Affaire Lyhanna : nouveaux rassemblements ce lundi 15 juin devant les tribunaux
Lyhanna, collégienne de onze ans, disparaît le 29 mai à Fleurance, dans le Gers. Son corps est retrouvé le 4 juin dans le silo d’un site agricole désaffecté de Puycasquier. Le principal suspect, Jérôme Barella, mis en examen pour enlèvement et séquestration et incarcéré, avait fait l’objet d’au moins sept plaintes ou signalements pour violences sexuelles sur mineures avant le drame. Ce lundi 15 juin, à dix-neuf heures, des rassemblements sont à nouveau prévus devant les tribunaux dans plus de cent cinquante villes de France et devant le ministère de la Justice, place Vendôme à Paris. La Coalition féministe et enfantiste pour une loi-cadre intégrale a décidé que ces rendez-vous se répéteraient chaque lundi soir tant qu’une loi-cadre et des moyens ne seront pas adoptés.
Les collectifs qui appellent
L’association Mouv’Enfants, qui lutte contre les violences faites aux mineurs, est l’un des moteurs de la mobilisation. Sur sa page Facebook, elle a martelé la formule devenue mot d’ordre, « Lyhanna, l’injustice de trop », en dénonçant ce qu’elle nomme le laxisme d’une justice trop lente qui n’écoute pas la parole des enfants, et en affirmant que l’État ne protège pas les enfants. C’est cette association qui centralise et tient à jour la liste des villes participantes, alimentée par les remontées de collectifs locaux.
Aux côtés de Mouv’Enfants, l’association féministe de Montpellier Les Tricoteuses hystériques figure parmi les structures qui ont relayé l’appel. Implantée à Montpellier et portée notamment par Vigdis Morisse-Herrera, elle s’est fait connaître par des actions de visibilité dont le tricot est le médium, et avait déjà collé sur les murs de la ville des plaques au nom des victimes de féminicides à l’automne 2025. Le nom, revendiqué, retourne contre ses auteurs le vocabulaire de la disqualification, celui dont usent les institutions et les commentateurs de plateau pour ranger la colère des femmes du côté de l’irrationnel, de l’émotion incontrôlée, de l’hystérie. Devant le tribunal de Montpellier le 8 juin, Vigdis Morisse-Herrera a refusé le terme officiel de « dysfonctionnement » employé par l’exécutif, estimant que l’affaire Barella montre de la plus abominable des manières ce que les victimes de violences sexuelles subissent chaque jour dans les tribunaux de France.
D’autres structures portent l’appel du lundi soir, parmi lesquelles le Collectif enfantiste, Face à l’inceste, Protéger l’enfant, la Fondation des femmes, Nous toutes, Osez le féminisme, le Planning familial, Femen, Femmes solidaires, le collectif des victimes de Joël Le Scouarnec, l’association AISPAS et le collectif Révolte Inceste. À Paris, le rassemblement de la place Vendôme a été déposé en préfecture par la CGT, la Fondation des femmes et le Collectif national pour les droits des femmes, le choix du lieu visant directement la responsabilité politique du gouvernement. La présidente de la Fondation des femmes, Anne-Cécile Mailfert, a précisé à l’AFP la stratégie de cette coalition, qui prépare une grande marche conçue comme un rendez-vous populaire et rassembleur ouvert à tous.
Une revendication précise
Derrière l’émotion, la coalition avance une demande politique chiffrée. Les associations exigent l’inscription immédiate à l’ordre du jour du Parlement de la proposition de loi numéro 2169, dite loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants, dotée de moyens conséquents, ainsi que la mise en œuvre des recommandations de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Ce texte, issu du travail de plus de cent cinquante organisations féministes et enfantistes, cosigné par cent quatorze parlementaires de huit groupes politiques, agit sur la réforme de la justice, la formation de la police, la création de juridictions spécialisées, la protection renforcée des enfants et la lutte contre les cyberviolences. La pétition qui le soutient a réuni plus de cent quinze mille signatures.
La coalition réfute par avance l’argument gouvernemental selon lequel ni la loi intégrale ni des moyens supplémentaires n’auraient rien changé dans le cas de Lyhanna. Plusieurs mesures du texte auraient permis un meilleur traitement des alertes visant Jérôme Barella, à commencer par le renforcement des moyens de détection et de réponse aux signalements de pédocriminalité en ligne, alors que l’intéressé avait été signalé pour des contenus pédopornographiques par un organisme américain, le National Center for Missing and Exploited Children, sans suite effective.
Les chiffres rendent le dossier accablant. Le 10 juin, le général Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie nationale, a reconnu un échec des services dans cette affaire et rappelé l’explosion du contentieux : vingt-huit mille plaintes annuelles pour violences sexuelles et viols en 2019 pour l’ensemble de la gendarmerie, cinquante mille en 2025, soit un quasi-doublement en six ans, dont soixante-cinq pour cent concernant des mineurs. Quatre-vingt-quatorze pour cent des plaintes pour viol sont classées sans suite, le plus souvent faute d’enquête. La France compte deux fois moins de juges et quatre fois moins de procureurs par habitant que la moyenne européenne. En avril 2025, la Cour européenne des droits de l’homme avait condamné la France pour des manquements dans le traitement judiciaire de plusieurs affaires de viols sur mineurs.
La liste des rassemblements de ce lundi 15 juin
Sauf mention contraire, tous les rassemblements débutent à dix-neuf heures devant le tribunal ou le palais de justice de la ville. La liste ci-dessous reprend les lieux et horaires diffusés par Mouv’Enfants, régulièrement actualisés.
Paris : 19h, ministère de la Justice, place Vendôme.
À 19h : Abbeville, Agen, Ajaccio, Albertville, Albi, Alençon, Amiens, Ancenis-Saint-Géréon (hôtel de ville), Angers, Angoulême, Annecy, Apt, Arcachon, Argentan, Arles (hôtel de ville), Arras, Aubenas (hôtel de ville), Auch, Aurillac, Auxerre, Avignon, Bastia, Bayonne, Beauvais, Bergerac, Besançon, Béziers, Blois, Bonneville, Bordeaux, Boulogne-sur-Mer, Bourg-en-Bresse, Bourgoin-Jallieu, Brest, Briançon, Brive-la-Gaillarde, Caen (préfecture), Cahors, Calais, Cannes, Cambrai, Carcassonne, Castres, Castelsarrasin, Cayenne, Châlons-en-Champagne, Chalon-sur-Saône, Chambéry, Charleville-Mézières, Châteaubriant, Châteauroux, Chartres, Cholet, Clermont-Ferrand, Cognac, Colmar, Conflans-Sainte-Honorine, Coutances, Créteil, Cusset, Dax, Digne-les-Bains, Dinan, Dijon, Dole, Douai, Draguignan, Dunkerque, Écouen (hôtel de ville), Épinal, Erstein (hôtel de ville), Évry-Courcouronnes, Évreux, Foix, Fontainebleau, Fréjus, Gap, Grasse, Grenoble, Guéret, Hazebrouck, Lannion, Laval, L’Isle-Jourdain (hôtel de ville), La Rochelle, La Roche-sur-Yon, Le Mans, Le Havre, Libourne, Lille, Limoges, Lons-le-Saunier, Lorient, Louviers, Lyon, Mâcon, Maisons-Laffitte (hôtel de ville), Manosque, Mantes-la-Jolie, Martigues, Marseille, Meaux, Melun, Mende, Menton, Metz, Millau, Mont-de-Marsan, Montauban, Montbrison, Montélimar, Montreuil, Morlaix, Mulhouse, Nancy, Nanterre, Nantes, Narbonne, Nevers, Nice, Nîmes, Niort, Orléans, Pau, Périgueux, Perpignan, Pertuis, Peypin (hôtel de ville), Poitiers, Pontarlier, Pontoise, Prades, Rambouillet, Redon, Reims, Rennes, Roanne, Rouen, Rodez, Les Sables-d’Olonne, Saintes, Saint-Brieuc, Saint-Étienne, Saint-Dizier, Saint-Gaudens, Saint-Malo, Saint-Mihiel, Saint-Nazaire, Saint-Omer, Saint-Pierre (La Réunion), Sarreguemines, Saverne, Salon-de-Provence (hôtel de ville), Saumur, Senlis, Sens, Strasbourg, Tarascon, Tarbes, Thionville, Thonon-les-Bains, Toulon, Toulouse, Tours, Triel-sur-Seine (hôtel de ville), Troyes, Tulle, Valence, Valenciennes, Vannes, Verdun, Versailles, Vesoul, Villefranche-sur-Saône, Villeneuve-sur-Lot.
Horaires décalés : Aix-en-Provence 18h30, Aubagne 18h, Bourges 18h30, Cherbourg-en-Cotentin 18h, Compiègne 18h30, Crépy-en-Valois 18h30, Laon 18h, Montargis 18h, Montpellier 18h (tribunal judiciaire, place Pierre-Flotte), Moulins 18h, Oloron-Sainte-Marie 18h, Quimper 18h, Rochefort 18h30, Saint-Ouen-sur-Seine 18h, Vienne 18h30, Velleron départ du marché à 18h30 puis mairie à 19h, Saint-Denis (La Réunion) 17h30.
La mobilisation a déjà débordé le cadre des appels associatifs. Le 8 juin, la préfecture de police a interdit le rassemblement de la place Vendôme un peu plus de deux heures avant son horaire prévu, invoquant un risque de troubles à l’ordre public dans un contexte sensible, ce qui a divisé la mobilisation parisienne entre la place Vendôme et la place Louis-Lépine. Le passage à un rythme hebdomadaire installe la contestation dans la durée et place le gouvernement face à une échéance qu’il a lui-même contribué à créer en reconnaissant des dysfonctionnements accablants. La coalition conditionne explicitement l’arrêt des rassemblements du lundi à l’adoption de la proposition de loi numéro 2169 et de son financement, et la mission flash de l’Assemblée nationale sur les défaillances institutionnelles dans l’affaire Joël Le Scouarnec a entamé ses auditions le 10 juin.
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