Oh Boy : Le mal du siècle revisité avec maîtrise et élégance

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Par Inès Bedrouni – bscnews.fr / L’impact troublant du noir et blanc est de nouveau exploité, pour le plaisir d’un jeu avec le clair-obscur enivrant. Ayant récolté le Lola d’or et six autres prix dont celui du meilleur réalisateur, du meilleur acteur et du meilleur scénario, « Oh Boy » en a surpris plus d’un avec la modernité du fond et la nature de sa forme.

Beaucoup s’interrogeront sur le sens de ce parti pris colorimétrique, sans complétement penser que c’est une erreur. Il est vrai que Jan Ole Gerster a pris un réel risque dans l’unique but de mettre en lumière les abîmes de l’existence d’un homme, presque insignifiant, qui fait face à des questionnements universels. Pour une limpidité plus délectable, cette inscription dans le quotidien est filmée avec une poésie, souvent picturale, rarement transcrite avec autant de distinction au cinéma. Tout au long du film, Niko (Shilling) rencontre ce que l’on pourrait considérer comme des allégories, et notamment, celle de la solitude, de la vieillesse, de la désillusion et du souvenir. Incarnées par une femme perdue de vue, une ex-copine, un mari frustré ou un vieil homme solitaire, Niko vit ces tournants humanisés avec un engouement ou un désenchantement qui ne nous est jamais complètement inconnu et ne nous laisse jamais non plus complétement indifférent. La dimension obscure de l’existence est parallèlement abordée avec un sens de la dérision et de la légèreté qui peut difficilement être déplaisante. C’est ici que la délicatesse du scénario entre en jeu, puisque même sans compter sur la solidité du schéma scénaristique, les dialogues sont aussi fins que l’humour qu’ils contiennent, sans pour autant être élitistes. Accompagné d’une bande son aux tonalités assez « jazzy », le déroulement de l’histoire prend des allures d’insouciance, malgré le vide apeurant qu’il enferme. L’image du vide est en effet abordée à plusieurs reprises, à travers des symboliques aussi simples que le vide de l’appartement dans lequel Niko finit par se complaire et le vide des boîtes qu’il ouvre à l’intérieur de ce même appartement. A travers cette légère mise en abyme nous comprenons très vite qu’il s’agit du néant qui nous ronge tous, à des heures différentes de la vie et qui vient de s’immiscer ici avec une délicatesse respectable. C’est ainsi, avec juste ce qu’il faut de cynisme, que le désespoir nous fait sourire et nous lie petit à petit à cet homme, qui pourrait être chacun d’entre nous. Ce n’est plus Chateaubriand qui vous parle de ce déchirement qui vous met parfois sur le bas-côté du siècle en cours, mais Jan Ole Gerster qui met en scène une brèche d’existence avec élégance et compassion.

Date de sortie : 5 juin 2013 (1h 28min)
Réalisé par Jan Ole Gerster
Avec Tom Schilling, Friederike Kempter, Marc Hosemann plus
Nationalité : Film Allemand

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