Le carburant bientôt à 3€ le litre ? L’État vous pompe 1,20€ par litre
Pendant que la porte-parole du gouvernement tente de rassurer avec ses histoires de « quelques centimes », les automobilistes français, eux, font leurs calculs. Et les calculs, ils sont brutaux.
Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes, était l’invité des Grandes Gueules sur RMC ce vendredi matin. Il a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, avec la franchise de quelqu’un qui n’a pas de carrière politique à ménager : oubliez les 2 euros, le vrai cap à venir, c’est 3 euros le litre. « Il faut arrêter avec le 2 euros. Quand j’entends la porte-parole du gouvernement nous parler de 2 euros, elle est à côté de la plaque encore, c’est 3« , a-t-il lâché, sans circonlocutions.
1,20 € par litre. Pour l’État.
Ce qui rend la saillie de Pierre Chasseray particulièrement cinglante, ce n’est pas la prévision — aussi alarmante soit-elle — c’est l’explication qui va avec. « Le gouvernement pompe, le mot est très approprié, qui pompe aujourd’hui plus d’un euro vingt sur votre litre de carburant. » Plus d’un euro vingt. Sur un litre. Avant même d’additionner la TVA, qui s’applique sur la totalité du prix TTC — y compris sur les taxes déjà existantes. Une taxe sur les taxes, donc. Le génie fiscal français à l’œuvre.
Et quand le prix à la pompe dépasse les 2,40 €, comme c’est déjà le cas dans certaines zones ou sur autoroute, la mécanique devient franchement obscène. La TVA calculée sur un prix déjà gonflé aux stéroïdes fiscaux, ça donne au final ce que Pierre Chasseray appelle sans détour « un massacre fiscal sur les Français qui vont bosser. » Difficile de trouver une formulation plus précise.
De 25 à 43 milliards : la progression silencieuse du hold-up
Pour mesurer l’ampleur du pillage, Pierre Chasseray a sorti les chiffres sur la table. Sous Nicolas Sarkozy, la taxe annuelle sur les carburants représentait environ 25 milliards d’euros. Aujourd’hui, on est à 42 ou 43 milliards. Soit une progression de près de 70 % en quinze ans. Pas de miracle là-dedans : pas de croissance économique exceptionnelle, pas d’envolée de la consommation. Juste des gouvernements successifs qui ont pris l’automobiliste pour un distributeur automatique, discret et non syndiqué.
Et ce n’est pas fini. Depuis le 1er janvier 2026, les Certificats d’économie d’énergie (CEE) ont été renforcés, ajoutant mécaniquement 5 à 6 centimes par litre supplémentaires. Une décision réglementaire signée dans le silence des couloirs de Bercy, sans débat, sans vote, sans que personne ne vienne l’assumer à la télévision. La Cour des comptes elle-même a qualifié cette contribution de « quasi-taxe » sur la consommation d’énergie.
Tout le monde a une idée, personne ne fait rien
Sur le plateau de RMC, Pierre Chasseray a aussi mis le doigt sur l’hypocrisie parlementaire qui entoure la question de la TVA sur les carburants. « Tout le monde a une idée sur la TVA et au final personne ne fait rien. Personne ne veut voter la mesure de l’autre. » La mécanique est connue : quand une proposition vient du Rassemblement national, elle est enterrée avant même d’avoir été lue. Quand elle vient d’un autre bord, les mêmes qui l’auraient votée hier votent contre aujourd’hui. Et pendant ce temps, le litre grimpe. Pierre Chasseray a résumé la situation avec une netteté désarmante : « Quand il y a une idée, si elle arrive du RN, même si elle est bonne, on ne l’écoute pas. » Le délégué général de 40 millions de consommateurs pointe quelque chose de bien plus grave : les Français crèvent sous les taxes pendant que leurs représentants jouent à la politique politicienne.
Et si ça ne change pas ?
Sans réaction du gouvernement, Pierre Chasseray anticipe un baril poussé par les tensions géopolitiques — le conflit au Moyen-Orient fait déjà grimper le Brent à plus de 82 dollars, contre 70 fin février — et une fiscalité qui ne bougera pas d’un iota. Résultat : les prix pourraient dépasser les 2 euros dans les prochaines semaines dans la plupart des stations, et frôler les 3 euros dans certains scénarios de blocage durable du détroit d’Ormuz. Pour rappel : au 4 mars 2026, le SP95 s’affichait déjà en moyenne à 1,817 € le litre. Le gazole, à 1,818 €. La hausse de ces derniers jours n’est pas anecdotique — entre le 1er et le 3 mars, le sans-plomb 95 est passé de 1,772 € à 1,813 €, et le diesel de 1,722 € à 1,805 €. Soit une envolée de près de 5 centimes en 72 heures.
La révolte, option nucléaire
Sur le plateau, Barbara Lefebvre a franchi un cap supplémentaire en appelant à « une immense grève de la déclaration des impôts en avril » et à « un mouvement citoyen qui dit : on ne paye plus. » La formule est radicale. Elle dit quelque chose de réel : une partie des Français en a assez de se faire plumer méthodiquement par un État qui prélève plus d’un euro vingt sur chaque litre de carburant, qui taxe sa propre taxe, et qui vous répond ensuite que la hausse reste « raisonnable. »
Pierre Chasseray, lui, ne va pas encore jusque-là. Mais sa conclusion est implacable : si rien ne bouge du côté du gouvernement, le litre à 3 euros n’est pas un fantasme de militant. C’est une trajectoire. Et les Français qui prennent leur voiture pour aller travailler — parce qu’ils n’ont pas d’autre choix — paieront, comme toujours, la facture.
⛽️ Hausse des carburants : « Bientôt 3 € le litre »
🎙️ Pierre Chasseray : « S’il ne se passe rien du côté du gouvernement, on va être à 3 € le litre. Le gouvernement pompe 1,20 € sur votre carburant. C’est un massacre fiscal sur les Français qui vont bosser. »#GGRMC pic.twitter.com/GJUakzqKTz
— Les Grandes Gueules (@GG_RMC) March 6, 2026