Pénurie de carburant en France : prix records, stations à sec

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Ce n’est pas un poisson d’avril. Ce mercredi 1er avril, le SP95-E10 franchit la barre symbolique des 2 euros le litre en moyenne nationale — une première qui résume à elle seule l’état du pays. Le gazole, lui, se vend à 2,25 euros le litre en moyenne. Un niveau jamais atteint depuis que l’État suit les prix à la pompe, en 1985. Depuis le 27 février et le début des frappes israélo-américaines sur l’Iran, le gazole a bondi de 52 centimes, soit plus de 30 % en un mois. Le précédent record, celui de mars 2022 après l’invasion de l’Ukraine, est pulvérisé.

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Les stations, elles, suivent le mouvement dans le sens inverse. En dix jours, la carte de France des stations-service est passée du jaune au rouge. Fin février, une soixantaine de stations étaient en rupture sur l’ensemble du territoire. Le 27 mars : 537. Le 28 mars : 677. Le 31 mars au matin : le millier est dépassé. Ce mercredi 1er avril, les données en temps réel dressent un tableau sans ambiguïté : 69 % des stations sont en rupture de SP95, 28 % n’ont plus de E10, 24 % sont à sec de SP98. Au total, plus de 1 200 stations sont en rupture partielle, soit 12,59 % du réseau national, selon les chiffres officiels agrégés par les distributeurs eux-mêmes.

Le chaos TotalEnergies

La pression se concentre sur les stations du groupe TotalEnergies, prises d’assaut depuis que l’enseigne a décidé de plafonner ses prix — essence à 1,99 euro le litre, gazole à 2,09 euros — et vient de prolonger cette opération jusqu’au 7 avril dans ses 3 300 stations de métropole. Les automobilistes se ruent vers le moins cher, les cuves se vident en quelques heures, les camions de réapprovisionnement ne suivent plus. La mécanique est simple, le résultat visible : des pompes à sec dans toute la France.

Sur le terrain, ça ressemble à quoi. Des conducteurs qui pensaient faire le plein et repartent les mains vides. « Je voulais mettre mon plein de gasoil, là, je suis en fonds de réserve, mais il n’y a pas moyen, il n’y a plus de gasoil, il n’y a plus rien. Il me reste 50 km, alors si je ne trouve pas dans le coin, je suis obligé de poser la voiture. » Dans certaines villes, le rationnement est déjà organisé. À Poitiers, les automobilistes se sont vu limités à dix litres par passage. Un étudiant qui espérait faire le plein n’a pu mettre moins d’un litre dans son réservoir : « Il n’y a plus de carburant. Je rentre, je vais me garer. Demain, je vais en bus à l’école. »

La structure d’un désastre annoncé

Derrière la flambée, deux ressorts bien rodés. Le premier est géopolitique : la France importe 51 % du gazole qu’elle consomme, dont 29 % rien que du Proche-Orient. Le quasi-blocage du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la révolution iraniens — un verrou qui contrôle environ 20 % du transit pétrolier mondial — suffit à dérégler toute la chaîne d’approvisionnement. Le baril de Brent a dépassé les 110 dollars, contre environ 70 dollars avant le conflit.

Le second ressort est fiscal, et celui-là ne dépend pas de Téhéran. En 2026, l’accise sur les produits énergétiques atteint 60,8 centimes par litre pour le gazole et 67 centimes pour le SP95-E10, auxquels s’ajoute la TVA à 20 %. Depuis le 1er janvier, la contribution aux certificats d’économie d’énergie a encore augmenté de 5 à 6 centimes par litre supplémentaires. Pas question pour l’exécutif de suspendre cette ponction, même en pleine crise. L’État encaisse, les automobilistes font la queue.

Les travailleurs laissés pour compte

La flambée ne frappe pas seulement les week-ends ou les départs en vacances. Elle ronge le quotidien de millions de salariés qui n’ont d’autre choix que de prendre leur voiture pour aller travailler. Selon la CGT, l’explosion des prix « s’abat sur des millions de travailleurs et de travailleuses » que les annonces gouvernementales laissent sans réponse concrète.

La réponse de l’exécutif tient en un chiffre : 70 millions d’euros, débloqués pour financer le chômage partiel des entreprises « en difficulté » — sans que les critères d’attribution soient précisés. Valable uniquement pour le mois d’avril. Soixante-dix millions pour absorber un choc économique national. Les transporteurs routiers, premiers de cordée dans cette crise, ont jugé la mise insuffisante et bloqué une partie du périphérique parisien. Les infirmières à domicile, dont l’activité suppose des déplacements quotidiens incompressibles, ne figurent même pas parmi les bénéficiaires des premières mesures. Ni elles, ni les artisans, ni les salariés des zones rurales qui n’ont aucun transport collectif sous la main.

Le gouvernement assure que tout va bien

Ce mercredi matin, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a tenu à rassurer les Français sur TF1 : « Il n’y a aucun risque de rupture d’approvisionnement à l’heure où on se parle. Je rappelle qu’on a toujours nos stocks stratégiques. » Moins de 10 % des stations seraient concernées, a-t-elle précisé, imputant l’essentiel des difficultés à l’affluence créée par le plafonnement TotalEnergies.

Rassurant. Sauf que le 26 mars, un texte publié au Journal officiel a autorisé à titre « exceptionnel et temporaire » la commercialisation d’un gazole non conforme aux spécifications habituelles — un carburant d’été moins résistant au froid, normalement interdit à cette période de l’année, mis en vente en urgence pour gonfler les volumes disponibles. On ne sort pas ce genre de décret quand tout va bien.

Des décennies de discours sur la souveraineté énergétique, et voilà le résultat : des rationnements par dizaines de litres à Poitiers, un carburant dégradé autorisé en urgence, et une ministre sur TF1 pour expliquer qu’il n’y a pas de problème. La carte écarlate qui recouvre le territoire français ce mercredi n’est pas un incident logistique. C’est la facture d’une dépendance jamais résolue, présentée à la pompe, centime par centime.

Trouver une station ouverte près de chez vous

Trois outils permettent de localiser en temps réel les stations approvisionnées :

penurie-carburant.fr — carte interactive mise à jour en continu à partir des données officielles

essencepascher.fr/carte-penurie-carburant — ruptures détaillées par type de carburant

prix-carburants.gouv.fr — source officielle du ministère de l’Économie

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