Les perroquets de la place d’Arezzo : Sexe sans conscience n’est que ruine de l’âme
Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ Éric Emmanuel Schmitt suscite l’admiration chez tous ceux qui savent déceler combien, tapis derrière chacun de ses sujets, se superposent et s’entremêlent de nombreuses strates de sens. On peut lire Les perroquets de la place d’Arezzo ,d’abord, au premier degré: le dévorer comme un roman subtil dans lequel les sens sont en éveil , où le sentimental rivalise avec le sexuel, le sordide avec le romantisme, le désespoir le plus profond avec le bonheur extatique ; et y jouir de la libération des mœurs et des êtres en se laissant charmer par les lignes sensuelles que compose le narrateur mutin, tantôt galvanisé par l’audace d’une Diane sans tabou par exemple ou inspiré par la plastique d’une Ève expérimentée . Beaucoup y sentiront vite la fine analyse psychologique qui se tisse au fur et à mesure des chapitres: on croise une multitude de visages pour lesquels le lecteur ressent des sentiments ambivalents et fluctuants: tantôt attachants, tantôt méprisables, ici il n’y a pas de place pour des personnages sans relief et stéréotypés; aucun n’échappe au jugement du lecteur, les torts sont souvent partagés et les conflits gagnent en intérêt parce qu’ils expriment la complexité de la réalité. Les êtres dépeints ont tous des failles et l’on ne s’en sent que davantage proche, forcément. Leur sexualité est le reflet patent de leurs écorchures et de leur essence. Voilà pourquoi Éric- Emmanuel Schmitt la place sous les feux de vos yeux.