Karim Mokhtari : un formidable message d’espoir

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Par Mélina Hoffmann – bscnews.fr / Un braquage qui tourne mal, une balle perdue, un jeune homme qui perd la vie, et voilà comment Karim Mokhtari se retrouve derrière les barreaux. Condamné à 10 ans de réclusion criminelle, il passera au total six longues années dans différents établissements pénitentiaires avant de retrouver la liberté en 2002.

Six années de souffrance, de mises à l’épreuve, de doutes, de remises en question. Six années qui feront de lui un homme neuf. Mais la société qui l’a condamné acceptera-t-elle de le voir comme tel et de l’accompagner dans cette nouvelle vie à laquelle il aspire ?
Ce livre est avant tout le fruit d’une belle rencontre. Karim Mokhtari vient de sortir de prison lorsqu’il fait la connaissance de Charlie Carle. Malgré leurs parcours opposés, un profond lien d’amitié se tisse entre les deux hommes qui passeront alors quelques centaines d’heures à échanger en toute franchise.

Ce récit est celui d’un enfant rejeté et maltraité pendant des années par une mère et un beau-père au sadisme sans limite, qui tente de survivre malgré ses plaies ouvertes ; celui d’un homme sans repère, égaré, que la prison, la force de caractère et certaines rencontres vont peu à peu transformer.
L’auteur nous plonge ainsi – en alternance – dans l’enfance et la période d’incarcération de Karim Mokhtari. Une mise en relief qui donne au livre un impact fort et met en branle nos émotions. La lecture est parfois difficile tant certaines scènes frôlent l’insoutenable, mais difficile aussi à interrompre grâce à l’écriture fluide, rythmée et captivante de Charlie Carle, qui nous donnerait presque l’impression de lire un polar.

C’est pourtant bien d’une histoire vraie dont il est malheureusement question. Aucune fiction dans le sadisme grandissant de la mère et du beau-père de Karim qui traiteront ce dernier comme un esclave, allant jusqu’à l’enfermer pendant plusieurs jours dans un placard sans eau ni nourriture.

« La succession de sévices et d’humiliations finit par faire voler en éclats ma condition d’être humain. A la maison, les chiens étaient beaucoup mieux traités que moi. »

Ne lui témoignant pas la moindre affection et lui reprochant jusqu’à sa couleur de peau, sa mère l’appellera d’ailleurs « David » durant toute son enfance, et lui fera porter le poids de sa misérable existence. Lorsque Karim tentera de retrouver son père biologique, son beau-père interviendra pour l’en empêcher, privant ainsi le jeune adolescent de sa seule chance d’échapper à l’emprise destructrice du couple. La mort semble alors être la seule issue pour Karim qui – malgré son désespoir – ne parviendra pas à mettre fin à ses jours et se verra contraint de se livrer à des actes de délinquance pour subvenir aux besoins de sa famille.

Au terme d’un braquage à l’issue dramatique, il sera condamné à dix ans de prison et en purgera un peu plus de la moitié.
Refusant les conditions précaires de vie qui lui sont imposées, Karim se retrouve alors isolé pendant plusieurs semaines au « mitard », sans aucune possibilité de s’occuper.

« Le temps en prison ne s’écoule pas de la même manière qu’à l’extérieur. Il peut s’étirer, se tordre, se compresser. Dans un environnement comme le mitard, il peut même se dissoudre jusqu’à devenir complètement impalpable. Sans lumière du jour, mais sous le scintillement permanent de quelques néons, le temps n’existe presque plus. L’horloge interne se dérègle. Le cerveau également. Je comprenais maintenant pourquoi tant de gens se suicidaient dans leur cellule, sans raison apparente. L’enfermement peut rendre fou n’importe qui. L’esprit humain n’est pas prévu pour y résister. »

Quand il réintègre enfin une cellule, c’est à peine mieux. N’ayant pas les moyens financiers de l’équiper, il subit les 22h par jour d’enfermement et d’ennui, dans des conditions d’hygiène que deux douches par semaine de dix minutes maximum – lavage du linge inclus – ne permettent pas de rendre convenables. Et la violence, toujours présente, comme si aucune autre issue n’était possible…
Karim apprend malgré tout à contrôler cette violence qui s’accumule en lui au fil des jours, à gérer son impulsivité. Il fait le choix de changer son destin, de devenir un homme meilleur, respectable et respecté.

Au final, difficile de dire quelle aura été la période la plus douloureuse de la vie de Karim Mokhtari, entre une enfance rythmée par l’humiliation, les insultes, les coups, et ces sept années d’emprisonnement passées à supporter la solitude, l’ennui, la violence.
Il ne s’agit pas, dans ce livre, d’apitoyer le lecteur et d’excuser les méfaits d’un homme sous prétexte d’une enfance malheureuse – même si le thème de la maltraitance est bien évidemment abordé -, mais bien de montrer comment un homme peut choisir d’échapper à un destin vers quoi tout semble vouloir le mener.
Ce témoignage pose également la question de la seconde chance, et soulève le problème des conditions de vie, ou plutôt de survie, dans les prisons. Donne-t-on vraiment aux prisonniers les outils et l’accompagnement nécessaires à une réinsertion sociale et professionnelle réussie et souhaitée ?
A la lecture de ce témoignage et plus particulièrement de certaines scènes d’une rare violence, on ne peut qu’en douter. Responsable d’une association de réinsertion, Karim Mokhtari lutte aujourd’hui pour que la réponse à cette question puisse un jour être « oui ».

Un livre dur qui aborde des thèmes sensibles sans langue de bois, mais qui délivre aussi un formidable message d’espoir et d’humanité, et nous invite indéniablement à la réflexion.

> Rédemption – Itinéraire d’un enfant cassé de Karim Mokhtari, Charlie Carle
Editions Scrineo

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