Guerre Iran : pétrole à 115$ ? Ormuz bloqué — la France face au choc

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Il y a des week-ends qui changent le cours des choses. Celui-ci en est peut-être un. Pendant que la France dormait, les États-Unis et Israël frappaient pour la première fois les dépôts de carburant de Téhéran. Des dépôts en flammes, une capitale sous les bombes, un détroit stratégique à l’arrêt quasi total, et un baril d’or noir qui s’affolait déjà à 115 dollars sur les marchés à terme. Ce lundi matin, quand les Bourses mondiales rouvriront, personne ne sait vraiment ce qui va se passer. Mais les signaux envoyés depuis 48 heures n’invitent pas à l’optimisme.

Ce qui s’est passé cette nuit

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël déclenchaient l’Opération Epic Fury, tuant le guide suprême iranien Ali Khamenei et rasant l’essentiel des capacités militaires de Téhéran. Depuis, la guerre s’est étendue à tout le Golfe. Samedi soir, nouvelle escalade majeure : l’armée israélienne, coordonnée avec les forces américaines, a frappé pour la première fois les infrastructures pétrolières civiles iraniennes — les dépôts de carburant de Shahran et du sud de Téhéran, qui alimentent la capitale et les provinces du nord, sont partis en fumée. Des images tournant en boucle sur les réseaux montrent l’horizon de Téhéran rougeoyant dans la nuit.

Donald Trump, depuis Mar-a-Lago, n’a pas cherché à temporiser. L’Iran sera frappé encore, «très durement», de nouvelles cibles sont désormais «sous considération». Côté iranien, le président Masoud Pezeshkian a dit qu’il cesserait les attaques sur les voisins régionaux — sauf si ceux-ci servent de bases de départ à des frappes contre Téhéran. Ce qui ne résout strictement rien, puisque le Koweït, Bahreïn, les Émirats et le Qatar hébergent tous des forces américaines et ont tous déjà été touchés. L’Iran, pour sa part, a déclaré être «pleinement préparé à poursuivre une guerre totale et intense pendant au moins six mois».

Le détroit d’Ormuz, goulet d’étranglement du monde

Voilà ce que la plupart des Français ne réalisent pas encore pleinement : depuis le 28 février, le détroit d’Ormuz — ce bras de mer de 50 kilomètres de large par lequel transite 20% du pétrole mondial — est de facto fermé. Pas officiellement, pas par un blocus déclaré, mais parce que les assureurs maritimes ont quitté la table. Les primes de risque guerre ont explosé, rendant tout transit économiquement non viable pour les opérateurs commerciaux. Les données de Lloyd’s List Intelligence sont implacables : en mars, là où circulaient une centaine de tankers par jour en février, on n’en compte plus que quatre à cinq. Maersk, CMA CGM, Hapag-Lloyd ont suspendu leurs transits. MSC vient d’annoncer une surcharge carburant d’urgence à compter du 16 mars.

En parallèle, le Qatar a fermé ses installations gigantesques de production de GNL après avoir été attaqué. Le champ Shaybah d’Aramco en Arabie Saoudite a subi des tentatives de frappe répétées — vingt drones interceptés en cinq vagues samedi. Le Koweït a annoncé des coupes de production. En clair : ce n’est plus seulement l’Iran qui est hors-jeu énergétiquement, c’est une partie significative du Golfe tout entier.

115 dollars le baril, et ça va empirer

Le pétrole s’échangeait vendredi dernier autour de 73 dollars. Samedi soir, les marchés à terme le cotaient déjà à 115 dollars sur Hyperliquid. La plateforme Polymarket estimait à 53% la probabilité que le prix moyen de l’essence aux États-Unis dépasse 4,25 dollars le gallon d’ici fin mars, ce qui représenterait une hausse de 55% en quatre mois. Bank of America considère qu’un Brent durablement au-dessus de 100 dollars est désormais le scénario central en cas de prolongation du conflit, avec un gaz naturel européen qui casserait la barre des 60 euros le mégawattheure.

Concernant la France spécifiquement, le professeur Patrice Geoffron, économiste à Paris-Dauphine, avait averti dès le 1er mars que l’escalade autour d’Ormuz représentait «un risque majeur de choc pétrolier». Le président des stations-service Mobilians chiffrait à une vingtaine de centimes la hausse à la pompe pour chaque tranche de 100 dollars le baril. Depuis, le baril a encore grimpé. Le sans-plomb 95 oscillait déjà autour de 1,80 euro avant les dernières frappes. Avec un baril à 115 dollars, la question n’est plus de savoir si l’on va dépasser les 2 euros le litre, mais quand.

L’Europe au bord du précipice

Bloomberg Economics le formulait sans détour cette semaine : la guerre en Iran menace de faire basculer la zone euro en récession. L’Europe importe la quasi-totalité de son pétrole et une part massive de son gaz naturel. Elle fait face à ce que les économistes d’ING qualifient de «dilemme authentique» pour la BCE : un choc pétrolier qui relance l’inflation d’un côté, et une économie déjà fragilisée par les tarifs douaniers américains de l’autre. Hausser les taux pour combattre l’inflation tuerait la croissance. Baisser les taux pour soutenir la croissance attiserait l’inflation. Il n’y a pas de bonne option.

La Deutsche Bank a publié une note avertissant que le choc énergétique représentait une «menace existentielle» pour les compagnies aériennes, certaines pouvant être contraintes d’immobiliser leurs flottes. L’économiste Thorsten Polleit rappelle, données Bundesbank à l’appui, que la production industrielle allemande — moteur traditionnel de l’économie européenne — avait déjà chuté de 20,9% par rapport à sa tendance de long terme en décembre 2025, avant même que cette guerre ne commence.

Nomura résumait la situation en une phrase : «Le conflit iranien consolide les arguments en faveur d’une pause des banques centrales.» Traduction : personne ne sait plus quoi faire. Les grandes institutions financières mondiales regardent le monde à travers leurs écrans de trading avec la désagréable impression que les vieux modèles ne fonctionnent plus.

Et la France dans tout ça ?

La France dispose théoriquement de 90 jours de stocks stratégiques — de quoi temporiser. Mais «temporiser» n’est pas «résoudre». Si le conflit s’étire sur six mois, comme Téhéran le brandit désormais ouvertement, les stocks fondent et l’économie réelle, elle, commence à saigner.

Camions, agriculteurs, PME, particuliers : tout ce qui roule, chauffe, ou produit quelque chose en France dépend d’un prix du carburant qui était déjà au-dessus des moyennes historiques avant que les bombes ne tombent sur Téhéran. Une hausse de 30 à 40% du prix à la pompe dans les semaines qui viennent ne serait pas un scénario catastrophe théorique. Ce serait une conséquence mécanique de ce qui se joue ce week-end dans le Golfe.

Ce lundi matin, les Bourses de Tokyo, Londres, Paris et Francfort rouvriront sur une situation que personne n’avait vraiment anticipée il y a encore dix jours. Les marchés n’aiment rien tant que la certitude. Ce qu’ils vont trouver ce matin, c’est l’exact inverse.

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