Carburant à plus 2 euros, camions à l’arrêt : les transporteurs sur le point de descendre dans la rue
Depuis le 28 février 2026 et la fermeture du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la révolution iraniens, la France roule sur une poudrière. Le gazole professionnel a bondi de plus de 20 % en une semaine selon le Comité national routier, franchissant allègrement la barre des 2 euros le litre — jusqu’à 2,50 euros sur certaines stations autoroutières. Pour les transporteurs routiers, dont le carburant représente près d’un quart des coûts d’exploitation, c’est une hémorragie. Et le gouvernement de Sébastien Lecornu leur a répondu avec des pansements.
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Je m'abonne maintenant →Résultat : samedi 28 mars, les poids lourds descendent dans la rue. Révélée par le média professionnel FranceRoutes, la mobilisation est organisée simultanément à Lyon et Clermont-Ferrand par les adhérents de l’Organisation des transporteurs routiers européens Auvergne-Rhône-Alpes — l’OTRE AURA. Elle concerne tous secteurs confondus : transport de marchandises, transport de voyageurs, déménageurs. Les horaires et points de rassemblement exacts n’ont pas encore été précisés, mais le ton, lui, est clair. Jean-Christophe Gautheron, secrétaire général de l’OTRE AURA, le dit sans détour : « Aujourd’hui, la colère a remplacé l’incompréhension. »
De 1,50 euro à 1,76 euro en deux semaines — puis la barre des 2 euros
Les chiffres donnent le vertige. Le 2 mars, le gazole s’échangeait autour de 1,50 euro le litre dans les cuves privées des transporteurs. Le 16 mars, il atteignait déjà 1,76 euro. Au 23 mars, le prix moyen national s’établissait à 2,144 euros selon Roole Data — avec une hausse de 5,2 centimes sur le seul week-end précédent. Selon l’Union TLF, la progression depuis le début de l’année dépasserait désormais 22 %, à une vitesse deux fois supérieure à celle de l’essence.
Selon lui, chaque camion génèrerait un surcoût de 1 200 euros par mois, ce qui représenterait, pour sa flotte, entre 30 000 et 35 000 euros de charges supplémentaires chaque mois — un témoignage recueilli par FranceRoutes auprès de Christophe Mahoudiaux, dirigeant d’une PME de transport basée à Cernay-lès-Reims. Sans compensation, sans perspective de retour à la normale tant que la situation au Moyen-Orient reste bloquée.
Ce que Lecornu a proposé, et ce que les transporteurs ont reçu
Le 23 mars, après vingt-quatre jours de crise, le gouvernement a daigné agir. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé trois mesures pour les quelque 45 000 entreprises du transport routier : report des cotisations sociales URSSAF, étalement des échéances fiscales, et prêts de court terme garantis par Bpifrance. En prime : une publication des indices du Comité national routier désormais tous les quinze jours au lieu d’une fois par mois, et une invitation faite aux chargeurs à raccourcir leurs délais de paiement.
Traduction pour les transporteurs : rien de concret, rien d’immédiat, rien qui compense la moindre hausse. L’OTRE nationale et la Fédération nationale des transporteurs routiers ont rejeté ces annonces en termes quasi identiques. « Il ne s’agit pas d’un problème de gestion de trésorerie, mais bien d’une explosion soudaine et incontrôlée des coûts d’exploitation », a martelé l’OTRE. Florence Berthelot, directrice générale de la FNTR, a résumé sur France 2 : « Pour l’instant, nous ne voyons aucune efficacité. » Les taxis, représentés notamment par le Syndicat Arc Atlantique Taxis 32, ont été encore plus directs en qualifiant les mesures de « strictement superficielles et inappropriées ».
Ce que les professionnels réclament, c’est ce qu’ils ont obtenu en 2022 lors du choc énergétique ukrainien : une aide forfaitaire par véhicule — entre 300 et 1 300 euros selon le gabarit — et une remise directe à la pompe. En 2022, l’État avait débloqué une enveloppe de 400 millions d’euros pour le secteur. En 2026, il propose du papier administratif.
Pendant ce temps, l’Espagne et l’Italie agissent
Le contraste européen est saisissant et les transporteurs français ne s’en privent pas pour l’invoquer. L’Espagne applique une aide de 25 centimes par litre pour les poids lourds. L’Italie a adopté en urgence un décret pour réduire les prix des carburants. La France, elle, contrôle ses marges budgétaires et demande aux raffineurs s’ils peuvent « augmenter rapidement leur production » — une marge de manœuvre que les industriels eux-mêmes chiffrent à 10 % maximum de leur capacité, soit quelques milliers de tonnes supplémentaires par mois dans le meilleur des cas.
Pendant ce temps, selon la fédération régionale des transporteurs en Nouvelle-Aquitaine, trois quarts des professionnels du secteur déclareraient déjà des difficultés de trésorerie depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Certains immobiliseraient des camions, rationneraient les pleins, interdiraient les retours à vide. D’autres regardent leurs concurrents espagnols et italiens, subventionnés, capter des marchés sur le territoire français lui-même.
« Sans décisions rapides, les actions se durciront »
FranceRoutes rapporte que l’OTRE AURA prévient : la mobilisation du 28 mars n’est qu’un avertissement. « Faute de mesures rapides, fortes et adaptées, les actions se durciront », écrit l’organisation, qui dit rester disponible pour un dialogue « mais attend désormais des décisions concrètes et à la hauteur des enjeux. » La convergence se dessine également au-delà du transport routier : taxis, pêcheurs, agriculteurs — tous frappés par la même flambée, tous repoussés par le même gouvernement avec les mêmes reports de charges. Sébastien Lecornu a découvert que gérer une crise énergétique avec un cadre budgétaire contraint, c’est comme livrer un camion sans gazole. Ça ne roule pas et le moteur peut s’embraser.
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