Pétrole à 117 dollars : le monde entre en territoire inconnu

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Dans la nuit de dimanche à lundi, le baril de WTI a franchi les 100 dollars pour la première fois depuis juillet 2022, avant de grimper jusqu’à 111,24 dollars. Le Brent atteignait 116,87 dollars ce matin selon les données Bloomberg. En une seule journée, la hausse dépasse 26% — potentiellement la plus forte depuis la création des contrats à terme sur le pétrole dans les années 1980. Depuis le début de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran le 28 février, le WTI a progressé de près de 60%. Pendant ce temps, Donald Trump qualifie ça de « tout petit prix à payer ». Ça ne lui coûte rien à dire.

Vers 00h40, heure de Paris, la barre symbolique des 100 dollars a été franchie. Le WTI bondissait de 16,64% à 106,03 dollars le baril pour livraison en avril, avant de monter jusqu’à 111,24 dollars. En trading asiatique, le Brent atteignait 112,40 dollars selon le Financial Times, avant de continuer sa course vers 116,87 dollars, comme le documentait Jim Bianco, fondateur de Bianco Research, graphique Bloomberg à l’appui. La hausse journalière du Brent atteignait +26,09%.

Ce chiffre a une signification historique précise. Jim Bianco l’a formulé sans détour : si ces niveaux tiennent jusqu’à la clôture de lundi après-midi, ce 9 mars 2026 sera la plus forte hausse en une seule journée de l’histoire du commerce des contrats à terme sur le pétrole brut, depuis leur création dans les années 1980. La seule comparaison possible en pourcentage ? Le 2 avril 2020, à +21,02%, rebond technique après l’effondrement Covid. Là on est à +26,09%, en pleine guerre.

Le contexte de la semaine précédente donnait déjà le vertige : le WTI avait progressé de 36% et le Brent de 28% en cinq jours. L’Associated Press résume : depuis le début de l’offensive américano-israélienne le 28 février, le WTI s’est apprécié de près de 60%, du jamais-vu sur une période aussi courte. Même l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui avait vu le baril grimper jusqu’à 130,50 dollars début mars 2022, n’avait pas déclenché de mouvement aussi violent en si peu de jours. Le Brent clôturait vendredi à 92,69 dollars, le WTI à 90,90 dollars. En quarante-huit heures, tout a été bouleversé.

Les nouvelles du week-end ont achevé de convaincre les opérateurs qu’aucune sortie de crise n’est proche. Le Bahreïn a accusé l’Iran de frapper une usine de dessalement vitale pour l’approvisionnement en eau potable du pays. Les dépôts pétroliers de Téhéran fumaient toujours après des frappes israéliennes nocturnes. Et ce lundi matin, l’Iran a nommé Mojtaba Khamenei — fils du Guide suprême Ali Khamenei — pour succéder à son père à la tête du régime. Ce n’est pas un signe d’apaisement. C’est la radicalisation du pouvoir en plein conflit. Jim Cramer, présentateur de Mad Money sur CNBC, a tranché sur X : « I don’t see a path to de-escalation. » Le Wall Street Journal titrait en une : « A Long-Feared Gulf Oil Squeeze Begins to Hit the Global Economy », précisant que le trafic dans le détroit d’Ormuz connaît sa pire perturbation depuis les années 1970.

Ce n’est pas que le pétrole. The Maverick of Wall Street a publié les chiffres de hausse des matières premières depuis le début de l’année : l’urée, engrais de base pour l’agriculture mondiale, a bondi de 59%. L’huile de soja de 36%. Le blé de 20,5%. Le canola de 20%. Le soja de 15%. Le fromage de 14,5%. L’avoine de 13%. Le riz de 11%. Le maïs de 2%. Conclusion : le retour de l’inflation va faire éclater la bulle boursière et précipiter l’économie mondiale dans une profonde récession. Ce tableau ne concerne pas que les salles de marché de Chicago. Il concerne le prix du pain, de la viande et des pâtes dans les supermarchés français d’ici six à dix semaines.

L’Europe se retrouve dans une position particulièrement exposée. Depuis 2022, elle s’était défaite de sa dépendance au gaz russe en se tournant massivement vers le GNL américain, devenu son premier fournisseur avec près de 58% de ses importations totales de GNL selon les chiffres du Conseil de l’Union européenne. Le problème : les terminaux d’exportation américains fonctionnent déjà à 94% de leur capacité maximale selon la banque Bernstein, laissant très peu de marge pour augmenter les livraisons en urgence. Quant au GNL qatari, qui ne représentait déjà que 8% des importations européennes en 2025, les perturbations autour du détroit d’Ormuz ont déclenché de fortes hausses du prix du gaz, avec la référence européenne TTF atteignant environ 16 dollars par million de BTU. La diversification post-Ukraine a simplement déplacé la vulnérabilité sans l’éradiquer.

Donald Trump, lui, a choisi l’option fanfaronnade. Sur Truth Social, il a qualifié cette flambée historique de « tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des États-Unis et du monde », assurant que les prix allaient « rapidement chuter lorsque la destruction de la menace nucléaire iranienne sera achevée. » Pour ceux qui doutent : « Il n’y a que les imbéciles pour penser autrement ! » La semaine dernière, avec un Brent à 91 dollars, le diesel avait déjà franchi les 2 euros le litre dans certaines stations françaises. Avec un Brent à 116 dollars ce matin, la projection est arithmétique. Le gouvernement Lecornu a promis 500 contrôles dans les stations-service. Une opération de communication qui ne fera pas descendre d’un centime le cours du brut à Chicago, ni soulager d’un euro les ménages français qui n’ont pas le luxe de choisir leur mode de transport.

La prochaine frontière : 130,50 dollars. Le record absolu de mars 2022. On n’en est plus très loin. Et personne, nulle part, ne voit de chemin vers la désescalade.

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