Pompes à sec, gazole hors normes et pénurie en cours : la France risque de vivre des jours très difficiles

par

Ce jeudi 2 avril, à la veille du premier week-end de départs en vacances, la carte des stations-service françaises ressemble à un champ de mines. Selon les données du ministère de l’Économie compilées par le service Vrai ou Faux de franceinfo, plus de 1 600 stations-service sont en rupture sur au moins un carburant, soit plus de 16 % des 9 800 stations que compte la France. Le gazole est le carburant le plus touché : environ un millier de stations ne peuvent plus en distribuer, soit 10 % du réseau national. Mercredi, 1 300 stations étaient concernées. En vingt-quatre heures, le nombre a bondi de 20 %. Fin février, avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, on en comptait une soixantaine sur tout le territoire.

PENDANT QU'ILS VOUS CACHENT LA VÉRITÉ

Lisez ce que les autres n'osent pas écrire.

Sans publicité. Sans censure. À partir de 4,99€/mois.

Je m'abonne maintenant →

Le gouvernement a sa réponse. Maud Bregeon, porte-parole et ministre déléguée à l’Énergie, assurait mercredi 1er avril sur TF1 qu' »il n’y a aucun risque de rupture d’approvisionnement » et que « moins de 10 % des stations » connaissaient des ruptures totales ou partielles. Le service Vrai ou Faux de franceinfo a calculé, à partir des données officielles du ministère de l’Économie lui-même, que le chiffre réel atteignait déjà 14 % au moment précis où Maud Bregeon prenait la parole — et 16 % le lendemain matin. Elle a dit « moins de 10 % ». Les données de sa propre administration disaient 14 %. Vingt-quatre heures plus tard : 16 %.

L’explication gouvernementale est partiellement exacte. Si les pompes se vident en priorité chez TotalEnergies, c’est parce que le groupe plafonne ses prix à 1,99 euro le litre pour l’essence et 2,09 euros pour le gazole jusqu’au 7 avril dans ses 3 300 stations de métropole, générant une ruée massive. Plus de 60 % des stations en rupture appartiennent au groupe — 80 % si l’on ne regarde que le gazole. Mais ce phénomène d’aspiration a créé un report de clientèle vers les enseignes concurrentes, qui subissent à leur tour des tensions. Et surtout, l’explication logistique ne dit rien sur la cause structurelle : le litre de gazole s’affichait à 2,243 euros en moyenne nationale le 1er avril, un niveau jamais enregistré depuis que l’État suit les prix à la pompe, en 1985. Depuis le 27 février, veille des premières frappes israélo-américaines sur l’Iran, le gazole a pris plus de 53 centimes, soit plus de 30 % en un mois. Le SP95-E10, l’essence la plus vendue en France, a franchi pour la première fois la barre des 2 euros en moyenne nationale mercredi 1er avril, selon un calcul de l’AFP sur les données de 7 289 stations transmises au gouvernement.

Ce n’est pas une crise de distribution. C’est une crise d’approvisionnement qui s’aggrave à mesure que le détroit d’Ormuz, par lequel transitent habituellement 20 à 25 % du pétrole mondial, reste sous contrôle iranien. La France importe 51 % du gazole qu’elle consomme, dont 29 % en provenance du Proche-Orient. Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, a prévenu dans le podcast « In Good Company » diffusé par CNBC : « Avril sera bien pire que mars. La perte de pétrole sera deux fois supérieure. » Ce matin même, sur RTL, Dominique Schelcher, président-directeur général de Coopérative U, fixait le compte à rebours : « J’estime le point de bascule à six semaines depuis le début du conflit. Il nous reste deux semaines. Sinon, ça va être de plus en plus difficile sur le prix et la disponibilité du pétrole. »

La réalité des décisions prises par le gouvernement se lit mieux dans les textes que dans les communiqués. Le 25 mars, une décision ministérielle signée par Maud Bregeon elle-même — publiée au Journal officiel le lendemain — autorisait « à titre exceptionnel et temporaire » les distributeurs à commercialiser un gazole non conforme aux spécifications habituelles. La dérogation portait sur la température limite de filtrabilité : le gazole d’hiver doit normalement rester utilisable jusqu’à -15 °C. Le texte autorisait un carburant ne tolérant que 0 °C — le gazole d’été, mis sur le marché avant la date légale pour gonfler les volumes disponibles. En cas de gel, les automobilistes s’exposaient à un filtre bouché, un moteur qui cale, une panne en pleine circulation. La décision précise que les distributeurs « assument l’entière responsabilité » des problèmes pouvant survenir. L’État dérogeait aux normes de sécurité et transférait le risque sur les distributeurs et sur les consommateurs. On ne publie pas ce genre de texte au Journal officiel quand tout va bien.

Sur le terrain, les conséquences sont documentées depuis plusieurs jours. Dès le 30 mars, des stations de Poitiers rationnaient leurs ventes à 10 litres par personne, comme le rapportait France 2 dans son journal du soir. À Toulouse, les 28 et 29 mars, plusieurs stations étaient entièrement à sec. Le gouvernement met en avant ses stocks stratégiques — 100 millions de barils, avec 14,5 millions libérés progressivement dans le cadre de la décision collective de l’Agence internationale de l’énergie. Ces réserves représentent l’équivalent de 90 jours d’importations nettes. Mais les stocks stratégiques ne réparent pas la logistique du dernier kilomètre, ne font pas revenir les camions-citernes plus vite, et ne font pas baisser le prix à la pompe. Fatih Birol l’a dit sans détour : « Cela aide à réduire la douleur. Ce n’est pas un remède. Le remède, c’est la réouverture du détroit d’Ormuz. »

Les routiers ont bloqué brièvement ce mercredi le périphérique parisien. Les marins-pêcheurs ont manifesté. Ce vendredi, les Français qui partent en vacances trouveront des files d’attente, des pompes à sec et des prix records. Le gouvernement leur assure qu’il n’y a pas de pénurie. Ses propres données disent le contraire.

⛽ Trouver du carburant

Où faire le plein en ce moment ?

Les données changent heure par heure. Ces trois outils agrègent en temps réel les informations officielles déclarées par les stations au ministère de l’Économie.

🗺️

prix-carburant.eu

Carte interactive, géolocalisation, filtrage par type de carburant. Données gouvernementales mises à jour en continu.

🔍

essencepascher.fr

Comparateur de prix par commune. Permet d’identifier les stations les moins chères encore approvisionnées près de chez vous.

🚨

penurie-carburant.fr

Carte des ruptures en temps réel avec signalements communautaires. Utile pour éviter les stations à sec avant de se déplacer.

🏛️

prix-carburants.gouv.fr

Source officielle du ministère de l’Économie. Données brutes déclarées par les stations, mises à jour plusieurs fois par jour.

Ces données sont déclaratives et peuvent présenter un décalage de quelques heures avec la situation réelle sur le terrain.

 

PENDANT QU'ILS VOUS CACHENT LA VÉRITÉ

Lisez ce que les autres n'osent pas écrire.

Sans publicité. Sans censure. À partir de 4,99€/mois.

Je m'abonne maintenant →
Laissez votre commentaire
🔥 Soutenir Putsch »
Fringue-toi chez Putsch !
👕 Fringues 🔥 Don
Putsch
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.

Il vous reste

0 article à lire

M'abonner à