Dans le Gers, Fabien Dias, président du syndicat des artisans-taxis du département, a lancé un appel clair à l’ensemble des « corporations du Gers » pour rejoindre le mouvement des agriculteurs en colère. Un signal politique et social fort. Alors que de nombreux agriculteurs ont convergé dans la nuit de mardi 6 janvier à mercredi 7 janvier vers Toulouse, ils ont été accompagnés par un convoi de taxis solidaire dont Fabien Dias a pris la tête.
Une image rare, presque inédite, dans un pays où les mobilisations restent souvent cloisonnées par secteur. Ce soutien ne relève pas d’un simple geste symbolique. Les taxis, confrontés eux aussi à la pression réglementaire, à la concurrence jugée déloyale et à l’explosion des charges, se reconnaissent dans la colère agricole. En appelant à une mobilisation interprofessionnelle, Fabien Dias assume une stratégie de rupture avec les luttes isolées. Dans le même temps, Arnaud Poitrine, figure de terrain de la Coordination rurale, annonce une escalade majeure : le blocage de la frontière franco-espagnole au niveau du Le Boulou. Ce point névralgique du trafic européen est stratégique. Il vise directement les flux commerciaux et met en lumière le cœur du ressentiment agricole : la concurrence étrangère, les accords de libre-échange et l’impuissance, réelle ou assumée, de l’État à protéger ses producteurs.Mais le projet a avorté face à un déploiement massif de forces de l’ordre.
La question se pose désormais sans détour : assiste-t-on à une convergence des colères ? Agriculteurs, taxis, et demain d’autres professions asphyxiées par les mêmes mécanismes économiques et réglementaires, pourraient bien former un front commun. Si cette dynamique se confirme, le rapport de force changerait d’échelle. Et le pouvoir ne pourrait plus se contenter de gérer crise par crise, secteur par secteur. Ce qui se joue n’est peut-être plus une mobilisation agricole. Mais le début d’un mouvement beaucoup plus large, transversal, et potentiellement incontrôlable.