(Vidéo) Benjamin Haddad ministre de l’Europe ne sait pas placer l’Iran sur une carte
Un journaliste de Quotidien a tendu le piège le plus simple du monde à des eurodéputés et un ministre français : situer l’Iran sur une carte. Le résultat est une catastrophe démocratique servie à température ambiante. Il fallait y penser. Mardi dernier, au Parlement européen à Strasbourg — en pleine session plénière consacrée, tenez-vous bien, aux frappes américano-israéliennes sur l’Iran — un journaliste de l’émission diffusée sur TMC a eu l’idée cruelle de planter une carte devant des élus triés sur le volet et de leur poser une question d’une redoutable simplicité : c’est où, l’Iran ?
La réponse collective à cette question aurait dû rester confidentielle. Elle a été diffusée vendredi 13 mars. Autant dire que certains auraient préféré que ce soit un vendredi quelconque.
Un ministre, une carte, et le détroit de trop
Commençons par le moins pire, ce qui donne une idée de l’étalon utilisé ici. Un ministre de l’Europe — dont le poste implique, en théorie, une certaine familiarité avec la géographie mondiale — s’en tire avec un demi-point. Son exploit ? Avoir localisé correctement le détroit d’Hormuz. L’Iran lui-même, en revanche, restait terra incognita. Demi-point, donc. Générosité de notre part.
Passons à Fabienne Keller, ex-maire de Strasbourg et eurodéputée. La ville où elle a été élue trône au bord du Rhin, à deux pas de l’Allemagne, dans ce qu’on appelle communément l’Europe. L’exercice de géographie internationale s’avère néanmoins périlleux : dans un premier élan, elle désigne la Turquie. Rattrapée in extremis par ses propres neurones, elle corrige. On respire.
La Bulgarie, l’Afghanistan, l’Arabie Saoudite — mais pas l’Iran
C’est là que le bât blesse vraiment, et fort. Marie Toussaint, tête de liste des écologistes aux dernières européennes, hésite longuement entre plusieurs pays du Moyen-Orient avant de pointer, avec la conviction d’une élève au tableau noir qui n’a pas révisé, vers… l’Afghanistan. « C’est par là quoi, quelque part par là », conclut-elle, philosophe. On notera que le Pakistan et l’Afghanistan sont à environ deux mille kilomètres de Téhéran. Mais bon, dans le monde vert, on ne compte pas en kilomètres.
Un autre parlementaire — anonyme au moment du tournage, visiblement vacciné contre la honte — pointe la Bulgarie. La Bulgarie. Un pays qui est membre de l’Union européenne depuis 2007, solidement installé en Europe du Sud-Est, à des milliers de kilomètres du golfe Persique. On se demande sincèrement ce qu’il vote quand les textes sur la politique étrangère arrivent en session.
Le clou du spectacle appartient à David Cormand, eurodéputé écologiste depuis maintenant sept ans, doigt bien assuré sur la carte… direction l’Arabie Saoudite. Interrogé ensuite sur ce naufrage collectif, il livre une réponse qui mérite d’être gravée dans le marbre de toutes les antichambres parlementaires : « On n’a pas la science infuse. On fait ce qu’on peut. Il y a beaucoup de sujets sur lesquels on doit apprendre. On n’est pas des encyclopédies sur pattes. »
Non. Évidemment. Personne ne demande à David Cormand d’être une encyclopédie sur pattes. On lui demande simplement de savoir où se trouve le pays au sujet duquel il vient de voter, dans la même journée, une résolution parlementaire engageant la position officielle de l’Union européenne.
Incapables de situer l’Iran sur une carte, mais toujours prêts à donner des leçons de patriotisme aux Iraniens sur leur propre pays.
Merci, chers députés français. 👏👏
pic.twitter.com/ycKzPIQTYh— Mahnaz Shirali | مهناز شیرالی (@MahnazShirali) March 14, 2026
La démocratie représentative a un problème de géographie
Ce qui rend cette séquence proprement sidérante, c’est son contexte immédiat. L’Iran n’est pas un sujet périphérique surgi dans l’actualité par hasard. Depuis plusieurs semaines, le pays est au cœur d’une crise militaire majeure impliquant Israël et les États-Unis, avec des répercussions directes sur les marchés pétroliers, les équilibres régionaux et la sécurité internationale. Les chaînes d’info en continu n’ont quasiment parlé que de ça. Les journaux aussi. Et le Parlement européen, ce même mardi, tenait une séance plénière entièrement dédiée à ce sujet.
Quelques eurodéputés s’en sont bien tirés — Manon Aubry (LFI), François-Xavier Bellamy (LR), Raphaël Glucksmann (Place Publique), Jordan Bardella (RN) et Nathalie Loiseau (Horizons) ont localisé l’Iran sans trébucher. Preuve que l’exercice n’était pas impossible. Preuve aussi qu’il n’était manifestement pas universel.
On ne parle pas ici d’une question piège sur les sous-préfectures albanaises ou les frontières exactes du Bhoutan. On parle de l’Iran. Un État de 88 millions d’habitants, première puissance chiite mondiale, producteur majeur d’hydrocarbures, dont la politique extérieure façonne le Moyen-Orient depuis cinquante ans et dont les milices armées agissent au Liban, en Irak, au Yémen et en Syrie.
L’incompétence comme argument de défense
Ce qui choque peut-être encore plus que les erreurs elles-mêmes, c’est l’aisance avec laquelle certains les assument. David Cormand ne rougit pas, ne bafouille pas, n’esquisse pas l’ombre d’une gêne. Il explique. Il contextualise. Il relativise. Comme si ne pas savoir où se trouve l’Iran était une position défendable pour quelqu’un qui siège depuis sept ans dans l’institution censée peser sur la politique étrangère européenne.
C’est là, finalement, que réside le vrai problème. Pas dans l’ignorance elle-même — tout le monde a ses lacunes. Mais dans la sérénité absolue avec laquelle elle est revendiquée comme une fatalité acceptable. On fait ce qu’on peut. Voilà le niveau d’exigence que ces gens s’appliquent à eux-mêmes, à nos frais, avec nos mandats.
La prochaine fois qu’un eurodéputé vous explique avec gravité les enjeux géopolitiques du golfe Persique depuis les dorures de l’hémicycle strasbourgeois, pensez à cette carte. Et à son doigt pointé vers la Bulgarie.