UE-Mercosur : Annie Genevard joue les indignées après avoir laissé passer l’accord en force
Ce vendredi 27 février 2026, Ursula von der Leyen a appuyé sur le bouton. L’application provisoire de l’accord UE-Mercosur est lancée, sans attendre que le Parlement européen daigne se prononcer. Et comme à chaque fois que Bruxelles piétine ce qui ressemble de loin à un processus démocratique, le ballet des indignations de façade a commencé. En tête de cortège : Annie Genevard, ministre française de l’Agriculture, qui dénonce avec un aplomb remarquable « un manque de respect » envers les élus européens. On en pleurerait presque. Sauf que personne n’est dupe. Ou plutôt, personne ne devrait l’être.
La surprise la moins surprenante de l’année
L’accord UE-Mercosur traînait sur le bureau de la Commission depuis des décennies. Vingt ans de négociations pour accoucher d’un traité qui ouvre grand les vannes aux importations sud-américaines — viande bovine brésilienne en tête — dans un marché européen déjà saturé. Vingt ans pendant lesquels chaque gouvernement français, de droite comme de gauche, a eu tout le loisir de poser un veto, de bloquer la machine, de taper du poing sur la table à Bruxelles. Résultat ? Rien. Des moulinets, des communiqués, des « lignes rouges » dessinées au crayon à papier et effacées avant même que l’encre ne sèche.
Annie Genevard savait. Elle savait que la Commission avançait ses pions. Elle savait qu’Ursula von der Leyen n’attendrait pas le feu vert du Parlement. Elle savait parce que c’est exactement la mécanique bruxelloise que tout responsable politique français connaît par cœur depuis Maastricht. Feindre la découverte relève soit de l’incompétence crasse, soit du cynisme pur. Dans les deux cas, les agriculteurs français n’ont rien à en tirer.
Les éleveurs, variable d’ajustement du libre-échange
Car pendant que la ministre peaufine ses éléments de langage sur le « respect des institutions », les éleveurs français, eux, voient débarquer sur leurs marchés des tonnes de viande produite à coups d’antibiotiques de croissance, de déforestation amazonienne et de standards sanitaires qui feraient bondir n’importe quel inspecteur vétérinaire européen. La FNSEA a beau parler de « déni total de démocratie », le constat est plus cru : c’est une mise à mort programmée d’un pan entier de l’agriculture française.
Le bœuf brésilien coûte moins cher. Pas parce que les gauchos sont plus efficaces, mais parce qu’on ne leur impose pas les mêmes règles du jeu. Pas de clauses miroirs contraignantes, pas d’alignement réel sur les normes environnementales européennes, pas de traçabilité digne de ce nom. Bruxelles accepte donc d’importer ce qu’elle interdit de produire chez elle. La logique vous échappe ? Normal, il n’y en a pas. Ou plutôt si : celle du marché, toujours le marché, rien que le marché.
Le Parlement européen réduit au rang de potiche
L’aspect le plus sidérant de cette séquence reste le traitement infligé au Parlement européen. L’application provisoire permet à la Commission de mettre en œuvre l’essentiel du volet commercial de l’accord sans attendre la ratification parlementaire. Autrement dit, quand les eurodéputés finiront par voter — s’ils votent un jour — les jeux seront faits. Les flux commerciaux seront établis, les filières réorganisées, les dégâts consommés. Le vote deviendra une formalité cosmétique, un tampon sur un document déjà exécuté.
On nous vend l’Europe comme un temple de la démocratie participative. En réalité, c’est un directoire technocratique où la Commission légifère et le Parlement applaudit. Ou proteste, ce qui revient au même puisque personne ne l’écoute.
Genevard, ou l’art du double jeu
Le plus insupportable dans cette affaire n’est pas l’arrogance de Bruxelles — on la connaît, on la subit, elle est constitutive du projet européen tel qu’il fonctionne réellement. Le plus insupportable, c’est la posture de ceux qui, à Paris, jouent les vierges effarouchées tout en ayant laissé faire. Annie Genevard est ministre de l’Agriculture d’un gouvernement qui siège au Conseil européen. Si la France avait voulu bloquer cet accord, elle en avait des moyens de rétorsions juridiques et politiques. Elle ne l’a pas fait. Point.
Déplorer « un manque de respect » après coup, c’est offrir aux agriculteurs un mouchoir quand ils avaient besoin d’un bouclier et d’un Etat implacable. C’est la politique du sparadrap sur une hémorragie. Les exploitants qui crèvent à petit feu sous le poids des normes, des charges et d’une concurrence internationale asymétrique n’ont que faire des mines contrites d’une ministre qui découvre, stupéfaite, que Bruxelles fait exactement ce que Bruxelles fait toujours.
La question ne sera bientôt plus de savoir si cet accord est une erreur. Elle sera de compter les exploitations qui auront fermé avant que quiconque, à Paris ou à Bruxelles, ne daigne s’en émouvoir autrement qu’en conférence de presse.
PENDANT QU'ILS VOUS CACHENT LA VÉRITÉ
Lisez ce que les autres n'osent pas écrire.
Sans publicité. Sans censure. À partir de 4,99€/mois.
Je m'abonne maintenant →