OAT 10 ans à 3,81 % : la France paie cash cinquante ans de dette

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Ce lundi 23 mars 2026, à 8h20 heure de Paris, le taux de l’OAT française à dix ans a atteint 3,81 % en séance. Plus haut niveau depuis juillet 2009 — dix-sept ans. Pendant que les communicants de Bercy peaufinent leurs éléments de langage sur la «trajectoire de redressement», les marchés financiers ont rendu leur verdict sans prendre de gants.

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La cause immédiate est la guerre. Les frappes israélo-américaines contre l’Iran lancées le 28 février ont fait exploser le Brent au-delà de 119 dollars le baril à son pic, réveillé les anticipations d’inflation en zone euro et forcé la BCE à réviser à la hausse ses prévisions de prix tout en abaissant ses projections de croissance. Les marchés intègrent désormais au moins deux hausses de taux de la BCE d’ici la fin de l’année. Le mouvement est européen : le rendement britannique à dix ans a atteint un plus haut depuis 2008 vendredi, le Bund allemand a franchi les 3 % la semaine dernière, à 3,06 % ce lundi. Mais la France, elle, arrive à cette tempête dans un état de délabrement budgétaire qui n’autorise aucune marge d’erreur.

Les chiffres sont ceux de l’INSEE et de la DGFiP, pas de Putsch. La dette publique française s’établissait à 117,4 % du PIB au troisième trimestre 2025 — source INSEE, publication officielle de novembre 2025. Le déficit public a atteint 5,4 % du PIB en 2025 selon les données définitives de la Direction générale des finances publiques, confirmées par la loi de finances de fin de gestion du 8 décembre 2025. Cela représente 50 000 euros de dette par Français — chiffre cité par le Premier ministre François Bayrou lui-même dans sa conférence de presse d’avril 2025. La France n’a pas présenté un seul budget à l’équilibre depuis 1974 — cinquante-deux ans de déficits ininterrompus, traversant droite et gauche, cohabitations et majorités absolues.

Ce que la hausse du taux à 3,81 % signifie concrètement : l’Agence France Trésor doit lever 310 milliards d’euros nets d’émissions à moyen et long terme en 2026, selon son programme de financement officiel publié le 30 décembre 2025. Besoin de financement total de l’État : 305,7 milliards d’euros. Ces obligations sont souscrites à des taux désormais voisins de 3,16 % en moyenne pondérée sur les émissions 2025 — contre 1,3 % de taux apparent fin 2020, quand les gouvernements successifs se flattaient de s’endetter «gratuitement». La charge budgétaire de la dette atteignait déjà 52 milliards d’euros en 2025 selon l’AFT — et la remontée des taux de ce début 2026 ne fera qu’alourdir la facture pour les contribuables. Chaque point de base supplémentaire sur l’OAT à dix ans se traduit mécaniquement par des centaines de millions d’euros de charge supplémentaire à chaque renouvellement.

Le spread entre l’OAT française et le Bund allemand — prime de risque que les investisseurs exigent pour prêter à Paris plutôt qu’à Berlin — dépasse désormais les 70 points de base, contre moins de 40 en début 2022. Résultat d’une dégradation continue que deux agences de notation ont sanctionnée en cascade : Fitch a abaissé la note souveraine française à A+ en septembre 2025, S&P Global l’a suivie en octobre. Deux agences en deux mois — ce n’est pas un incident de parcours, c’est un diagnostic. Standard & Poor’s projette une dette française à 121 % du PIB en 2028 si la trajectoire actuelle n’est pas inversée. La France emprunte aujourd’hui plus cher que l’Espagne, plus cher que le Portugal. Sur certaines maturités, plus cher que la Grèce — la même Grèce dont la France s’était jadis portée garante au plus fort de la crise de 2010.

Ce que la guerre au Moyen-Orient révèle avec brutalité, c’est que la France a dilapidé le seul vrai bouclier dont elle disposait : sa souveraineté énergétique. Un parc nucléaire sans équivalent en Europe occidentale, méthodiquement affaibli depuis vingt ans — fermeture de Fessenheim en 2020, retards accumulés dans l’EPR, dépendance accrue au gaz pour les capacités de pointe — aurait dû faire de la France le pays le plus protégé du continent face à un choc pétrolier. À la place, quand le Brent flambe à 120 dollars, Paris brûle avec le reste, sans l’avantage compétitif que sa géologie lui permettait de conserver.

La mécanique qui se met en place est celle que les économistes appellent l’effet boule de neige : quand le taux d’intérêt apparent de la dette dépasse le taux de croissance nominale de l’économie, la dette augmente automatiquement, même si le gouvernement ne dépense pas un euro de plus. La Caisse des Dépôts l’a documenté dans son analyse des perspectives 2026, l’OFCE dans ses travaux de juillet 2025 : la France est entrée dans cette zone dangereuse. Le gouvernement de François Bayrou a fixé un objectif de ramener le déficit à 4,6 % en 2026 et sous les 3 % en 2029 — objectifs que les marchés n’ont manifestement pas pris pour argent comptant ce matin.

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, avait alerté en début d’année sur le risque d’«étouffement» si les déficits n’étaient pas réduits. Le mot venait du premier banquier central du pays, institution dont la retenue est constitutive de la fonction. Il n’a pas été entendu.

À 3,81 % sur le dix ans, avec une BCE qui envisage de relever ses taux, une guerre qui maintient la pression inflationniste, un programme d’émissions de 310 milliards d’euros et un spread qui continue de s’écarter, la France n’a plus de matelas. Bercy peut lire cet article. Les chiffres viennent de l’INSEE, de la DGFiP, de l’Agence France Trésor et de la Banque de France. Ce sont les leurs.

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