Moscato allume les influenceurs de Dubaï : « Quelle bande de pompes, ils font honte à la France ! »
Il y a ceux qui planquent leur passeport dans leur soutien-gorge en hurlant « la France, protégez-nous ! ». Et il y a Vincent Moscato. Même galère, même ciel zébré de missiles, mais pas du tout la même partition. L’ancien rugbyman international, bloqué à Dubaï depuis samedi comme 400 000 ressortissants français, vient de servir aux influenceurs installés dans l’émirat le placage le plus sonore de leur carrière numérique. Sa vidéo, postée ce lundi 2 mars sur le compte du Super Moscato Show, a dépassé les 660 000 vues en quelques heures. Le score est sans appel.
Le rugby contre la télé-réalité
Le décor, d’abord. Vincent Moscato apparaît en t-shirt Le Coq Sportif, décontracté sous le soleil émirati, le verbe haut et l’œil malicieux. Autour de lui, ça n’est pas franchement le Club Med. Les frappes iraniennes, lancées en représailles à l’offensive israélo-américaine du 28 février, continuent de secouer la région. Des détonations dans la nuit, un trafic aérien à l’arrêt, Air France qui suspend ses liaisons au moins jusqu’au 4 mars. Bref, personne ne décolle.
Mais là où certains créateurs de contenu français ont transformé leur story Snapchat en scène de « Saving Private Ryan » filmée depuis une terrasse de Palm Jumeirah, Vincent Moscato choisit le calme et la gouaille. « On ne sait pas quand on va rentrer. On ne demande rien au gouvernement. On est là, on va se démerder, on va rentrer avec la blonde tranquille. » Pas de pathos entre deux alertes missiles. Juste un type qui relativise avec sa bonhomie légendaire.
Vincent, bloqué à Dubai, nous donne de ses nouvelles :
🗣 « On ne sait pas quand on va rentrer. On ne demande rien au gouvernement, on est là, on va s’en sortir, on va rentrer tranquille. Les influenceurs qui veulent faire du drama, vous nous faites honte ! » pic.twitter.com/bDG3yL1Emq
— Super Moscato Show (@Moscato_Show) March 2, 2026
« J’ai pas dormi de la nuit » — Et alors ?
C’est ensuite que Vincent Moscato sort les crampons. Et ça fait mal. « Tous les chiasseux, ceux qui se plaignent, ceux qui veulent faire du drama… Quelle bande de pompes ! Je te jure, ils font honte à la France. « J’ai pas dormi de la nuit », ils disent. Mais on s’en cague. Il y a des choses plus importantes dans la vie. Va vendre ton dentifrice ou tes merdes. »
On ne nomme personne ici, mais le portrait-robot est assez précis pour que chacun y mette le visage qu’il veut. Maeva Ghennam, figure des « Marseillais », qui snappe son passeport coincé dans son soutien-gorge en implorant la République qu’elle a fuie fiscalement ? Fidji, autre produit de télé-réalité, qui supplie ses abonnés de « prier pour elle » ? Ou encore ceux qui, entre deux vidéos de missiles, s’acquittent de leur contrat publicitaire pour du shampoing ? Comme l’a résumé la journaliste Emma Férey, autrice d’« Emirage » : « C’est ce décalage qui peut paraître indécent aux yeux du public, de continuer à faire son beurre alors que le monde brûle. »
Dubaï, paradis fiscal, enfer géopolitique
La séquence dépasse le simple clash d’ego entre un ancien talonneur et des vendeurs de filtres Instagram. Elle cristallise une fracture que les Français contemplent avec un mélange de sidération et de jouissance mauvaise. D’un côté, des influenceurs qui ont quitté la France pour ses impôts, sa supposée insécurité, sa « jalousie » — Maeva Ghennam avait elle-même expliqué que « les gens connus se font braquer en France, à Dubaï personne ne nous braque ». De l’autre, les mêmes qui, au premier sifflement de missile, réclament l’intervention consulaire d’un État qu’ils ont allègrement craché dessus.
Tibo InShape, avec ses 26 millions d’abonnés cumulés, avait allumé la mèche dès dimanche avec un tweet devenu viral : « Les influenceurs de Dubaï, finalement on est bien en France, n’est-ce pas ? » La députée européenne Nathalie Loiseau y est allée de son tacle institutionnel, adressant ses « pensées aux équipes de l’ambassade aux Émirats, aux prises avec des Français fragiles, influenceurs de tous calibres mais mal armés pour le monde réel ». Même le porte-parole des sapeurs-pompiers a dégainé : « La sécurité, ça ne se paye pas avec des codes promo. »
Le bon sens à l’accent du sud-ouest
Vincent Moscato, lui, ne cherche pas la punchline politique. Son registre est plus simple, plus charnel, plus efficace. C’est le bon sens du vestiaire appliqué à la géopolitique. On est dans la mouise ? On serre les dents, on pense à ceux qui morflent vraiment — au Liban, en Iran — et on ne transforme pas sa trouille en contenu sponsorisé. « Par respect au peuple iranien, qui était heureux, qui font la fête parce qu’ils sont libérés, on ne peut pas se plaindre », lâche-t-il dans sa vidéo.
Et d’ajouter, fidèle à son personnage : « On ne demande rien à personne. Ni au gouvernement, ni à rien. » Puis il enchaîne sur l’essentiel : l’émission de 15 heures sera assurée depuis Dubaï, le Moscato chaud sur RMC est au programme. Les priorités sont claires.
Le journaliste Guillaume Durand a posé le diagnostic le plus clinique sur X : « Les influenceurs et autres ex-télé-réalités qui chouinent à Dubaï dans la tragédie actuelle, on ne sait même plus à quelle catégorie ça appartient. » On peut tenter une réponse : ça appartient à cette France du vide qui a confondu le nombre d’abonnés avec une forme de légitimité, l’exil fiscal avec la liberté, et les stories Snapchat avec du journalisme de guerre.
Vincent Moscato, lui, appartient à une autre catégorie. Celle des types qui, même bloqués sous les missiles, trouvent le moyen de faire leur émission de radio et d’envoyer un coup de boule verbal à ceux qui le méritent. Comme au bon vieux temps de sa carrière de rugbyman, en somme. Sauf que cette fois, c’est toute la France qui applaudit le plaquage.