Florent Lambert, trader : «Le consommateur sera la victime quel que soit le scénario futur»
Le Brent franchit 117 dollars ce 29 avril sur ICE Europe, +5 % en une séance, +78 % sur un an. Le SP95 dépasse les 2 euros à la pompe. Et pourtant, selon Florent Lambert, ancien responsable du market making sur options de matières premières, ces chiffres mentent. Le baril réellement livré se négocierait déjà entre 140 et 180 dollars. Un thermomètre cassé, des couvertures qui ne couvrent plus rien. Entretien sans filtre.
Installé à l’île Maurice, où il a fondé sa propre structure après avoir dirigé des bureaux d’options sur matières premières dans la City, Florent Lambert observe le marché pétrolier avec l’œil d’un opérateur qui a vu passer plusieurs guerres du Golfe sans jamais constater pareil décrochage. Le détroit d’Ormuz est verrouillé depuis bientôt deux mois, les Émirats viennent de claquer la porte de l’OPEP+, le cessez-le-feu américano-iranien tient à un fil. Sur les écrans, le Brent et le WTI affichent des prix qui choquent déjà. Dans la réalité physique du brut, ces niveaux sont une fiction. Et la mécanique de couverture qui protégeait depuis quarante ans raffineurs, transporteurs et distributeurs s’effondre à mesure que l’écart se creuse entre les deux mondes. Florent Lambert nous explique pourquoi, et qui paie l’addition.
Vous décrivez un écart inédit entre le marché physique du pétrole, que vous situez entre 140 et 180 dollars le baril, et les contrats à terme cotés sur le NYMEX Crude Oil et le ICE Brent. Concrètement, comment expliquer cette décorrélation à nos lecteurs, et surtout qui fixe aujourd’hui le « vrai » prix du pétrole : le physique ou le papier ?
La première chose à comprendre est qu’il n’existe pas un seul prix du pétrole, mais plusieurs couches de prix. Le marché « papier » est celui des contrats à terme comme le WTI Crude Oil Futures ou le Brent Crude Futures, deux marchés à terme majeurs. Ces contrats sont ce que l’on appelle des produits dérivés. À l’inverse, le marché réel du physique est fragmenté, opaque, et dépend de plusieurs facteurs : la qualité du brut, la localisation, les coûts logistiques de livraison et surtout l’urgence de la demande.
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