Flambée des carburants : les oubliés passent à l’action

par

Le gazole a franchi 2,18 euros le litre en moyenne nationale. Record absolu depuis 1985. Pendant ce temps, le gouvernement sortait ses calculettes et annonçait, solennel, un plan d’urgence à 70 millions d’euros — soit vingt centimes par litre pour les transporteurs routiers, limités au seul mois d’avril, conditionnés à des justificatifs de difficultés de trésorerie. Autant dire : rien, ou presque.

PENDANT QU'ILS VOUS CACHENT LA VÉRITÉ

Lisez ce que les autres n'osent pas écrire.

Sans publicité. Sans censure. À partir de 4,99€/mois.

Je m'abonne maintenant →

Dans le Gers, ils n’ont pas attendu l’autorisation de Paris pour tirer leurs propres conclusions. Les syndicats de taxis et d’ambulanciers du département — Arc Atlantique Taxis 32, le Syndicat Départemental des Transporteurs Sanitaires 32 et l’Union Nationale Taxis 32 — appellent à un rassemblement massif ce jeudi 2 avril à Auch. Départ à 8h00 du rond-point de Saint-Cricq, cap sur la préfecture. Dépôt de doléances. Et si personne n’entend, on verra bien.

Une colère qui couvait

La mèche est longue. Depuis le 28 février, quand les États-Unis et Israël ont lancé leur opération militaire contre l’Iran et que le détroit d’Ormuz — par lequel transite environ 20 % de la production pétrolière mondiale — s’est retrouvé paralysé, les prix à la pompe ont décollé avec la brutalité d’un chèque en bois. Le baril de Brent est monté jusqu’à près de 120 dollars avant de se stabiliser autour de 109 dollars fin mars. À la station-service du coin, ça se traduit plus simplement : le gazole à 2,23 euros, le SP98 à plus de 2 euros, et des conducteurs qui font leurs calculs au dos d’une enveloppe.

Pour un taxi qui parcourt 80 000 kilomètres par an, ou un ambulancier dont le véhicule tourne sept heures par jour sur les routes du Gers, le choc n’est pas une abstraction. C’est la différence entre un mois rentable et une fin de mois impossible. Ces métiers ne peuvent ni délocaliser ni passer au télétravail. Ils roulent ou ils meurent.

La liste des mesures qui ne servent à rien

Le gouvernement a annoncé le 25 mars un panel de dispositions. Les organisations du Gers les ont lues. Elles ont répondu avec une précision chirurgicale dans leur communiqué du 30 mars : pression sur les distributeurs pour réduire leurs marges — autrement dit, faire porter le problème à quelqu’un d’autre. Renforcement des contrôles dans les stations-service — sans impact démontré sur les prix. Libération de stocks stratégiques — aux effets limités et temporaires. Échelonnement des cotisations sociales — un report, pas une suppression. Prêts Bpifrance garantis — une mise sous perfusion qui creuse les dettes plutôt qu’elle ne les efface.

La conclusion des syndicats est sans détour : ces dispositifs sont « inégalement accessibles selon les professions » et ne répondent « en rien à la cause structurelle du problème ». Le mot « division » est utilisé. Le sous-entendu est clair : on bricole du cas par cas pour éviter que les corporations ne fassent front commun.

« L’union hè la fòrça »

C’est précisément ce que les organisateurs gascons refusent. Leur communiqué cite le proverbe gascon dans sa langue d’origine — l’union fait la force — et c’est loin d’être un ornement folklorique. La mobilisation du 2 avril n’est pas pensée comme un mouvement corporatiste : elle s’adresse aux taxis, aux ambulanciers, aux agriculteurs, aux artisans, aux citoyens du Gers. À tous ceux qui subissent à la fois l’explosion des charges professionnelles et la dégradation du pouvoir d’achat. À tous ceux qui vivent dans des territoires ruraux où la voiture n’est pas un caprice mais une condition d’existence.

Les revendications sont concrètes, structurelles, et on ne peut pas les qualifier de fantaisistes : instauration d’un mécanisme de TICPE flottante — ce dispositif existe dans les manuels d’économie depuis l’expérience Jospin de l’automne 2000, il n’a jamais été pérennisé — plafonnement légal des prix à la pompe, et reconnaissance officielle des professions dépendantes du carburant comme secteurs essentiels. Sur ce dernier point, le paradoxe est cinglant : pendant le Covid, les stations-service restaient ouvertes parce qu’elles étaient considérées comme indispensables. Les ambulanciers aussi. Mais dès qu’il s’agit de les protéger économiquement, on leur explique qu’ils doivent s’adapter.

Un mouvement qui dépasse le Gers

Ce qui se prépare à Auch s’inscrit dans un contexte national plus large. Des transporteurs routiers de la région PACA menacent de bloquer des axes dès ce 1er avril. L’OTRE Occitanie appelait à une action à Toulouse le même jour. À Paris, des convois de camions ont déjà tourné cours de Vincennes. En Champagne, des infirmiers libéraux rejoignaient les agriculteurs de la Coordination rurale fin mars. Le tableau d’ensemble ressemble à quelque chose : une France périphérique qui n’en peut plus de payer les conséquences de guerres qu’elle n’a pas choisies et de politiques énergétiques qu’elle subit depuis des décennies.

Les taxes représentent entre 50 et 55 % du prix du carburant à la pompe. L’accise sur le gazole atteint désormais 60,8 centimes le litre, à laquelle s’ajoute une TVA à 20 % appliquée sur le prix total — taxes comprises. Personne dans les ministères ne parle de toucher à cette mécanique. On préfère annoncer des prêts. Selon les premières estimations de l’INSEE, l’inflation aurait atteint 1,7 % sur un an en mars 2026, contre 0,9 % en février, portée notamment par une hausse des prix de l’énergie qui frôlerait les 7,3 %.

Le jeudi 2 avril à Auch, ceux qui font tourner les services de santé et de mobilité en milieu rural diront ce qu’ils pensent de cette élégance.

PENDANT QU'ILS VOUS CACHENT LA VÉRITÉ

Lisez ce que les autres n'osent pas écrire.

Sans publicité. Sans censure. À partir de 4,99€/mois.

Je m'abonne maintenant →
Laissez votre commentaire
🔥 Soutenir Putsch »
Fringue-toi chez Putsch !
👕 Fringues 🔥 Don
Putsch
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.

Il vous reste

0 article à lire

M'abonner à