L’ingrate et injuste destinée d’un croqueur de pommes

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Par Félix Brun – bscnews.fr/ Il est des vies et des hommes qui ne méritent pas l’indifférence et l’oubli. Ce fut pourtant le sort d’Alan Turing. Son enfance est tourmentée par le mariage bancal de ses parents et leurs nombreuses disputes. Dès l’adolescence, il est passionné par les mathématiques, à tel point qu’il est surnommé dans son collège « math brain « . Il pratique les sports individuels tels la course à pied, le velo, l’aviron, recherchant à travers ces activités l’esthétique et la beauté du corps.Il fait figure de marginal, tant il méprise l’argent et les mondanités, tant il est prétentieux : « Je suis supérieur et différent ». Il réussit le passage à l’université malgré une scolarité passable.

Un fait marquant l’accable : son ami inséparable Christopher, avec qui il partage une « complicité siamoise », meurt de la tuberculose un 7 juin. Il s’inscrit à l’université de Princeton à New-York, où il croise les plus grands mathématiciens et génies : Neumann,Einstein……Il soutient une thèse et invente l’une des premières machines qui deviendront plus tard les ordinateurs. Malgré ce succès et les possibilités offertes par l’université de New-York , il prétexte la montée du nazisme et l’approche de la 2éme guerre mondiale,pour retourner en Angleterre se battre pour son pays ; mais n’est-ce pas la crainte de voir son homosexualité sanctionnée de crime par une société américaine puritaine, la Grande Bretagne lui paraissant plus tolérante ?
Grâce à ses recherches et à son travail forcené pour les services secrets britanniques, il met en place le décryptage des messages codés de l’armée allemande et permet ainsi d’éviter de nombreuses destructions de navires ralliant et ravitaillant l’Angleterre. Sa contribution a sauvé de nombreuses vies et fait accélérer le dénouement de la guerre. Ses découvertes ne sont pas soutenues par le monde scientifique trop conservateur, incrédule sur les démonstrations et les applications d’Alan Turing : il ne doit sa reconnaissance qu’à la concurrence américaine, et il est en quelque sorte réhabilité dans sa découverte et la fabrication du premier ordinateur. Alan Turing s’isole peu à peu du monde scientifique. Il entretient quelques relations homosexuelles sans conséquences, jusqu’au jour où il est condamné pour délit d’homosexualité à un an de prison, converti en traitement par castration chimique.Tout bascule et il sombre dans le désarroi, le doute, se reprochant même de n’avoir pas su « construire une vie sociale,solide et diverse, qui l’aurait aidé à traverser les épreuves. » Il se donne la mort le 7 juin 1954 en mangeant une pomme qu’il avait au préalable injecté de cyanure, comme le fruit qu’a croqué Blanche Neige dont il avait vu six ou sept fois le dessin animé… La nation anglaise conservatrice et protectionniste n’a pas su en son temps reconnaître en Alan Turing l’un des plus grands scientifiques et mathématiciens de tous les temps.

On découvre, au travers de ce roman biographique, le secret du sigle de Steve Jobs : la pomme croquée et l’arc-en-ciel d’Apple. L’émotion est forte lorsqu’on découvre la lettre d’Alan Turing qui explique son geste et sa détermination à mourir. Cette biographie romancée bouleverse par un style et une écriture limpides, sans fioriture et sensible.

Titre: LA POMME D’ALAN TURING

Auteur : Philippe Langenieux-Villard

Editions: Héloise d’Ormesson

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