Desh : un songe indien la tête dans les étoiles et les pieds entaillés

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Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ Crédit-photo: Richard Haughton/ On ne peut -doit- pas fuir ses origines pourrait être l’un des messages du chorégraphe britannique Akram Khan , originaire du Bangladesh. Une vérité distillée avec finesse et sensibilité et qui ne cherche pas à être moralisante . Seul sur le plateau, le danseur nous invite à un voyage étrange qui oscille entre envolées imaginaires et retombées triviales.

Avec divers interlocuteurs ( sa nièce, son père, une jeune fille du service après-vente d’Apple), le personnage qu’il incarne, sorte de double de lui-même, alterne entre comédie et tragédie pour évoquer son pays natal ; ainsi l’on rit, l’on est ému et l’on adhère aux piques adressées par touches délicates mais intelligibles au monde existant…. et libre au spectateur d’en prendre note à bon escient. Qui suis-je? Dois-je m’engager, prendre position? , un questionnement qui tourmente cette pièce chorégraphique. Akram Khan et sa compagnie semblent répondre ainsi : Je suis une somme de paysages qui me traversent, de légendes ancestrales qui me construisent, d’instants volés au temps qui me rassurent, d’angoisses vis à vis du futur qui me terrorisent. Je suis la terre sur laquelle j’ai fait mes premier pas et l’eau qui me traverse à chaque minute de part en part. Je suis un être aux résonances complexes qui sent la révolte hurler en lui et s’insurge souvent de son impuissance. J’aimerais m’envoler mais la réalité du quotidien me fait régulièrement chuter des étoiles et je dois avoir la force de regrimper sur l’arbre aux mille rêves… La gestuelle d’Akram Kham est plus empirique que spectaculaire et elle fusionne donc naturellement avec l’atmosphère sonore et visuelle dans laquelle elle baigne. Le travail de conception visuelle de Tim Yip est, de surcroît, extraordinaire et permet au spectateur de replonger en enfance, la tête dans les étoiles et le coeur au milieu de la forêt. La conception musicale, la création lumière et les animations sont à saluer des mêmes applaudissements tant on est saisi par le génie mis en oeuvre pour éveiller tous les sens, accompagner avec justesse les histoires racontées par Akram à la petite Eshita ou encore exprimer les sentiments divergents qui tiraillent l’être déraciné. Akram Khan invente une gestuelle aussi fluide que fantasmagorique, fait de son crâne un visage par lequel il fait parler son père – un moment de contorsion corporelle relevant à la fois de la prouesse physique et esthétique, joue enfin avec la fragilité des frontières entre le rêve et la réalité. Du bleu gris à l’or chatoyant, de la tendresse d’un oncle à l’incompréhension d’un fils, Desh exploite mille nuances bourdonnantes de sens…et si les premières minutes déstabilisent un peu et peuvent effrayer certains par leur épurement typiquement « contemporain », il faut avoir la patience de rester , de laisser doucement arriver les abeilles du joli conte d’Akram et d’en savourer le miel délicieux!

Desh
Compagnie Akram Khan
Direction artistique, Chorégraphie, Danse: Akram Khan
Conception visuelle: Tim Yip
Conception musicale: Jocelyn Pook
Création lumière : Michael Hulls
Histoires imaginées par : Karthika Naïr, Akram Khan
Dramaturgie: Ruth Little
Direction d’acteurs: Zoé Nathenson

Dates de représentation:
-Les 23 et 25 juin 2013 à l’Opéra-Comédie de Montpellier ( Festival Montpellier Danse)
-Les 3 et 4 juillet 2013 au Ponec Theatre de Prague ( Tanec Praha Festival), République Tchèque
– Les 16 et 18 juillet 2013 au Burgtheater de Vienne ( ImPulsTanz Festival) , Autriche.
– Les 20 et 22 septembre 2013 au National Theatre de Taipei, Taiwan.

Le site de la compagnie : http://www.akramkhancompany.net/html/

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