Xavier Baron : Aux origines du drame syrien

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Par Régis Sully – bscnews.fr/ « La vérité qui saute aux yeux quand on circule dans ce pays c’est qu’il n’y a pas de Syrie . Allons nous donner aux gens de Damas la tentation de s’imposer par la force aux Druzes, aux Alaouites ,aux Turcs d’Alexandrette et même aux Libanais chrétiens?» Jérôme et Jean Tharaud Alerte en Syrie ( 1937 ) cité dans le livre de Xavier Baron.

A la mort de son fils aîné, en 1994 , Hafez al-Assad désigne son autre fils Bachar,l’actuel dirigeant, pour lui succéder. Ce dernier avait rencontré,quelques temps auparavant à Londres, une jeune femme Asma al-Akrhas sunnite, d’une famille originaire de Homs qu’ il épousera en 2000. En 1998, auprès de son père pour apprendre le métier, Bachar procède à quelques remaniements au sein de l’armée et des services de renseignements. Parmi les nouveaux promus à des postes de responsabilité on note, entre autres, que le nouveau chef d’état major un certain Ali Aslan, un Alouite, remplace le général sunnite Hikmat Chehabi. Il ne viendrait pas à l’idée à un journaliste français de préciser la confession de l’épouse du président au détour d’une phrase, de même la nomination d’un chef d’état major de l’armée ne s’accompagnerait pas de sa qualité de catholique, de protestant ou de tout autres religions. En Syrie, accoler à chaque nom la confession est indispensable pour comprendre. Nous sommes là au coeur du drame syrien depuis la naissance de cet Etat né du dépeçage de l’empire ottoman. L’ excellent livre de Xavier Baron, ancien directeur de l’AFP pour le Proche-Orient, permet d’apprécier les images qui se déversent sur nous à longueur de journée, toutes plus horribles les unes que les autres. Ainsi les massacres de sunnites le 4 et 5 mai dans la région de Baniyas restitués par les chaînes de télévision s’éclairent d’un jour nouveau, au-delà de l’émotion légitime provoquée par ces alignements de corps ensanglantés on peut aller plus loin dans la compréhension de la tragédie syrienne. Déjà, la France qui avait reçu le mandat de la SDN pour conduire la Syrie vers l’indépendance ainsi que le Liban( septembre 1923)avait dû affronter la diversité des populations locales. Dés 1921, en effet le général Gouraud,haut commissaire en Syrie et au Liban avait été aux prises avec les différentes confessions installées sur le territoire. Il avait octroyer auparavant une large autonomie aux Alaouites , il en fit de même aux Druzes dans le sud du pays. Cette fragmentation de la société syrienne aurait pu être surmontée plus tard par l’arrivée au pouvoir du parti Baas ,à la fin des années soixante, dont la première référence est la nation arabe et la seconde le socialisme. Cette connotation fortement laïque n’empêche pas que le Baas considère l’Islam comme le socle culturel de l’arabisme. Mais cet Islam là n’a rien à voir avec celui fondamentaliste des frères musulmans. Désormais le pouvoir en Syrie repose sur trois éléments L’armée,les Alaouites et le Baas. La minorité alaouite considérée par les sunnites comme des hérétiques investit l’école militaire d’Homs délaissée par les sunnites qui refusent de travailler encadrés par des officiers français. C’est ainsi qu’on y trouve ,en 1952, un jeune alaouite dénommé Hafez al-Assad. Les Alaouites verrouillent l’armée et le parti Baas. Une succession de coups d’Etat va porter au pouvoir Hafez al-Assad en 1970. Il sera élu président de la République le 12 mars 1971 avec 92,2% des voix. Le régime policier installé est loin de faire l’unanimité. Ainsi la majorité sunnite n’admet toujours pas d’être dirigée par un pouvoir alaouite bien que ce dernier compte quelques sunnites dans ses rangs. La violence s’installe en Syrie , ainsi en 1982 à Hama un soulèvement armé organisé par des intégristes se solde après la reconquête des troupes d’élite de Hassez al-Assad par 10000 à 20000 morts. La dimension régionale du conflit n’échappe pas à cette aspect religieux puisque la Syrie fait partie de l’axe chiite composé du Hezbollah et de l’Iran . En effet, en 1973, Hafez al-Assad avait obtenu d’un iman libanais une fatwa certifiant que les Alaouites sont des chiites donc des musulmans. Il est évident que la lecture du livre permet de nuancer cette vision qui ne réduit pas à ce seul aspect confessionnel. Ainsi lors de l’occupation des troupes syriennes au Liban celles-ci se sont trouvées parfois aux côtés des milices chrétiennes. Le conflit avec Israël échappe en partie à cette logique. Reste que les événements actuels commencés en 2011 par des manifestations pacifiques revendiquant plus de démocratie s’acheminent vers un conflit intercommunautaire. C’est ce qu’a estimé l’ONU en 2012. Elle reconnaît que «des communautés entières croient, non sans raison,qu’elles risquent de devoir fuir le pays ou être tuées dans le pays» On peut difficilement au vu de ce qui s’est passé en Irak à la chute de Saddam Hussein les contredire. C’est pourquoi les chrétiens qu’ils soient grecs orthodoxes ou Arméniens,les Druzes voire les Kurdes observent une prudente neutralité dans le conflit actuel, d’autant plus que certains musulmans se sont radicalisés.Au total un livre passionnant qui de surcroît est très pédagogique de part sa clarté et le choix judicieux d’introduire des cartes à la fin de l’ouvrage.

Aux origines du drame syrien
Xavier Baron
Editions Tallandier

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