Pétrole : la guerre en Iran saigne déjà le portefeuille des Français
Ça y est. La guerre est arrivée à la pompe. Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leurs frappes coordonnées contre l’Iran dans la nuit du 28 février 2026, le baril de Brent a bondi de plus de 42 % en deux semaines à peine — de 72 dollars avant les premières explosions à plus de 103 dollars vendredi 13 mars à la clôture. Son équivalent américain, le WTI, a lui dépassé les 47 % de hausse sur la même période. Pendant quelques heures en début de semaine, les marchés ont frôlé les 120 dollars le baril. Ce n’est pas une fluctuation. C’est un choc.
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Le nerf du problème tient en un nom : le détroit d’Ormuz. Par ce bras de mer entre l’Iran et les Émirats arabes unis transite, en temps normal, environ 20 % de la production mondiale de pétrole. Depuis le 1er mars, l’Iran l’a fermé — ou peu s’en faut. Le blocus a supprimé l’accès à quelque 10 millions de barils par jour, dans un marché mondial qui en consomme environ 107 millions. Au 13 mars, l’AFP avait recensé au moins 33 attaques contre des infrastructures énergétiques dans la région depuis le début du conflit. Des pétroliers coulés, endommagés, saisis. Des assureurs maritimes qui ont annulé leurs couvertures guerre. Des armateurs qui refusent de naviguer.
Face à cette paralysie, l’Agence internationale de l’énergie a sorti l’artillerie lourde : un déblocage historique de 400 millions de barils de réserves stratégiques mondiales, le plus important jamais décidé. Emmanuel Macron l’a confirmé lors d’une visioconférence du G7, le 11 mars. Résultat sur les marchés : un frémissement, vite avalé par la prochaine salve de missiles. La Banque postale le dit sans détour dans son analyse de mars : cette libération de réserves ne compenserait que vingt jours de blocage du détroit. Vingt jours. Et la guerre en est déjà à sa troisième semaine.
À la pompe, les Français paient cash
La mécanique de transmission est implacable. Entre le dimanche 1er et le mardi 3 mars, le sans-plomb 95 est passé en moyenne de 1,77 € à 1,81 € le litre en France. Le gazole, lui, a grimpé de 1,72 € à 1,80 € sur la même période. Depuis, la hausse ne s’est pas arrêtée. Dans certaines stations des Deux-Sèvres, le litre de gazole frôlait les 3 euros mardi 10 mars. Le litre d’essence a déjà dépassé les 2 euros dans de nombreux points de vente.
Et ce n’est pas fini. En cas de baril à 100 dollars maintenu dans la durée, Francis Pousse, président de la branche distributeurs carburants de Mobilians, anticipe une vingtaine de centimes supplémentaires à la pompe. Les analystes les plus pessimistes évoquent un Brent à 130 dollars dans un scénario d’escalade — seuil au-delà duquel 2 euros le litre ne serait plus le pire scénario, mais le plancher.
Pour couronner le tout, les Français subissent ce choc pétrolier avec un handicap supplémentaire fabriqué de toutes pièces par Bercy : depuis le 1er janvier 2026, la contribution aux certificats d’économie d’énergie (CEE) a alourdi la note de 5 à 6 centimes par litre. Une taxe supplémentaire, discrète, appliquée précisément au moment où la facture allait déjà exploser.
Des raffineurs qui en profitent, un État qui regarde
La flambée n’enrichit pas que les pays producteurs. En France, des associations de consommateurs ont sorti les calculettes. La marge brute de raffinage sur le gazole est passée de 12,7 centimes par litre en février à 25,7 centimes le vendredi 6 mars — le double en une semaine. Les raffineurs se défendent : c’est temporaire, disent-ils, c’est mécanique. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a convoqué les distributeurs à Bercy, lancé 500 contrôles en trois jours via la DGCCRF, promis de ne pas tolérer des hausses injustifiées. Des mots. Pendant ce temps, une station sur six contrôlée affichait des anomalies de prix.
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Je m'abonne maintenant →Patrice Geoffron, professeur d’économie à Paris Dauphine, a posé la vraie question sur France Bleu : l’État peut-il cette fois encore absorber le choc avec des ristournes, comme en 2022 lors de la guerre en Ukraine ? Sa réponse est nette — il n’est pas certain que la situation budgétaire française le permette. Le gouvernement a d’ailleurs refusé toute baisse de la TICPE ou de la TVA sur les carburants, malgré la lettre ouverte envoyée le 3 mars par l’association 40 millions d’automobilistes au président de la République et au Premier ministre.
Le vrai scandale : on savait
Ce choc ne tombe pas du ciel. La dépendance européenne aux hydrocarbures du Golfe est une donnée connue, documentée, ressassée depuis des décennies. Vingt pour cent du pétrole mondial par un seul détroit, et personne n’avait prévu de scénario de substitution sérieux. Antoine Halff, analyste en chef chez Kayrros, le dit clairement depuis le début du conflit : le risque principal réside dans les effets de contagion — si l’Iran frappe les installations saoudiennes ou koweïtiennes, c’est toute l’architecture d’approvisionnement mondial qui s’effondre. Ce n’est plus de la géopolitique. C’est de la physique.
La France, elle, regarde. Sans politique énergétique offensive, sans capacité à peser sur les marchés, sans marge budgétaire pour amortir le choc. Ce que la guerre en Iran révèle, c’est moins la brutalité des bombardements que la fragilité structurelle d’une économie qui a sous-estimé le risque et surestimé la stabilité du monde.
Pendant ce temps, le litre d’essence continue de grimper. Et la prochaine facture de plein ne va pas attendre la fin des négociations diplomatiques.