La pétition de soutien pour Charles Alloncle contre l’audiovisuel public qui dérange

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Il y a une forme de génie propre au microcosme médiatico-culturel parisien : dès qu’on lui pose des questions gênantes, il crie à l’Inquisition. La commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public n’aura pas dérogé à la règle. Depuis l’automne 2025, le rapporteur Charles Alloncle, député UDR de l’Hérault, s’échine à interroger sans gants une institution financée par les deniers publics sur ses financements, ses conflits d’intérêts et ses biais éditoriaux. Résultat : une levée de boucliers spectaculaire, et une pétition qui, en retour, commence à gronder sérieusement.

La tribune des bien-nourris

Le 10 février 2026, Le Monde publie une tribune signée par plus de trois cents personnalités du monde de la culture et des médias. Initiée par Fabienne Servan-Schreiber, productrice et présidente de Cinétévé — société dont l’audiovisuel public est justement un client régulier, détail que les intéressés omettent soigneusement de mentionner — le texte dénonce les méthodes du rapporteur, qualifiées d’«inquisitoriales, diffamatoires et menaçantes». Charles Alloncle y est décrit, sans rire, comme un «petit McCarthy». Les procès de Moscou sont convoqués.

Il faut avoir une sérieuse capacité de retournement rhétorique pour transformer un député qui fait son travail de contrôle parlementaire en tortionnaire idéologique. Mais la caste a ses talents, et l’indignation sélective est le premier d’entre eux.

Quand un collègue lâche «on va te régler»

Les travaux de la commission ont été émaillés d’incidents révélateurs. Le 4 février, le président de l’instance Jérémie Patrier-Leitus suspend une audition après que Charles Alloncle a évoqué des liens entre son collègue et le groupe Mediawan — ce même groupe fondé par Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton, producteur de C à vous et C dans l’air, qui sera auditionné le 26 février dans une atmosphère explosive.

Ce jour-là, c’est le député MoDem Erwan Balanant qui franchit un cap. En quittant la salle après sa question, il lâche à l’adresse du rapporteur, devant témoins : «T’inquiète, on va te régler.» Charles Alloncle dénonce publiquement des «menaces» et des «intimidations parfaitement inacceptables dans le cadre de travaux parlementaires», exige des sanctions et parle de «comportements de voyous». Erwan Balanant expliquera ensuite qu’il visait le rapport, pas l’homme — la partie inaudible de la phrase étant, selon lui, «le sort de ton rapport». Chacun appréciera la nuance.

La contre-offensive citoyenne

Face à la pression de la caste, une contre-mobilisation s’est organisée. Le 1er mars 2026, une trentaine de personnalités publient une tribune dans le JDD à l’initiative du producteur Éric Morillot, animateur des Incorrectibles. Le texte rappelle un principe constitutionnel élémentaire : l’article 24 de la Constitution confie au Parlement le contrôle de l’action du gouvernement et l’évaluation des politiques publiques. L’audiovisuel public étant financé par l’impôt, il entre pleinement dans ce périmètre. Aucune institution, aussi essentielle soit-elle, ne peut se soustraire au regard du Parlement.

Parmi les signataires : Nicolas Dupont-Aignan, Michel Onfray, Luc Ferry, Philippe de Villiers, Éric Zemmour, Sarah Knafo, Gilles-William Goldnadel, Ivan Rioufol — un casting suffisamment hétéroclite pour ne pas être réduit à un alignement partisan, même si les gardiens du temple s’y emploieront.

La tribune a depuis donné naissance à une pétition sur Change.org. En quelques jours, elle a dépassé les cinq mille signatures — et au rythme des nouveaux signataires, le chiffre continue de grimper pendant que vous lisez ces lignes.

Le rapport menacé d’enterrement

L’enjeu réel de toute cette agitation est simple : empêcher la publication du rapport final. Charles Alloncle doit remettre ses conclusions au plus tard le 28 avril 2026. Pour qu’elles soient rendues publiques, une majorité des 31 membres de la commission doit voter en faveur. Mathématiquement, le bloc allant des socialistes aux centristes en passant par La France insoumise dispose des voix nécessaires pour enterrer le document. Et plusieurs élus ne s’en cachent pas — même s’ils redoutent, pour certains, de faire de Charles Alloncle un martyr commode.

Ce serait une censure parlementaire d’une rare brutalité : un rapport commandé par le Parlement, conduit pendant des mois, archivé dans le secret du huis clos, inaccessible pendant vingt-cinq ans sous peine d’un an de prison pour quiconque en divulguerait le contenu.

Voilà ce que la tribune des bien-pensants cherche, in fine, à couvrir. Non pas la défense de la liberté de la presse, mais la protection d’un système où une institution publique, grassement financée par le contribuable, entend rester au-dessus des questions.

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