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Entré dans la vie au mauvais endroit au mauvais moment

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr/ Entré dans la vie au mauvais endroit au mauvais moment, un homme a le courage enragé de revenir sur ses mille chemins de croix, pour donner peut-être des couleurs immortelles au noir le plus foncé.

« Au cours de l’été 1944, ma mère sera tondue dans une rue de Bordeaux, la ville la plus collaboratrice de France. J’étais dans ses bras ». 1942. Quand elle rencontre Heinz, médecin militaire allemand, Juliette a un mari – Claude -prisonnier en Allemagne. Elle ne l’avait jamais aimé. Il ne s’évadera pas. Heinz et elle auront un fils. Heinz repartira seul dans son pays. Il enverra un peu d’argent pour l‘enfant. Revenu de captivité, Claude pardonnera, mais le couple n’esquissera jamais le moindre geste d’affection. « Seigneur ! Ayez pitié de ces enfants dont les parents ne s’aiment pas. Mieux vaudrait pour eux ne pas être nés ». L’enfant de l’amour grandira, veillé par cette mère inouïe, et passera sa vie à vouloir racheter une faute dont il est seulement la victime expiatoire. « J’ aurais eu un visage si j’avais eu un père ». Sauvé par la poésie, devenu écrivain, Tristan Cabral va se chercher, encore et encore, sans jamais se trouver. Son salut est là, dans sa détermination inébranlable à sonder l’ubac de la faille, à demander des comptes en même temps qu’il se déleste d’un trop-plein de tendresse pour tous les malentendus qui gangrènent la société. Dériveur de mai 68, il multipliera les confrontations entamées par quatre années de bourlingues méditerranéennes. Son récit est limpide. Lapidaire aussi, comme une déposition. Pour tenir en respect les chiens de la douleur. Ce prisonnier politique dans son propre pays – ce n’était pas encore l’époque du chic exotique betancourtien – exerça douze métiers et treize mystères, de représentant en lingerie fine à incendiaire et précaire professeur de philosophie écarté pour avoir attenté à la quiète pudeur d’un lycée de province, en proposant à ses élèves de commenter la phrase de Sartre « Vous n’imaginez pas le nombre de bêtises qu’on m’a enseignées quand j’étais étudiant ! ». Il faut lire impérieusement cette odyssée dont le héros circumnavigue sans trêve, sans repos, sans sommeil, à la manière du Caïn hugolien. Pour quel rivage ? « Si tu ne sais pas où tu vas, c’est que tu es sur le bon chemin »…

« Juliette ou le chemin des immortelles », Tristan Cabral, Le Cherche Midi, 13 euros

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