par son épouse, avide de pouvoir, il finira par plonger son royaume dans un bain de sang où Lady Macbeth perdra la raison, laissant mourir son époux au combat, coupable d’une trahison qu’il n’aurait pas souhaitée.

Parmi toutes les œuvres de Shakespeare, Macbeth est certainement celle qui incarne le mieux l’image du mal et de la tentation. Porté par un vent de noirceur, ce mal s’immisce crescendo dans l’âme du protagoniste : entraîné par l’orgueil et la séduction du pouvoir, il s’élève progressivement jusqu’au crime pour se laisser ensuite retomber dans les affres de la culpabilité et de la perdition.
Malgré toutes les facettes psychologiques présentes dans ce personnage, Arny Berry ne parvient pas à composer son rôle : son interprétation en fait un guerrier qui manque de vaillance, un époux sans virilité et un ambitieux trop hésitant pour avoir des mains de bourreau. On aimerait percevoir non seulement la vigueur de Macbeth à travers ses coups de poignards mais également son combat intérieur face aux doutes et aux remords qui ne cessent de le ronger !
A l’inverse, Laure Vallès, qui interprète Lady Macbeth, s’accapare souverainement la scène : totalement habitée par son personnage, elle n’hésite pas à entrer en transe et à se lancer dans des chorégraphies enflammées. Aguicheuse et charnelle, elle s’offre à d’étranges figures asexuées. Rugissante et cruelle, elle pousse son mari au crime avec stoïcisme. A la fois multiple et dynamique, elle apparaît et disparaît au fil du texte et séduit les spectateurs avec autant de grâce que d’assurance.
Même si la pièce est essentiellement de facture masculine, Shakespeare a également laissé la place à des sorcières revenant inlassablement hanter l’esprit dévasté de Macbeth. Malgré l’énergie déployée par les trois comédiennes interprétant ces stryges démoniaques, on demeure insensible à leurs convulsions grotesques qui les font ressembler à des marionnettes hallucinées. Lors de leurs prophéties, on souhaiterait être envouté ne serait-ce que par une musique celtique à défaut de ces pseudo-tamtams qui accompagnent leurs oracles…
Si Arny Berry n’incarne pas un Macbeth de grande envergure, il en va autrement de sa mise en scène : ingénieuse et survoltée, elle propose au public un cortège d’ambiances sombres et de perspectives intéressantes. Sur d’humbles tréteaux de bois se succèdent des banquets et de beaux combats d’escrimes. Dans un éclairage de bougie ou à travers une douce pénombre sont également projetés des châteaux et de petits tableaux lumineux évoquant différents épisodes du récit Shakespearien. Afin que la pièce soit accessible à un large public, Arny Berry a fait le choix judicieux de l’alléger. La réduisant à une représentation d’une heure trente, il en accentue la dynamique et ne laisse la place à aucun temps mort. On regrette néanmoins son manque d’orthodoxie face à la langue choisie : il aurait du opter soit pour une adaptation classique du texte, soit pour un verbe plus moderne. L’alliance des deux langages dérange et apporte une cassure à l’harmonie auditive de la pièce. Il en va de même pour les costumes qui mixent les époques en alternant la cape pourpre et le jean délavé…
La Société des écrans est, à n’en pas douter, une troupe fougueuse et solidaire. Peut-être est-elle encore un peu jeune d’où son hésitation à pousser d’avantage la carte de l’ironie et celle de la violence : Shakespeare est un auteur à la fois cocasse et terrible qui pétrie sa création de bruits et de fureur! Dans cette adaptation contemporaine, le sang gicle mais à petit jets et le rire ne s’entend, hélas, que sous cape…
En s’emparant du rôle titre et de la mise en scène, Arny Berry n’a certainement pas eu le temps de pousser assez loin la tempête shakespearienne. Peut-être aurait-il du choisir…

Macbeth
Mise en scène : Arny Berry
Avec Clément Bernot, Arny Berry, Benjamin Bur, Alexandre Cornillon, Jean-Damien Détouillon, Simon Fraud, Elodie Hatton, Elias Khadraoui, Victor Le Lorier, Audrey Sourdive, Laure Valles et Victor Veyron

Théâtre 13
30, rue du Chevaleret – Paris 13e
Métro Bibliothèque F. Mitterrand
Réservation : 0145886222
www.theatre13.com

Jusqu’au 15 décembre 2013

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