Cadavre Exquis : les mystères de la Méditerranée

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Par Albine Dufouleur –bscnews.fr/ Qu’évoque pour vous la méditerranée ? Si cette question centrale a été posée aux artistes, la réponse n’en est pas pour le moins plurielle et complexe.

Berceau de la civilisation, à la croisée entre l’Orient et l’Occident, elle reste source de divisions et de convoitises, et continue d’engendrer des problématiques diverses qui touchent tant aux définitions de l’espace et des frontières qu’à celles de l’identité et du langage de ses peuples qui l’entourent. Une quinzaine d’artistes de la zone euro-méditerranéenne (Italie, Grèce, Turquie, Syrie, Liban, Israël…) offrent leur vision de la méditerranée et reflètent les questions qu’elle soulève à travers des créations originales et variées. Photographie, sculpture, chorégraphie, peinture, musique et littérature sont invoquées pour éclairer le mystère que la méditerranée renferme en ses profondeurs. Malgré les divisions qu’elle suscite, l’exposition collective a pour vocation de recréer « une phrase commune », une unité artistique aux formes plurielles. L’inconnu de son horizon, métaphore de l’attente et de la réflexion de celui qui observe au loin, devient probablement l’opportunité pour chaque artiste de renverser les points de vue sur l’art qu’elle inspire. Orphan Pamuk, écrivain turc renommé ayant obtenu le prix Nobel de la littérature en 2006, nous illustre cette idée : « Dessiner signifie voir le côté vide de la feuille ». L’art serait-il l’émanation d’un langage universel ? Diana Al-Hadid formule une réponse, en reprenant le mythe originel de l’humanité par une sculpture (Built from our tales, 2008) reflétant l’éclatement de la tour de Babel. Bois, métal, polystyrène, plâtre, polymère, fibre de verre, plastique, béton et peinture sont autant de matériaux mis-à-profits pour cette création unique. Source d’inspiration, l’espace méditerranéen évoque chez Sigalit Landau un territoire de contradictions. En filmant la récolte d’olives par des ouvriers palestiniens en Israël dans le désert du Néguev, l’artiste insiste sur la fureur et la tendresse de la méthode de cueillette pratiquée, les oliviers étant fortement secoués par des machines pour que le fruit tombe dans le filet. Reflet de cette guerre civile aux sentiments contraires qui aurait pu être « un partage de vie ». Hétéroclite, variée, l’exposition signe ici dans les représentations collectives, des œuvres singulières. Toujours aussi mystérieuse, la méditerranée s’incarne un brève instant devant le spectateur. Si le philosophe Ali Benmakhlouf dresse ce propos vis-à-vis de la danse, il semble également s’adapter à l’inspiration que la méditerranée nourrit depuis des générations. Fascinante, elle devient « un instrument de pensée que nous projetons pour donner une mesure à nos rêves ».

Cadavre Exquis, Suite Méditerranéenne
En co-production avec Marseille Provence 2013

Musée Granet, Aix-en-Provence
13 janvier – 13 avril 2013

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