Tabac rouge : le ballet des fourmis et du roi abat-jour

par

Par Julie Cadilhac – bscnews.fr / Crédit photo: Richard Haughton/ James Thiérrée est un démiurge à l’univers aussi singulier que génial et son chorédrame Tabac Rouge ne dément pas cette vérité : on y retrouve son goût des machineries complexes, les créatures oniriques sorties du vestiaire de sa mère Victoria Thiérrée, l’utilisation de musiques baroques et mélancoliques, la présence d’objets du quotidien détournés et ce rythme obsédant qui tressaille dans toutes ses créations.

Oui! Tabac Rouge est un bel objet esthétique : y évoluent des danseuses aux contorsions étonnantes et, dans le désordre apparent de ces fourmis qui s’agitent sur le plateau , règne une harmonie métronomée, un goût de l’exactitude admirable. Cependant si l’on comprend bien le rôle central de Denis Lavant, sorte de monarque vieillissant et désabusé, autour duquel gravitent des êtres agités de spasmes dès qu’il tente un geste ou même une parole, la narration fait un peu défaut et au bout d’une longue heure, on finit par se lasser des récurrences et soubresauts qui agitent la scène. Assurément James Thiérrée aime laisser une part énigmatique à ses créations mais, sous la lumière restreinte et économe de l’abat-jour, le sens se noie dans le chaos. Il manque aussi dans Tabac Rouge la présence physique de son créateur qui a choisi, parce que le corps s’est usé, de mettre en scène d’autres qui n’ont pas sa silhouette étrange de « Peter Pan » et son charisme. Denis Lavant incarne un personnage aussi tragique que sombre, excelle dans son rôle et participe aux chorégraphies avec justesse mais il n’a pas le « charme hollywoodien » qui colle à la peau de James Thiérrée comme une ombre espiègle et joueuse. On en ressort avec l’idée ténue qu’on avait préféré son Raoul solitaire de l’an passé. Un moment de théâtre-danse qui laisse cependant le public enthousiaste et charmé…la poésie du petit-fils de Charlie Chaplin opère donc auprès des spectateurs même lorsqu’il est de l’autre côté de la lucarne…

Avec : Denis Lavant, Valérie Doucet, Anna Calsina Forrellad, Noémie Ettlin, Namkyung Kim, Matina Kokolaki, Piergiorgio Milano, Thi Mai Nguyen, Ioulia Plotnikova, Manuel Rodriguez • Costumes : Victoria Thiérrée • Assistante à la mise en scène : Sidonie Pigeon • Assistantes à la chorégraphie : Kaori Ito, Marion Lévy • Combustions soniques : Matthieu Chédid • Construction : Anthony Nicolas, Fabrice Henches, Thomas Delot, Gerd Walter et les Ateliers du Théâtre Vidy-Lausanne • Plateau : Anthony Nicolas, Fabrice Henches, Gerd Walter •Son : Thomas Delot • Lumière : Bastien Courthieu • Habilleuse accessoiriste : Sabine Schlemmer • Production et administration : Emmanuelle Taccard, Nathalie Hébert
Production déléguée : Compagnie du Hanneton-Junebug

Tournée 2013:

-Du 16 au 20 juin 2013 : Printemps des Comédiens ( Montpellier)

– Du 25 juin au 8 juillet : Théâtre de la Ville ( Paris)

– Les 4 et 5 octobre 2013 : L’Arc Le Creusot( 71)

– Les 8 et 9 octobre 2013 : Le Théâtre Mâcon (71)

– Les 12 et 13 octobre 2013 : Maison de la Culture Nevers ( 71)

– Les 18 et 20 octobre 2013 : Théâtre André Malraux Rueil Malmaison ( 92)

– Les 14 et 15 novembre 2013 : La Comédie de Valence ( 26)

– Du 20 au 24 novembre 2013 : Centre Culturel Onassis Athènes ( Grèce)

– Les 14 et 15 décembre 2013 : Théâtre Jacques Prévert d’Aulnay sous Bois ( 93)

– Du 18 au 21 décembre 2013: Le Quartz Brest ( 29)

Tournée 2014:

– Du 30/05/2014 au 01/06/2014 :Massy Palaiseau – Opéra de Massy

– Du 22/05/2014 au 24/05/2014 :Toulouse – Théâtre National de Toulouse

– Du 10/04/2014 au 12/04/2014 : Aix en Provence – Grand théâtre de Provence

– Du 26/03/2014 au 29/03/2014 : Londres (GB) – Sadler’s wells

– Du 21/03/2014 au 22/03/2014 : Albi – Scène Nationale d’Albi

– Du 18/02/2014 au 01/03/2014 : Paris – Théâtre de la Ville

– Du 12/02/2014 au 13/02/2014 : Chambéry – Espace Malraux

A voir aussi:

Kiss and Cry : Les noces gracieuses d’une caméra et de doigts habiles

Kiss & Cry : Michèle Anne de Mey et la nanodanse

ATEM : une danse macabre de Josef Nadj

Mr & Mme Rêve : une danse endiablée qui frôle le merveilleux

‘Tango Pasion’ embrase la scène des Folies Bergères

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à