300 EL X 50 EL X 30 EL : un portrait aussi cocasse que violent de l’humanité

par

Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ Comment représenter sur un plateau l’absurdité de l’existence? Le collectif FC Bergman donne au spectateur la possibilité de voir ce qui se passe derrière les façades des maisons…et montre combien la vacuité des actions qui se répètent dans tous les foyers – de façon plus au moins excentrique certes ! – est une bouée à laquelle s’attachent les êtres. 300 el x 50 el x 30 el part d’une situation humaine dramatique : un village qui est sous l’emprise de la peur d’un déluge.

Ses habitants attendent l’hypothétique « fin du monde », livrés à leurs angoisses. L’exceptionnel , en déculplant naturellement les émotions et les désirs, les rend vulnérables et désabusés. La folie qui les saisit les livre à de plus ou moins inquiétantes compulsions. Ici, un professeur de piano s’accroche convulsivement à la rigueur métronomée des doigts de sa jeune élève qui pianote le clavier, là une femme s’empifre, finissant même par dévorer le bois de ses chaises, plus loin un homme se masturbe au téléphone en compagnie de son épouse qui défèque des coquillages… Une symphonie de l’aberration portée par des êtres humains tenaillés par leur faute originelle peut-être… Provocateur, décalé, alternant cocasserie et violence, ce spectacle est assurément pour le moins déstabilisant : on y reçoit en plein visage des effluves d’humanité en cage, impuissante et démunie. L’utilisation d’une caméra qui se déplace sur un rail circulaire et permet de voir l’extérieur et l’intérieur des baraques du village est fort pertinente: le voyeurisme qu’elle suscite ajoute à l’atmosphère étrange qui pèse sur le plateau. On applaudira également le choix des musiques et la scénographie… qui offre un écrin parfait au déchaînement des failles humaines. Bref? Un théâtre contemporain atypique qui nous réveille en inondant sous la lumière crue ce que l’on préfèrerait laisser dans l’ombre. Du péché à la rédemption, de l’attente résignée à la tentative de s’enfuir, le portrait d’une communauté dont on rechigne à accepter l’universalité et pourtant…On ajoutera tout de même que si certains tableaux sont farceurs et espiègles, d’autres, à caractère sexuel, scatologique ou situationnel, pourront choquer les jeunes esprits. Evitez d’y amener donc enfants et jeunes adolescents!

300 EL X 50 LE X 30 EL
FC Bergman
De, avec et par Marie Vinck, Matteo Simoni, Bart Hollanders, Joé Agemans, Thomas Verstraeten, Stef Aerts/FC Bergman

Dates de représentation:

Les 7 et 8 juin 2013 au Printemps des Comédiens ( Montpellier)

A lire aussi:

Tempête de chaussettes : à l’assaut de Hamlet !

Le récital emphatico-drolatique de Michel Fau

Pascale Bordet : « je porte du blanc pour m’oublier et qu’on ne m’oublie pas »

Le monde de l’entreprise aux prises du théâtre et des nouvelles technologies

Georges Lavaudant, Patrick Pineau, Frédéric Borie, Marie Kauffmann et l’impétueux Cyrano

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à