Stéphanie des Horts : le secret de Rita H

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Par Emmanuelle De Boysson – bscnews.fr/L’actrice américaine, Rita Hayworth, née Margarita Carmen Cansino, fut le sex-symbol féminin des années 1940. Surnommée « la déesse de l’amour », elle devient une légende vivante avec son rôle principal dans le film mythique Gilda. Elle fut l’épouse d’Orson Welles, du Prince Ali Khan et de Dick Haymes. Aucun d’eux ne lui apportera le réconfort : derrière le sourire à faire tomber les GI, la bombe cachait une blessure d’enfance.

D’une plume légère, précise et enthousiaste, Stéphanie des Horts retrace à la première personne le destin de cette star, éternelle insatisfaite. L’idée de cette biographie lui est venue à la suite d’une réflexion de sa fille qui ne savait pas qui était Rita Hayworth. Elle avait écrit La Panthère qui avait rendu sa vie à une femme sombrée elle aussi dans les limbes d’un autre temps. Elle évoque l’enfance de Rita, « une marionnette entre les mains d’un père qui n’avait plus aucun succès et qui a décidé de se servir de sa fille pour revenir sur le devant de la scène ». Eduardo Cansino a vu en la petite Margarita la danseuse, la sensualité, l’a exploitée. Cette enfance bafouée a rendu Rita peu sure d’elle-même. Elle doutait de tout et d’abord d’elle-même. Sa mère n’a pas su la protéger, plus tard beaucoup plus tard ses frères aussi se sont servis d’elle. La famille de Rita Hayworth est une véritable catastrophe. L’actrice Rita Hayworth explose au moment où la guerre est déclarée. Son premier film, Seuls les Anges ont des Ailes, celui dans lequel on la remarque vraiment, date de 1939. Elle accède à la célébrité. En 1941, John Landry la prend en photo en nuisette sur un lit, la photo est publiée dans Life et fait le tour du monde. Les soldats américains partent avec cette image : la pin up souriante et sexy. C’est elle qu’ils punaisent dans leurs casiers. Quand ils reviennent, ils se précipitent au cinéma. Nous sommes en 1946, c’est la sortie de Gilda… et la beauté éclatante de Rita illumine la scène désormais extraordinaire d’un strip-tease avec un seul gant. Le mythe est né. Rita ne voulait plus être considérée comme une femme fatale, elle voulait être reconnue en tant qu’actrice mais elle est en pleine séparation d‘avec l’homme de sa vie, Orson Welles. Alors, elle accepte ce que lui propose la Columbia. Ce film fait d’elle une légende. Rita est une grande professionnelle. Elle s’entend très bien avec Glenn Ford, c’est son meilleur ami. Pour La Dame de Shanghai, il s’agit du crépuscule d’une histoire passionnée, celle d’Orson et Rita. Elle donne tout et elle ne regrette rien. Orson lui offre le rôle d’actrice auquel elle rêve. Elle ne chante pas. Elle a les cheveux courts et platine. Il a cassé son image, celle de la beauté fatale, elle devient une héroïne de roman noir, c’est le plus beau cadeau de rupture qu’il pouvait lui faire et elle le sait. « Rita est une femme qui aime les hommes à en mourir. Pour eux, elle quitte tout et d’abord le cinéma. On le voit quand Orson se lance en politique ou bien quand elle épouse Ali Khan. Le souci, c’est qu’elle ait laissé passer deux films extraordinaires à cause de Dick Haymes, son 4ème mari, qui n’en valait pas la peine. Harry Cohn, le patron de la Columbia, avait une réputation épouvantable mais c’était un faiseur de stars et il savait ce qui convenait à Rita. Mais elle le détestait, elle ne suivait que les mouvements de son cœur. Et c‘est en cela qu’elle est touchante ».Orson a été l’homme de sa vie; il l’épaulait, lui apprenait mille choses. Rita eu deux petites filles qu’elle adorait, elle aurait voulu garder leurs papas. Elle rêvait d’une vie bourgeoise. Orson aurait pu lui donner cette stabilité qu’elle souhaitait mais elle était trop jalouse, son « tempérament de gitane » disait Orson. Il ne savait pas que la maladie d’Alzheimer faisait son chemin, insidieuse et destructrice. Stéphanie des Horts a lu des biographies américaines de Barbara Leaming sur Rita, elle a vu tous les films de l’actrice. On sent que ce personnage la touche, qu’elle se sent proche de cette héroïne si fragile. Un superbe portrait.

« Le secret de Rita H. » de Stéphanie des Horts, Albin Michel

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