Essence, gazole : la pénurie s’aggrave et les prix battent des records en France

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Le détroit d’Ormuz mesure cinquante-quatre kilomètres à son point le plus étroit. C’est peu pour un goulet par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole. Depuis que les frappes israélo-américaines sur l’Iran l’ont transformé, le 28 février, en zone de tension militaire ouverte, ce bras d’eau insignifiant sur une carte dicte ses conditions à chaque automobiliste français qui sort son portefeuille devant une pompe.

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Le gazole vaut désormais 2,25 euros le litre en moyenne nationale. Un chiffre qui n’existait pas avant mars 2026 — jamais atteint depuis que l’État suit les prix à la pompe, soit depuis 1985. En un mois, ce carburant a pris cinquante-deux centimes, soit plus de trente pour cent. Le précédent record, celui de mars 2022 quand les chars russes entraient en Ukraine, est désormais une ligne du passé, effacée à 2,14 euros le litre. Le SP95-E10 a franchi la barre des deux euros le litre au 1er avril. Le SP98 flirte avec 2,09 euros. Les chiffres se succèdent avec cette régularité implacable des catastrophes lentes qu’on regarde venir sans y croire vraiment.

La mécanique est simple. Le baril de Brent a bondi de soixante-dix dollars à cent dollars en cinq semaines. L’Europe, depuis ses sanctions contre la Russie sur le dossier ukrainien, s’est tournée vers le Moyen-Orient pour son diesel raffiné — la France importe plus de la moitié du gazole qu’elle consomme, dont environ un quart en provenance directe de cette région. Quand la source vacille, la conséquence se lit à la pompe, en centimes d’abord, puis en euros. La dépréciation de l’euro face au dollar — les produits pétroliers s’achètent en devise américaine — a encore chargé la note de quelques centimes supplémentaires que personne n’a annoncés.

Des cuves vides et un gouvernement bavard

Le paradoxe de ces premières semaines d’avril tient à une décision prise par un seul acteur privé. TotalEnergies a choisi de plafonner ses prix : l’essence à 1,99 euro, le gazole à 2,09 euros dans ses 3 300 stations de métropole. Quelques centimes en dessous du marché, mais suffisants pour déclencher un phénomène aussi prévisible que mal anticipé. Les automobilistes ont convergé vers les stations les moins chères, les cuves se sont vidées en quelques heures, les camions de réapprovisionnement ont décroché. Fin février, une soixantaine de stations étaient en rupture sur l’ensemble du territoire. Le 27 mars : 537. Le 28 mars : 677. Le 31 mars au matin : le millier était dépassé. Au 1er avril, 69 % des stations-service françaises étaient en rupture de SP95 — sept sur dix incapables de servir ce carburant. Au total, 1 745 points de vente affichaient une rupture partielle, soit environ 15 % du réseau national.

Le gouvernement a répondu avec les outils qu’il maîtrise le mieux : les déclarations télévisées. Maud Bregeon, porte-parole de l’exécutif et ministre déléguée à l’Énergie, a assuré sur TF1 qu’il n’y avait aucun risque de rupture d’approvisionnement. Elle a convoqué les stocks stratégiques — 100 millions de barils, dont 14,5 millions à libérer progressivement en coordination avec l’Agence internationale de l’énergie. Pendant qu’elle parlait, à Poitiers, une station rationnait à dix litres par client. Un étudiant repartait avec moins d’un litre dans le réservoir.

Ce que Maud Bregeon n’a pas dit, c’est ce que perçoit l’État sur chaque litre vendu. L’accise sur les produits énergétiques atteint 60,8 centimes par litre pour le gazole, 67 centimes pour le SP95-E10, avant application d’une TVA à 20 %. Depuis le 1er janvier 2026, la contribution aux certificats d’économie d’énergie a encore alourdi la facture de cinq à six centimes supplémentaires par litre. La TVA étant calculée sur le prix toutes taxes comprises, chaque hausse du brut gonfle mécaniquement les recettes fiscales de l’État. Suspendre cette ponction, même partiellement, même temporairement ? Philippe Tabarot, ministre des Transports, a prévenu avec une franchise inhabituelle : le carnet de chèques ne peut plus être utilisé pour l’ensemble des citoyens.

Les routiers, la facture, et les huit fois rien

Les transporteurs routiers ont compris le message avant tout le monde, pour la simple raison que c’est leur trésorerie qui a encaissé le choc en premier. Le carburant représente entre 25 et 35 % de leurs coûts d’exploitation. Leurs marges oscillent généralement entre 1 et 2 %. Une hausse de trente pour cent du gazole en un mois n’est pas une difficulté conjoncturelle — c’est une hémorragie. Selon les organisations syndicales du secteur, plus de 600 entreprises de transport avaient déjà déposé le bilan au premier semestre 2026.

La réponse gouvernementale : 70 millions d’euros, dont 50 millions fléchés vers les TPE et PME du transport sous forme d’une aide forfaitaire équivalant à 20 centimes par litre — limitée au seul mois d’avril. Pour comparaison, en 2022, face au choc ukrainien, l’enveloppe mobilisée pour le même secteur s’élevait à 400 millions d’euros. Huit fois plus, pour une crise jugée à l’époque comparable. Le dispositif d’accès à cette aide impose aux dirigeants de comparer leurs bilans trimestriels 2025 et 2026, pièces comptables à l’appui, pour prouver l’impact du carburant sur leurs comptes — une exigence qualifiée d’inapplicable dans l’urgence par les professionnels de terrain, qui n’ont ni le temps ni les ressources pour monter un tel dossier pendant que leurs camions tournent à perte.

Les opérations escargot ont suivi : une centaine de poids lourds et d’autocars sur le périphérique parisien le 30 mars, des blocages régionaux sur l’A7 près de Lyon, des convois dans la Marne, en PACA, en Pays de la Loire. Des délégations ont été reçues. Rien de concret n’en est sorti. Philippe Tabarot, inaugurant le salon SITL le 31 mars, a confirmé que l’enveloppe resterait à 50 millions. Depuis le 2 avril, les transporteurs ont obtenu le droit de répercuter la hausse sur leurs clients — notamment la grande distribution. Ce qui signifie que la facture finale atterrira, comme toujours, sur les rayons des supermarchés.

Le week-end de Pâques commence. Des millions de Français vont tenter de prendre la route. Certains trouveront une pompe approvisionnée. D’autres feront le calcul — combien de kilomètres restent dans le réservoir, combien de stations existent dans le coin, combien ça coûte vraiment — et remettront le voyage à plus tard. Ce n’est pas une pénurie. Le gouvernement l’a dit.

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