Diane de Bourguesdon: « Le terme de prolophobie m’est venu lorsque j’ai pris conscience du rejet infligé au petit peuple de France par les élites »
Il y a des mots qui font leur chemin malgré les résistances. Prolophobie en est un. Diane de Bourguesdon, essayiste et chroniqueuse, le pose comme une bombe à retardement au cœur de son dernier essai, Les indésirables, paru chez Fayard en mars 2026. Cent vingt-huit pages ramassées, précises, sans le moindre excès d’académisme — et pourtant suffisamment étayées pour mettre mal à l’aise une bonne moitié de la classe médiatico-politique française.
Le concept désigne ce que beaucoup ressentent sans oser le nommer : un rejet systémique du peuple ordinaire, de la France qui n’habite pas les beaux arrondissements et ne déjeune pas en terrasse à Saint-Germain-des-Prés. Non pas une idéologie revendiquée, mais un réflexe de classe — diffus, banalisé, et d’autant plus dévastateur qu’il se donne des airs de vertu progressiste. De mai 1968 au wokisme triomphant, de la désindustrialisation à la justice à géométrie variable, Diane de Bourguesdon remonte le fil d’une fracture que personne dans les sphères du pouvoir n’a intérêt à regarder en face. Putsch l’a rencontrée.
Vous introduisez dans ce livre un concept fort, celui de « prolophobie ». Sur quoi repose précisément cette notion dans votre analyse : s’agit-il d’un phénomène culturel diffus, d’une construction idéologique des élites ou d’une évolution structurelle du système social français ?
Le terme de prolophobie m’est venu spontanément lorsque j’ai pris conscience du caractère systémique du rejet infligé au petit peuple de France par les élites. Où que l’on regarde, que ce soit dans les séries TV, les publicités, les spectacles humoristiques, mais également dans la posture adoptée par la classe médiatico-politique, on retrouve partout le même mépris de classe. Contrairement au wokisme il ne s’agit pas d’une construction idéologique, puisque personne n’en a vraiment conscience ni ne s’en revendique : c’est un réflexe de classe de la part des élites, qui a progressivement pris ses marques et s’est banalisé dans cette frange de la population. C’est donc à mes yeux plus un phénomène socio-culturel qu’autre chose.
Vous décrivez une partie des classes populaires et moyennes comme devenant les « indésirables » du récit national contemporain. À quel moment historique situez-vous l’apparition de cette fracture et quels événements ont accéléré …
Réservé aux abonnés.
Interviews interdites ailleurs. Analyses de fond. Vidéos choc.
Accès complet — 4,99 € / mois
Je m'abonne