Night train to Lisbon : Un film qui touche aux mondes de l’Histoire

par

Par Candice Nicolas – bscnews.fr / Bille August, réalisateur danois, adapte pour le grand écran le best-seller de l’écrivain suisse Pierre Mercier « Train de nuit pour Lisbonne » (2004), un des livres de langue allemande les plus populaires de la décennie.

L’auteur est d’ailleurs enchanté de la version cinématographique de son œuvre : « Quand j’ai regardé le film, l’écran me projetait exactement les images que j’avais imaginées. Ce fut une expérience hypnotique et très forte. Dès la première scène j’ai été emporté par la beauté et la force poétique de la cinématographie qui vous emmène dans un Portugal distant, lointain. L’intrigue du film ne correspond pas parfaitement à celle de mon roman, pour des raisons évidentes de représentation. Toutefois, le film possède la même trame psychologique et offre à ses personnages la même profondeur de caractère. En respectant le style de mon histoire, Bille August a su créer un film philosophique qui soulève des questions existentielles universelles. Et puis, écouter Jeremy Irons, cette voix, on ne veut pas que le film s’arrête. D’ailleurs lorsque la projection s’est terminée et que l’on a rallumé les lumières, j’ai tout de suite demandé : ‘est-ce qu’on peut le revoir ?’ »
Raimund Gregorius (Jeremy Irons) est professeur de latin au lycée. Un jour sa vie bascule lorsqu’il empêche une jeune fille à l’imperméable rouge de sauter d’un pont. La jeune fille s’enfuit en laissant derrière elle son manteau, et dans une poche un livre, écrit par Amadeu de Prado, un docteur portugais. Dans le livre, un billet de train, un aller simple pour Lisbonne par le prochain train de nuit. Fasciné par ce récit grave et profond, Raimund décide de quitter Berne, la Suisse, son travail et sa routine, pour s’embarquer dans une aventure inattendue dans les ruelles de la ville et de l’histoire portugaise. Il rencontre tout d’abord la sœur de l’écrivain, Adriana (Charlotte Rampling), qui vouait à son frère une passion sans bornes. Amadeu (Jack Huston) est mort depuis trente ans, en même temps que la dictature d’António de Oliveira Salazar. Le professeur va alors entreprendre une chasse aux souvenirs et rencontrer les anciens amis d’Amadeu, Joao (Tom Courtenay) et Jorge (Bruno Ganz), mais aussi le père Bartolomeu (Christopher Lee), grâce notamment à l’aide d’une charmante jeune femme, Mariana (Martina Gedeck). Le film enchaîne les flashbacks et les retours sur les interrogations contemporaines de Raimund. La résistance et la beauté d’Estefania (Mélanie Laurent), les luttes et les combats d’Amadeu et de Jorge (August Diehl), intriguent Raimund qui ne peut plus s’extirper du puzzle mystérieux de ce destin aussi beau que tragique. On appréciera les scènes portugaises, l’émotion du protagoniste déboussolé. Le récit qui transcende les repères spatio-temporels touche aux mondes de l’Histoire, de la philosophie, de la médecine aussi, et surtout de l’amour et de la liberté offre de nouvelles interrogations sur le sens de sa propre vie. Si on reste peu convaincu de l’interprétation de Laurent en femme-clé de la Résistance, le reste du casting très européen derrière Jeremy Irons est plutôt bon, surtout Martina Gedeck, qui donne une vraie humanité et raison d’être à son personnage.

Lors de la conférence de presse, l’ensemble du casting rend hommage aux Résistants, de tout temps et de toute guerre. Interpréter l’un deux est pour chacun une expérience artistique extrêmement intense en tant qu’acteur, ceci fait partie d’un des rôles les plus intéressants à jouer. L’acteur principal a répondu à quelques questions :

Comment un rôle vous convainc-t-il de l’accepter ?
Jeremy Irons : Pour moi, le personnage doit être intéressant et le réalisateur quelqu’un avec qui vous aimeriez travailler.

Vous avez accepté le rôle dans « Night Train to Lisbon » immédiatement ?
Oui, avant même d’avoir lu le roman initial. J’ai aimé le scenario tout de suite et j’avais très envie de retourner à Lisbonne. Je m’y étais rendu il a vingt ans pour le tournage de « La Maison aux esprits » (August, 1993). J’avais trouvé l’expérience fabuleuse, je ne pouvais pas résister. De plus, « Night Train to Lisbon » est un film à part de nos jours, pas d’explosions ni de dépenses faramineuses.

Pour vous, quelle était la partie la plus difficile de ce rôle ?
J’interprète un homme dont la plus grande activité est cérébrale, je ne fais rien, ou presque. Et les acteurs aiment faire beaucoup de choses. Vous apprendre à refreiner votre énergie requiert une grande discipline, et c’était une bonne leçon pour moi, parce que je ne suis pas vraiment discipliné. Je suis très content d’être acteur, c’est un privilège énorme que de travailler avec des gens que vous admirez. J’espère que je continuerais à enchaîner les défis dans ce beau métier en tous cas.

Quelle importance portez-vous à votre relation avec le réalisateur ?
C’est mieux s’il y a une bonne alchimie, mais l’important est que l’acteur et le réalisateur veuillent tout d’abord faire le même film et soit sur la même ligne. Faire un film adapté d’un livre, qui regorge d’idées philosophiques, et qui propose une multitude de réactions, est une tâche difficile. Cela demande que le réalisateur ait une grande empathie, et qu’il parvienne à créer une atmosphère propice au développement de l’histoire. Moi, je fais ce qu’il me demande de faire !

Le protagoniste, Raimund Gregorius, est à moment décisif de sa vie. Avez-vous déjà fait l’expérience de quelque chose de similaire ?
Je peux comprendre ses expériences, et les sentiments que mon personnage ressent, mais ils ne sont pas plus proches de mon vécu que ceux des autres personnages que j’ai interprétés. Quand je joue un rôle, j’apprends bien plus de moi-même que des autres. Je rencontre des modèles comportementaux, auxquels je n’adhère pas forcement, mais que je ne condamne pas non plus. Je ne juge pas les autres. Cependant, quand j’avais dans la trentaine, j’ai vécu une expérience qui a eu une importance cruciale sur ma carrière. J’ai quitté un film pour en rejoindre un autre, pour lequel je me sentais plus engagé. Cette décision aurait pu mettre un terme à ma carrière. Cela n’a pas été le cas, mais pendant 24 heures j’ai réfléchi à ce que je devais faire, et dans de telles situations, on a vraiment l’impression d’être le seul maitre de son destin.

En tant qu’acteur, vous vous interdisez la peur de l’échec ?
Exact. N’avoir peur de rien, c’est ce que j’essaye d’enseigner aux jeunes acteurs. Il faut donner tout ce que l’on a, peu importe la performance. C’est d’ailleurs ce que mon personnage de Raimund nous dit, fuir sa routine et son quotidien, se risquer…

« Night Train to Lisbon »
(R : Bille August – Allemagne, Suisse, Portugal)
Section : Compétition (hors compétition)
Date de sortie non communiquée

Lire aussi :

The Grandmaster : Le dernier chef d’œuvre de Wong Kar-Wai

Dark Blood : Un drame psychologique qui tient en haleine

Promised Land : Un film efficace qui incite à la réflexion

Effets secondaires : Jude Law et Rooney Mara, un duo inégal

Les Croods : pari gagné pour la DreamWorks

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à