Affaire Epstein : les Clinton piégés par leurs propres dépositions

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Le House Oversight Committee a publié ce lundi 2 mars les vidéos intégrales des dépositions de Bill Clinton et Hillary Clinton devant le Congrès américain. Plus de neuf heures d’audition sous serment, filmées à huis clos la semaine dernière à Chappaqua, dans l’État de New York. Et le spectacle vaut le détour.

Il aura fallu des mois de bras de fer juridique, une menace de poursuites pour outrage au Congrès et un renoncement de dernière minute à l’audience publique que réclamait initialement le couple pour que les deux témoins les plus attendus de l’enquête sur Jeffrey Epstein finissent par s’asseoir devant les parlementaires républicains. Le résultat est à la hauteur de l’attente : un festival de dénégations calibrées, de colères froides et de scènes sidérantes qui en disent plus long que n’importe quel communiqué officiel.

Bill Clinton : le vieux renard aux mains tremblantes

L’ancien président a ouvert le bal vendredi 27 février. Visiblement diminué, les mains agitées de tremblements, Bill Clinton a déroulé sa ligne de défense avec la discipline d’un ancien chef d’Etat. Son mantra : il n’a rien vu, rien su, rien fait de répréhensible. Jeffrey Epstein ? Une « brève connaissance » dont il a coupé les ponts avant la première condamnation en 2008. Les voyages en avion privé ? Du travail humanitaire pour la Clinton Foundation. Les photos dans un jacuzzi retrouvées dans les fichiers du ministère de la Justice ? Il ignorait qu’on le photographiait et jure n’avoir eu aucune activité sexuelle avec les personnes présentes.

 

C’est la représentante Anna Paulina Luna qui a poussé Bill Clinton dans ses retranchements les plus inconfortables. Interrogé sur Chauntae Davies, l’une des « hôtesses de vol » d’Epstein présente lors d’un voyage en Afrique en 2002, l’ancien président a concédé avoir reçu un massage dorsal, tout en ajoutant prudemment qu’il n’était « pas sûr » de l’identité de la masseuse. Sur l’île d’Epstein ? Jamais mis les pieds. Sur Virginia Giuffre, qui a pourtant témoigné l’avoir vu sur place avec deux jeunes filles ? « Non. » Trois lettres, aucune hésitation. Circulez.

Le moment le plus surréaliste survient lorsqu’on lui présente d’anciennes photos d’Epstein. Bill Clinton les parcourt avec un sourire nostalgique, hochant la tête — jusqu’à ce que son avocate, visiblement alarmée, lui arrache les documents des mains. Un détail qui n’a pas échappé aux réseaux sociaux, où la séquence cumule déjà des millions de vues.

Autre aveu savoureux : Bill Clinton a reconnu avoir été « beaucoup plus proche de Ghislaine Maxwell que de Jeffrey Epstein », précisant que cette proximité tenait à l’amitié de Maxwell avec les Rothschild, famille dont l’ancien président se dit « proche ». On ne se refait pas.

 

Hillary Clinton : la fureur et le déni

L’ancienne secrétaire d’État, auditionnée la veille, a offert un spectacle d’un tout autre registre. Hillary Clinton a joué la carte de l’indignation permanente, alternant refus de répondre et éclats de voix face aux républicaines Nancy Mace et Lauren Boebert.

L’échange le plus explosif concerne Howard Lutnick, l’actuel secrétaire au Commerce de Donald Trump et ancien patron de Cantor Fitzgerald. Nancy Mace a brandi un e-mail dans lequel Lutnick invitait Jeffrey Epstein et son entourage à un « événement intime » de levée de fonds au profit d’Hillary Clinton dans les bureaux de Cantor Fitzgerald, en novembre 2015, pour la campagne présidentielle. L’équipe Clinton avait nié l’existence de cet échange. Face à la preuve, Hillary Clinton a contre-attaqué en invoquant le 11-Septembre, rappelant que les 650 employés de Cantor Fitzgerald assassinés ce jour-là étaient la raison pour laquelle elle connaissait Lutnick. Noble esquive, mais qui ne répond pas à la question.

La tension a atteint son paroxysme quand Lauren Boebert a partagé une photo de la déposition avec l’influenceur conservateur Benny Johnson, en violation des règles du comité. Hillary Clinton a tapé sur la table, lancé un cinglant « J’en ai fini avec ça » et menacé de quitter la salle. Elle a fini par revenir, mais l’image était gravée : celle d’une femme qui ne supporte plus d’être questionnée.

Quant au Pizzagate, évoqué sans finesse par Boebert, Hillary Clinton a eu ce mot : « Je m’attendais à beaucoup de questions intéressantes aujourd’hui, mais le Pizzagate ne figurait pas sur ma liste. » Au moins, l’humour reste intact.

Le vrai scandale est ailleurs

Au-delà du psychodrame Clinton, ces dépositions soulèvent une question autrement plus vertigineuse : pourquoi seulement eux ? Le démocrate Ro Khanna a exigé que Donald Trump et Howard Lutnick passent à leur tour devant le comité. Les fichiers Epstein déclassifiés par le ministère de la Justice — plus de trois millions de pages — contiennent des noms, des photos, des e-mails qui touchent bien au-delà du cercle clintonien. Le prince Andrew, récemment arrêté au Royaume-Uni, Lord Peter Mandelson, interrogé dans la foulée, Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor qui a présenté Bill Clinton à Epstein : la liste des proches du prédateur reste longue et la justice, sélective.

Ces neuf heures de vidéo ne sont pas un aboutissement. Elles sont un commencement. La question n’est plus de savoir si les Clinton savaient, mais pourquoi il a fallu attendre 2026 pour les contraindre à répondre sous serment — et combien d’autres puissants se croient encore à l’abri derrière le silence complice des institutions.

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