Mercosur au 1er mai : Ursula Von der Leyen roule définitivement sur l’agriculture française
Ce lundi 23 mars, la Commission européenne a annoncé que l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur — Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay — entrera en application provisoire à partir du 1er mai. La nouvelle est arrivée par la voie la plus froide qui soit : un communiqué publié sur le site de l’exécutif européen, aussi sec qu’une note verbale diplomatique. Ce qui est d’ailleurs exactement ce que Bruxelles a envoyé au Paraguay, gardien légal des traités du Mercosur, pour déclencher la procédure.
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Je m'abonne maintenant →Vingt-cinq ans de négociations. Un Parlement européen qui a voté, le 21 janvier, à 334 voix contre 324, pour saisir la Cour de justice de l’Union européenne afin de vérifier la légalité du texte. Une procédure judiciaire en cours dont personne ne connaît l’issue, et qui prendra entre douze et dix-huit mois. Et pendant que la CJUE étudie le dossier, Ursula von der Leyen décide d’appliquer quand même l’accord. Provisoirement, dit-elle. La nuance est juridique. L’effet, lui, est immédiat : dès le 1er mai, les droits de douane sur certains produits tombent, les filières agricoles européennes se retrouvent exposées à la concurrence des viandes bovines, volailles, sucre, riz, miel et soja sud-américains produits dans des conditions que l’Europe n’autoriserait jamais sur son propre sol.
La manœuvre est légale — c’est l’article 218 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne qui la permet — mais elle n’est pas anodine. La Commission a utilisé la même architecture juridique avec le CETA canado-européen en 2017 : appliquer provisoirement les volets relevant exclusivement de sa compétence, sans attendre ni le vote du Parlement européen ni la ratification des parlements nationaux. Concrètement, pour que l’accord entre pleinement en vigueur dans son intégralité, il faudrait encore l’aval des eurodéputés — qui y sont majoritairement hostiles — et des parlements des 27 États membres. Autant dire que Bruxelles a décidé de ne pas prendre ce risque et de verrouiller la mécanique commerciale avant que la démocratie représentative ne vienne contrarier les plans.
La réaction française a été immédiate. Le 27 février, quand Ursula von der Leyen avait annoncé le lancement de la procédure d’application provisoire après les ratifications de l’Uruguay et de l’Argentine, Emmanuel Macron avait bruyamment dénoncé « une mauvaise surprise » et « une mauvaise manière » pour le Parlement européen. « La Commission européenne a fait le choix unilatéral d’appliquer provisoirement l’accord avec le Mercosur, alors même que le Parlement européen ne l’a pas voté. Elle assume ainsi une très lourde responsabilité », avait-il tonné. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, révélait au passage que la ministre de l’Agriculture Annie Genevard n’avait même pas été prévenue avant l’annonce. Pierrick Horel, président des Jeunes Agriculteurs, décrivait une « insulte aux institutions démocratiques ». Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA, parlait de « déni de démocratie » alors que la Coordination rurale avait déjà dénoncé l’horreur absolu pour l’agriculture française si l’accord devait être adopté et mis en place.

Sauf que ces grandes indignations sonnent creux quand on remonte le fil du dossier. Le 6 novembre 2025, à Belém, en marge du sommet précédant la COP30, Emmanuel Macron déclarait aux journalistes qu’il était « plutôt positif » sur la possibilité d’accepter le traité. Quatre mots qui ont déclenché une fureur immédiate du monde agricole français — « trahison », « reniement total », « affront » — et qui ont, selon plusieurs analystes, constitué le signal politique dont Bruxelles avait besoin pour avancer. Selon l’économiste Maxime Combes, le texte présenté par la Commission en septembre 2025 « n’avait pas bougé d’une seule ligne » par rapport à celui que la France jugeait « inacceptable » quelques mois plus tôt. Et selon Jean-Louis Bourlanges, ancien président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale, la France « n’a jamais fait aucune préconisation sérieuse et écrite » pour bloquer l’accord à Bruxelles, et n’a pas réussi — ni vraiment essayé — à constituer une minorité de blocage avec la Pologne, la Hongrie et l’Autriche. Le 9 janvier 2026, lors du vote du Conseil de l’UE à la majorité qualifiée, la France a voté contre, rejointe par la Pologne, l’Autriche, la Hongrie et l’Irlande. Insuffisant. L’accord est passé.
Depuis, le scénario se répète. Paris se défile, Bruxelles avance. Ce lundi, avec l’annonce de la date du 1er mai, l’étape suivante est actée. L’Assemblée nationale avait voté à 98 % une résolution non contraignante contre l’accord en novembre. Le Sénat avait suivi à l’unanimité. Aucun des deux textes n’avait la moindre valeur juridique contraignante. La ministre Annie Genevard dénonçait ce lundi une décision « pas conforme au respect qui aurait dû prévaloir de la décision du Parlement européen ». Le commissaire au Commerce Maroš Šefčovič, lui, parlait d' »étape importante pour démontrer notre crédibilité en tant que partenaire commercial majeur ».
La crédibilité de qui, exactement ? D’une Commission qui court-circuite le contrôle parlementaire pour accélérer la libéralisation commerciale pendant que les agriculteurs européens sont légalement contraints à des normes environnementales et sanitaires que leurs concurrents sud-américains ignorent. Les importations d’aloyaux du Mercosur arrivent déjà en Europe à des coûts inférieurs de 18 à 32 % aux prix européens, selon l’Institut de l’élevage. Le soja brésilien peut contenir des OGM et être traité à l’herbicide Glufosinate, interdit en Europe depuis 2018. Les clauses de sauvegarde négociées ne seront déclenchables qu’une fois les dommages constatés — et selon des critères jugés inatteignables par les organisations agricoles françaises et européennes.
Le théâtre continue. Le prochain acte aura lieu devant la Cour de justice de l’Union européenne, dans douze à dix-huit mois. D’ici là, les droits de douane auront commencé à tomber.
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