Damien Teyssier: « La propagande est le moyen de rendre les gens incapables de distinguer le vrai du faux »
Damien Teyssier publie « Imperium Mentis. La guerre du sens », un essai consacré à la captation des esprits. L’auteur y décrit une démocratie où le vote reste juridiquement libre pendant que la formation des opinions est confiée aux algorithmes, aux techniques de persuasion et à l’économie de l’attention. Entretien.
Vous écrivez cette phrase particulièrement forte : « Nous avons des élections libres et des esprits occupés. L’une ne compense pas l’autre. » Jusqu’où peut-on encore parler de souveraineté populaire lorsque les citoyens votent librement juridiquement, mais que l’environnement dans lequel se forment leurs opinions est façonné par des algorithmes, des techniques de persuasion et une économie de l’attention ?
Qu’entend-on déjà par souveraineté populaire et par souveraineté ? A titre personnel, la souveraineté réelle ne peut exister sans les conditions suivantes :
La liberté de penser, la liberté de décider et la liberté d’agir, sans contrainte extérieure (les contraintes nationales ne sont pas des contraintes, elles représentent l’organisation du pays, normalement voulue par les citoyens : lois, orientations stratégiques…). On ne peut donc pas les considérer comme des contraintes.
Si votre pensée est orientée, cela va influencer vos décisions et donc vos actions. L’univers politique ne ferait pas autant d’actions d’influence si elles n’avaient pas d’effet dans les urnes. Ils ne sont pas responsables en revanche de l’économie de l’attention, qui est un enjeu mondialisé structurant de l’écosystème économique mondial. Ils se servent, comme certaines entreprises et influenceurs, de ces nouveaux vecteurs, mais n’en sont pas forcément les initiateurs. Ils ont juste assimilé leur pouvoir et se sont adaptés, ce qui n’a rien de surprenant.
A titre personnel, je crois que la souveraineté populaire pourrait se mesurer par un référendum sur la volonté des Français sur divers sujets puis par la mesure du ruissellement de leur volonté dans les actions réelles prises par les responsables politiques (votes, lois, décisions, arrêtés…).
Nous pourrions alors établir un « taux de déperdition » puis un taux d’acceptabilité …
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