(Vidéo) Césars 2026 : Béatrice Rosen torpille la cérémonie du cinéma français dans une vidéo cinglante

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Il fallait bien que quelqu’un le dise. Et comme d’habitude, ce n’est pas venu de l’intérieur. Béatrice Rosen, actrice franco-américaine passée par The Dark Knight et 2012, a balancé dès le lendemain de la 51ᵉ cérémonie des César une vidéo qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : cette grand-messe annuelle du cinéma français est devenue un exercice de narcissisme collectif où le courage politique se résume à arborer un pin’s sur un revers de smoking.

Dans sa vidéo publiée le 1ᵉʳ mars sur ses réseaux, Béatrice Rosen ne prend pas de gants. Elle attendait, dit-elle, « le moment où un acteur ou une actrice engagée ferait un discours sur la dérive autoritaire du pouvoir actuel ». Sur les lois liberticides empilées depuis neuf ans. Sur cette préférence assumée du pouvoir « pour la guerre face à la diplomatie, pour la mort face à la vie, pour le mépris face à la gentillesse ». Sur le sort des artisans, « âme de la France » et « souffre-douleurs d’un pouvoir qui orchestre leur fermeture systématique ». Elle a attendu. Le moment n’est pas venu.

Et c’est bien là tout le problème. Jeudi 26 février, l’Olympia accueillait le gratin du septième art français pour cette cérémonie présidée par Camille Cottin et orchestrée par Benjamin Lavernhe. On y a sacré L’Attachement de Carine Tardieu, couronné Léa Drucker et Laurent Lafitte, applaudi le discours poignant de Golshifteh Farahani sur la répression en Iran. On a même vu Jim Carrey remercier la France dans un français impeccable en recevant son César d’honneur, évoquant un ancêtre parti de Saint-Malo il y a trois siècles. Le tout devant un million de téléspectateurs sur Canal+. Le spectacle était rodé. Trop rodé, peut-être.

Car Béatrice Rosen met le doigt sur une béance que les médias mainstream se gardent bien de souligner. Le cinéma français, cet art subventionné jusqu’à la moelle par l’argent public, ce milieu qui se gargarise de sa supposée tradition contestataire, n’a pas trouvé une seule voix pour interpeller le pouvoir sur la situation intérieure du pays. Pas un mot sur l’inflation normative qui étouffe les petits commerces. Pas une phrase sur le verrouillage sécuritaire rampant. Pas une allusion aux fractures sociales qui lézardent le quotidien des Français. On parle volontiers de l’Iran — et c’est noble — mais la France, elle, peut attendre.

Béatrice Rosen reconnaît à Léa Drucker d’avoir « tenté quelque chose, un peu flou » lors de son discours de remerciement pour le César de la meilleure actrice. C’est maigre. Pour le reste, le verdict est sans appel : « Ils ont préféré tous, à nouveau, se victimiser, se repaître de leur entre-soi habituel, et huer Brigitte Bardot. »

Et c’est là que la soirée a basculé dans le grotesque. Lors du traditionnel hommage aux disparus, la séquence consacrée à Brigitte Bardot — décédée le 28 décembre dernier à 91 ans — a été accueillie par des huées et des sifflets. Une voix a même crié « Raciste ! » dans la salle de l’Olympia. Benjamin Lavernhe n’a pas bronché, la cérémonie a continué comme si de rien n’était. On peut penser ce qu’on veut des prises de position politiques de Brigitte Bardot — et elles étaient souvent indéfendables —, mais conspuer une morte lors d’un hommage funèbre dans un temple du cinéma qu’elle a contribué à bâtir, c’est d’une petitesse qui en dit long sur l’état moral de cette profession.

Car c’est précisément ce contraste que pointe Béatrice Rosen avec une lucidité rafraîchissante. D’un côté, l’incapacité à confronter le pouvoir vivant, celui qui légifère, qui taxe, qui restreint, qui méprise. De l’autre, un courage de meute pour huer une icône défunte qui ne peut plus répondre. « Courageux, mais pas téméraires », résume-t-elle dans une formule qui claque comme une gifle.

Le meilleur moment de la soirée ? Pour Béatrice Rosen, c’est Jim Carrey, sans hésitation. « Humble, humain, touchant, authentique. » L’ironie est cruelle : il aura fallu qu’un Américain vienne rappeler au cinéma français ce que signifie la sincérité sur une scène. Jim Carrey, qui a remercié son père comme « l’homme le plus drôle qu’il ait jamais rencontré », qui a relié son parcours hollywoodien à ses racines françaises avec une élégance désarmante. Pendant ce temps, le milieu du cinéma hexagonal comptait ses statuettes et ajustait ses postures.

C’est justement parce que Béatrice Rosen n’est pas prise dans les filets de ce système — les subventions, les castings, les dîners, les compromissions silencieuses — qu’elle peut se permettre de dire ce que les autres taisent. Son regard biculturel, franco-américain, offre une distance que le microcosme parisien a depuis longtemps perdue.

La vérité, c’est que les Césars sont devenus le miroir fidèle d’une classe déconnectée qui a renoncé à déranger. On y célèbre la parité en comptant les pourcentages de femmes nommées, on y pleure sur l’Iran avec des trémolos calibrés pour Canal+, mais on se garde bien de mordre la main qui signe les chèques du CNC. Le cinéma français engagé ? Il existe encore, mais il est dans les salles, pas sur la scène de l’Olympia.

Béatrice Rosen conclut sa vidéo en disant « sa déception de tous ces gens qu’elle a pourtant côtoyés ». On la comprend. Et on se dit que si le cinéma français avait encore une once de l’audace qu’il prétend incarner, c’est sur cette scène que ce discours aurait dû être prononcé. Pas sur Instagram, le lendemain matin.

 

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