Un Michel Amas bouleversant : « J’ai cette impression sale que c’est Satan qui conduit le bal »

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Michel Amas a publié sur Facebook, le 25 juin au matin, un texte bouleversant. L’avocat marseillais, devenu la figure nationale du combat contre la prostitution des enfants placés, n’y plaide pas. Il s’y confesse. « Je caresse le burn-out parfois », écrit celui qui défend des centaines de familles contre l’aide sociale à l’enfance.

Le texte s’ouvre sur une image qui dit l’épuisement nu. « L’abîme profond qui engloutie l’homme dans le combat. Les audiences, les clients, les trains, les avions, les kilomètres, les plateaux médias qui s’enchaînent », écrit-il. Suit ce qu’il affronte chaque jour, sans filtre : « La violence, les MST chez des enfants de 11 ans, les larmes et le désespoir des gens dans mon bureau. Le vide de l’absence de vie désormais. La fatigue. La colère face à l’inaction. » L’avocat ne décrit pas une carrière exposée, il décrit l’usure d’un homme que la cause dévore.

Son oxygène, il le trouve dans les marges de ses journées. « L’oxygène est derrière ma guitare à 4 h du mat, le sport à 5 le dessin avant de partir, le quart d’heure à Saint Charles dès que je peux, Isa », écrit-il. Le reste n’est que survie : « Les quelques heures du soir ne sont qu’une survie avant de se jeter dans le lit. » Le sommeil lui-même ne le répare plus.

Le contraste qu’il pose porte la charge du texte. Côtoyer Patrick Cohen, Édouard Philippe, Rachida Dati, Laure Lavalette, des ministres, des députés, susciter l’envie de ceux qui rêveraient d’une telle proximité, et ne désirer rien d’autre. « Je ne rêve que de boire un pastis avec des gens qui m’appellent Michel », écrit l’avocat. La phrase dit tout d’une vie publique saturée et d’une vie intime laminée. Il tient son petit-fils « si rarement » dans les bras. Et le mariage de son fils, il avoue ne pas l’avoir vécu : « C’est un autre que moi qui a traversé le mariage de mon fils, un type que je ne connais pas, qui déroulait en automatique. »

La douleur la plus ancienne remonte quand il évoque sa mère, assise à côté de lui à l’église, « pliée en deux de rire à écouter la voix de la dame juste derrière ». « J’aimerais pouvoir dire maman et me blottir dans ses bras », écrit celui qui passe, selon ses propres mots, plus de trente pour cent de son temps seul. Puis vient l’aveu le plus grave : « Je ne me suis pas encore perdu. Mais la violence de l’orphelin revient. Je ne suis pas loin parfois de laisser mes mains communiquer. » L’homme qui défend des enfants brisés porte en lui une brisure que la solitude ravive.

Cette solitude, il la nomme et il l’accuse. « Je crois que je deviens fou, je suis animé par une sorte de mission. Le silence de mort qui règne parmi les gens qui auraient pu monter avec moi dans ces tranchées me blesse. » Sa cible est précise : le Conseil national des barreaux, son organe national de représentation, qu’il décrit « en mode furtif », laissant à un seul homme le poids d’un combat collectif. L’avocat rappelle que la justice, elle, a tranché en sa faveur : poursuivi, mis en examen, traîné en disciplinaire par ses adversaires, il dit avoir toujours gagné, une cour d’appel ayant même écrit dans son arrêt, en le relaxant, qu’il menait un combat. Cela n’a pas suffi à faire bouger les instances nationales.

Le texte se referme sur une phrase qui dit l’épuisement métaphysique de l’homme, seul dans son wagon à l’aube : « J’ai cette impression sale que c’est Satan qui conduit le bal. » Derrière le combat médiatique sur les 20 000 enfants qu’il dit livrés aux réseaux, derrière les plateaux et les noms prestigieux, il y a un homme qui réclame moins de la reconnaissance que des renforts. Une proposition de loi sur les structures d’accueil de l’aide sociale à l’enfance, portée par la députée Marine Hamelet, doit arriver à l’Assemblée nationale avant la fin de la session parlementaire de juillet.

Un texte d’une puissance impressionnante et qui beaucoup de choses de la violence de ce combat et des sacrifices d’une engagement sans faille.

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